Bonne nouvelle pour Hydrogène de France. Le géant de l’électrotechnique ABB vient de signer avec lui un accord pour fabriquer conjointement des systèmes de piles à combustible de l'ordre du mégawatt capables d'alimenter des navires de haute mer. De quoi crédibiliser le projet du bureau d’étude bordelais de produire en série des méga piles à combustibles dans une usine qui doit entrer en service en 2023.
Un partenaire commun
Si Hydrogène de France a séduit ABB (28 milliards de chiffre d’affaires,144 000 collaborateurs dans 110 pays), c’est parce que les deux entreprises ont un partenaire commun, le fabricant de piles à hydrogène canadien Ballard Power Systems. C’est lui qui va fournir à Hydrogène de France les cellules de base pour assembler des piles à combustibles géantes de plus de 1 MW, destinées initialement à la création de centrales électriques stationnaires, par exemple adossées à des parcs éoliens ou solaires. C’est aussi avec lui que la division ABB Marine & Ports travaille depuis deux ans pour répondre à la demande d’armateurs, norvégiens notamment. En 2030 les fjords du pays seront interdits aux moteurs thermiques, polluants et bruyants.

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Des demandes du côté des armateurs
En avril 2019, ABB annonçait déjà un partenariat avec le chantier naval norvégien Fiskerstrand et le laboratoire océanique SINTEF Ocean de Trondheim (dans lequel ABB a investi en 2014) pour évaluer comment les piles à combustible et les batteries peuvent fonctionner ensemble au mieux pour les opérations de ferry de courte distance, et comment Fiskerstrand peut les intégrer à d'autres systèmes de salle des machines. L’idée n’étant pas de convertir intégralement des ferrys ou navires de croisière à l’hydrogène, "le stockage du combustible prendrait trop de place, mais de permettre sur de courte distance, comme une arrivée dans un port, de naviguer à l’hydrogène au lieu du fioul maritime et d’alimenter le bateau la nuit sans faire de bruit", explique Bruno Roche, responsable du business industrial automation pour la France chez ABB. Sachant que "de plus en plus de bateaux naviguent avec un moteur électrique", précise Damien Havard, le dirigeant d’Hydrogène de France (HDF).
Y compris pour le transport fluvial
ABB voit aussi l’hydrogène comme un vecteur d’avenir pour la navigation fluviale. En mai 2019, le groupe suisse annonçait qu’il allait fournir à la Compagnie Fluviale de Transport (CFT), filiale française du groupe Sogestran, une solution d'alimentation et de propulsion pour un nouveau bateau poussoir en construction le long du Rhône en France, qui fonctionnera entièrement à l’hydrogène grâce à une pile à combustible de 400kW produite par Ballard. La livraison était prévue en 2021.
Des convergences de besoin entre énergie et maritime
Mais pour le maritime, les PAC du Canadien ne sont pas assez puissantes. "On est entré en relation avec ABB et on s’est rendu compte qu’au niveau des puissances, nos PAC destinées stationnaires étaient dans la même gamme que celles nécessaires à l’alimentation de navires de haute mer", explique le dirigeant d’HDF. Les équipes de HDF et celle d’ABB Marien & Ports, basée à Helsinki en Finlande, ont commencé à travailler ensemble pour étudier "l’intérêt de mutualiser des frais de développement et d’industrialisation" et "se sont bien entendu", précise Damien Havard, qui se félicite de l’accord signé avec ABB. "Le fait qu’ABB ait validé nos équipes est une reconnaissance. Maintenant on va avancer", même si la crise du coronavirus a retardé le choix du site pour la future usine. "Mais les équipes travaillent avec Ballard sur le design des PAC et l’identification des fournisseurs", assure le dirigeant de HDF.
Un projet industriel à Bordeaux
Pas de quoi inquiéter ABB. L’équipement à l’hydrogène des navires n’est pas pour tout de suite, mais "dans quatre à cinq ans", estime Bruno Roche. Idem à terre, où si ABB voit l’hydrogène décoller avec des projets pilote dans les secteurs de l’énergie ou des utilities, il ne peut rien annoncer de concret aujourd’hui. Mais l’accord avec HDF permettra à ABB de proposer des solutions basées sur des piles à combustibles "assemblées et testées en France", précise le responsable industrie d’ABB France. Et si le groupe suisse n’est pas encore membre de l’Hydrogen Council, Bruno Roche a fait entrer la division France dans l'Association Française pour l'Hydrogène et les Piles à Combustible, l’Hafhypac. Un début qui devrait se poursuivre par la publication d'un livre blanc d'ABB sur l'hydrogène.



