L'hydrogène rate son entrée dans la nouvelle feuille de route énergie (PPE)

Publié le 23 avril 2020, le texte définitif de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028, réserve encore la part belle aux énergies renouvelables électriques, avec enfin une percée de l’éolien en mer. L'hydrogène voit lui son entrée dans le mix énergétique repoussée à 2035-2040.

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Système de stockage d'hydrogène à bord du catamaran laboratoire Energy Observer
La PPE sourde aux annonces des industriels de l’hydrogène, comme Engie, Hydrogène de France, ABB ou CMA-CMG.

Avec dix-huit mois de retard, le décret de la nouvelle feuille de route énergétique de la France ou Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028 a été publié le 23 avril 2020. Sans surprise, le texte final a été très peu modifié suite à la consultation publique d'une mois et demi lancée le 19 février. Il fait encore la part belle aux énergies renouvelables électriques, qui doivent doubler d’ici à 2028 et atteindre 73,5 gigawatts (GW) en 2023 et 101 à 113 GW en 2028, contre 48,6 GW installés à fin 2017. Avec une nouveauté : de fortes ambitions dans l’éolien en mer qui devra atteindre 5,2 à 6,2 GW de capacités installées en 2028 contre zéro aujourd’hui, un peu au détriment de l’éolien terrestre, qui rencontre toujours de fortes oppositions.

Plus d'argent pour le biogaz...

La filière biogaz a réussi à se faire (un peu) entendre, dans un contexte de réduction des consommations de gaz naturel qui devra passer de 470 TWh en 2018 à 420 TWh en 2028 et de fortes contraintes budgétaires. Le biogaz devra représenter 7 % de la consommation de gaz en 2030. Et le gouvernement s’engage à soutenir le développement de la filière par des tarifs de rachats du biogaz injecté dans le réseau à hauteur de plus de 9,7 milliards d’euros sur la période 2019-2028 (contre 7,9 milliards prévus dans la première version de la PPE dévoilée il y a un an). Mais la filière se désole que les volumes injectés prévus pour la période 2019-2023 de 6 TWh/an n'aient pas été, a minima, maintenus à 8 TWh/an comme pour la PPE en vigueur (2016-2018). Elle pointe aussi des réductions de coûts non atteignables.

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... mais moins pour l'hydrogène

La filière hydrogène, elle, n’a pas réussi à se faire une place. Alors que des acteurs comme ABB ou CMA-CGM développent déjà des solutions pour utiliser l'hydrogène dans les transport maritime pour 2025, la PPE, elle, repousse l’arrivée de l’hydrogène dans le mix énergétique français à moyen terme pour le transport et à long terme comme "solution structurante" de décarbonation. Il faudrait attendre "au-delà de 2030-2035", pour que l’hydrogène contribue à l’intégration des énergies renouvelables au système électrique, alors qu’il est "actuellement le moyen le plus prometteur de stockage massif inter-saisonnier des énergies renouvelables". Et même le président d'Engie explique qu'il est temps de dépasser le stade des démonstrateurs et d'accélérer.

La PPE reprend les grands objectifs du plan climat 2018 de Nicolas Hulot à savoir 1 à 10 démonstrateurs de power-to-gas en 2023 et 10 à 100 d’ici à 2028, 10 % d’hydrogène décarboné dans l’industrie en 2023 et 20 à 40 % en 2028, 5 000 véhicules utilitaires en 2023 et jusqu’à 50 000 en 2028, 200 véhicules lourds à hydrogène en 2023 et jusqu’à 2000 en 2028. Mais dans les principales mesures prévues, on découvre que le gouvernement réduit de 100 millions d’euros initialement prévus à 50 millions d’euros par an le soutien au développement de l’hydrogène décarboné.

Deux nouveaux appels à manifestation d'intérêt 

Aussitôt dit, presque aussitôt confirmé. Dans un bilan publié le 20 janvier par le ministère de la Transition écologique sur l’avancée du plan hydrogène, on apprenait que seuls 90 millions d’euros ont été engagés, dont 11,5 millions d’euros pour soutenir cinq projets de production d’hydrogène vert dans l’industrie (deux projets d’hydrogène fatal, trois projets de production sur site), suite à l’appel à projet "production et fourniture d’hydrogène décarboné pour des consommateurs industriels", lancé en février 2019 dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir (PIA). Le reste, environ 80 millions d’euros, finance 20 lauréats de l’appel à projets "écosystèmes de mobilité hydrogène" lancé par l’Ademe en octobre 2018. Ces projets permettront de déployer 43 stations-service hydrogène, sur un objectif de 100 en 2023, dans le plan Hulot, et 158 poids lourds, pour un objectif de 200 à 2023.

Mais aucun budget fixe n’est prévu pour accompagner l’appel à manifestations d’intérêt (AMI) "projets d’envergure sur la conception, la production et l’usage de systèmes à hydrogène", qui doit être lancé fin janvier. Le détail du programme et son financement dépendra des projets qui seront soumis dans le cadre de cet AMI, expliquait un communiqué du ministère. L’AMI "Aide à l’émergence de la mobilité hydrogène dans le secteur ferroviaire", lancé le 20 janvier, est lui doté d’une enveloppe de 22 millions d'euros. Les dossiers devront être déposés avant le 23 mars 2020. 

Des options oubliées

Dans la nouvelle PPE, l’hydrogène n’est qu’une solution pour après-demain, mais "il faut être prêt à déployer des solutions françaises en métropole à horizon 2030-2040". Il faudra néanmoins attendre 2035 pour "préparer le développement et l’intégration de la technologie de conversion d'électricité d’origine renouvelable en gaz par la réalisation de démonstrateurs de taille suffisante", donc même pas un déploiement industriel, juste des pilotes ou démonstrateurs... alors que la PPE reconnaît que certaines zones isolées ont déjà besoin de services de flexibilité et de capacités de stockage de type hydrogène.

Pourtant, le texte observe bien une baisse des coûts de la production par électrolyse et anticipe à horizon 2030 de descendre les coûts de 4 à 5 €/kg (soit 100 à 130 €/MWhPCS) l’hydrogène vert, à 2,5 et 3,5 €/kg (65 à 90 €/MWhPCS, et la PPE estime qu’il y un potentiel de marché, accessible dès aujourd’hui, pour de l’hydrogène produit directement sur site par électrolyse.

En revanche, le texte repousse à après 2035 l’intérêt du power-to-gas, c’est-à-dire de la production de gaz de synthèse à partir d’hydrogène vert de CO2 capté sur des installations industrielles ou de méthanisation, oubliant totalement l’option d’utiliser l’hydrogène vert ou décarboné par l’usage du CCS (capture et stockage de carbone) pour injecter dans le réseau de gaz, et ainsi réduire l’usage de gaz fossile. Engie a démontré à Dunkerque (Nord-Pas-de-Calais) que le réseau de GRDF pouvait en accepter jusqu’à 20 %. Le réseau de transport GRTgaz en accepterait lui 7 %.

Une part congrue en 2050

Quant à l’hydrogène pour la mobilité, le texte de la PPE se contente de rappeler qu’il sera surtout intéressant pour le transport lourd, sans plus d’objectif que ceux du plan de 2018, ne mentionnant même pas les trains.

Résultat, pour les auteurs de la PPE, en 2050, sur les 1 060 TWh de besoin en énergie finale de la France, 180 TWh pourraient être assurés par des combustibles gazeux - gaz renouvelables et hydrogène, donc moins de 10 %. Autant dire que l’hydrogène devra jouer des coudes pour s’imposer lors de la révision de la prochaine PPE.

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