En juin 2018, un plan national de 100 millions d’euros en faveur du développement de l’hydrogène était annoncé par le gouvernement. A la clé, plusieurs objectifs relativement ambitieux : décarboner 10% de l’hydrogène industriel d’ici à 2023, soit environ 100 000 tonnes par an, et entre 20 et 40% à l’horizon 2028 ; ou encore continuer à développer l’hydrogène pour les véhicules, avec 5 000 utilitaires légers (VUL), 200 véhicules lourds (bus, camions, TER, bateaux) et 100 stations de recharges construites en 2023... puis 20 000 à 50 000 VUL, 800 à 2 000 VL et de 400 à 1 000 stations à l’horizon 2028. Où en est-on, un an et demi plus tard?
En amont de l’Hyvolution, une conférence annuelle sur l’hydrogène, qui se tiendra au Parc floral de Paris les 4 et 5 février prochains, l’Association française pour l’hydrogène et les piles à combustibles (AFHYPAC) faisait le point, le 14 janvier, sur les avancées de l’année 2019.
En premier lieu, les objectifs susmentionnés ont été inscrits dans la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), qui fixe la politique énergétique de la France pour les dix prochaines années. Pour concrétiser les mesures de ce plan, deux Engagements pour la Croissance Verte (ECV) ont été signés fin mai 2019 pour la "mobilité routière" et "la production d’hydrogène décarboné pour l’industrie". Partout sur le territoire français, plusieurs secteurs industriels se sont lancés pour respecter ces engagements.

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Des stations de production et de distribution
Fin 2018, Engie et Michelin ont créé en Auvergne-Rhône-Alpes, avec le soutien de la région, la SAS Hympulsion. La société installe et exploitera 20 stations de distribution d’hydrogène, dans le cadre du projet ZEV (Zero Emission Valley). Celui-ci vise à déployer 1 000 véhicules, en plus des stations de distribution qui fourniront de l’hydrogène 100 % renouvelable. Le projet bénéficie d’une subvention européenne de 10,1 millions d'euros sur un budget total de 50 millions.
De son côté, la région Occitanie a lancé son "Plan Hydrogène Vert", doté de 150 millions d'euros sur la période 2019-2030. Il soutiendra, d’ici à 2024, l’acquisition de 3 rames de train à hydrogène Régiolis (33 M€ ont été engagés en 2019) et de 600 véhicules à hydrogène, ainsi que la construction d’une vingtaine de stations de production d’hydrogène vert et de plusieurs sites industriels dans la région. La région Sud (ex PACA) a fait de même, avec la construction de différentes usines et le déploiement d’au moins un millier de bus à hydrogène.
L'hydrogène dans l'automobile
Les constructeurs automobiles ne sont pas en reste. Dans le cadre de son plan d’électrification massive de sa flotte, PSA prévoit une partie hydrogène dans son mix, notamment pour le B2B. De son côté, Renault a annoncé l’arrivée de deux utilitaires à hydrogène dans sa gamme : le Kangoo Z.E. Hydrogen, commercialisé en fin d’année dernière, et le Master Z.E. Hydrogen, prévu pour cette année. Ces modèles sont proposés sur le réseau professionnel et partout en Europe.
Faurecia se lance franchement dans l’hydrogène. L’équipementier va implanter son centre mondial de R&D pour les réservoirs à hydrogène sur son site de Bavans (Doubs). Prévu pour être opérationnel au deuxième trimestre 2020, ce centre représente un investissement d’environ 25 millions d’euros, dont 4,9 millions de subventions de la Région Bourgogne Franche-Comté. Une cinquantaine d’emplois devraient être créés, en plus des 750 déjà existants. Faurecia s’est également associé à Michelin pour créer la société Symbio. Détenue à parts égales par les deux équipementiers, elle conçoit, produit et intègre des piles à combustibles pour les véhicules. Un investissement initial de 140 millions d’euros a été révélé le 21 novembre dernier. La coentreprise espère atteindre 25% du marché mondial en 2030, pour un chiffre d’affaires d’1,5 milliard d’euros.
Les trains et les bus se convertissent
Lorsqu’il était encore en poste, l’ancien patron de la SNCF Guillaume Pépy avait annoncé que des trains à hydrogène remplaceraient progressivement, à partir de 2022, les locomotives diesel sur les lignes régionales non électrifiées. Alstom travaille actuellement au développement d’une version française de son train à hydrogène allemand, le Coradia iLint. Plusieurs régions prévoient d’ailleurs d’en commander.
De plus en plus de villes françaises se laissent tenter par les bus à hydrogène. La ville de Houdain (Pas-de-Calais) a inauguré sa première ligne de véhicule de ce type le 21 juin. Long de 12 mètres, l’engin est doté d’une pile à combustible fournie par Symbio. Depuis le 4 novembre, deux bus circulent en service commercial, entre les communes de Bruay-Labuissière et d’Auchel.
Deux bus ont également été mis en service sur la ligne 264, entre Versailles et Jouy-en-Josas (Yvelines). Fabriqués par le belge Van Hool et exploités par le groupe Savac, ils sont équipés d’un réservoir d’une capacité de 39 kg d’hydrogène, pour une autonomie totale de 300 kilomètres. Van Hool a également produit le Fébus, nouveau bus à hydrogène de Pau, inauguré le 17 décembre dernier. Long de 18 mètres et articulé, il se recharge grâce à une station opérée par Engie.
Mais aussi...
Total, Safran, Air Liquide... Nombreux sont les industriels français à avoir annoncé des investissements ou projets en la matière.
Et après ?
Quelles perspectives pour 2020 ? L’AFHYPAC espère que l’État continuera de tenir ses engagements, en donnant sa place à l’hydrogène en tant que vecteur de la transition écologique. La "promotion des écosystèmes territoriaux", considérée comme la "clé de voute de la massification" devra se poursuivre. Les projets et appels d’offre en faveur du développement de la mobilité et de l’industrie hydrogène seront primordiaux, tout comme les opérations de communication visant à sensibiliser le public aux "bienfaits" de l’hydrogène vert. L’année 2020 devrait être riche en actualité pour le carburant vert.



