Enfin ! Prévu initialement pour fin 2018, le décret de la programmation pluriannuelle de l’énergie ou PPE, a été publié au Journal officiel le 23 avril 2020. La cause de ce retard ? Principalement le gel de la croissance de la taxe carbone en France suite au mouvement des gilets jaunes, qui a contraint Bercy à serrer les cordons des bourses destinées au développement des énergies renouvelables, électriques mais aussi gazeuses ou issues de la biomasse.
18 mois de retard
En cause également le constat que l’horizon 2025 prévu par la Loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 pour ramener la part du nucléaire dans le mix électrique à 50 % était proprement intenable. Il fallait donc une loi pour reporter l’échéance à 2035. Une petite loi qui devait, de plus, encadrer des décisions du gouvernement, arbitraires mais symboliques d’un engagement climatique contesté, comme de fermer les centrales charbon d’ici à 2022 et, surtout, de viser la neutralité carbone en 2050.
Cette petite loi énergie climat, devenue grande, a été adoptée le 19 novembre 2019. Le temps d’adapter la feuille de route énergie (PPE) aux nouvelles contraintes budgétaires et de la soumettre à consultation publique, on entrait en pleine crise du coronavirus, avec son cortège de pressions sur le gouvernement pour que l’après crise ne soit plus comme avant. Moins contraignant d’un point de vue environnemental pour les uns, le temps de se remettre d’une situation économique inédite. Radicalement transformateur de nos modèles de société pour sauver le climat, pour les autres.

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Des attentes contradictoires
Et tous d’attendre des signes du gouvernement et de l’Europe pour que les plans d’après crise aillent bien dans leur sens. Pour l’instant, tout le monde est déçu, surtout les tenants d’une intégration profonde du climat dans l’après crise. En Europe, même si la Commission européenne veut toujours faire de son pacte vert le fil conducteur de son plan de relance et de sa politique industrielle, nombre d’Etats freinent des quatre fers, et pas uniquement la Pologne.
En France, les déclarations rassurantes de la ministre de la Transition écologique et solidaire, Élisabeth Borne, pour qui "la crise que nous traversons, en dépit de sa violence, ne remet pas en cause les priorités du gouvernement en matière de transition écologique et de décarbonation des différents secteurs économiques", n’engagent qu’elle et son ministère. D’autant que la nouvelle stratégie énergie climat qui vient d’être publiée le 23 avril, ne marque en rien une rupture dans la politique climatique de la France.
Rééquilibrage nucléaire/ENR trop pesant
Pire, elle marque même un certain recul. Cette stratégie est en effet composée de deux textes. Le PPE fixe des objectifs en volumes pour chaque type d’énergie d’ici à 2028. Et la stratégie nationale bas carbone ou SNBC, trace la trajectoire vers une neutralité carbone à 2050. Mais cette dernière - et c’est un comble – acte un recul en ce qui concerne les ambitions de réduction des émissions de gaz à effet de serre à court terme.
Quant à la PPE, elle reste beaucoup trop centrée sur l’objectif de réduction de la part du nucléaire à 50 % en 2035 et du développement des énergies renouvelables électriques à 33 % en 2030. Se concentrer sur l'électricité ne serait pas un problème si, contrainte budgétaire oblige, ce n'était au détriment du développement des gaz renouvelables et des carburants alternatifs.
Sortie des fossiles reportée
Cette, la PPE fixe aussi une réduction de la consommation d’énergies fossiles de 40 % en 2030, mais, hormis le fonds chaleur réévalué pour deux ans, sans réels moyens supplémentaires. Pour une vraie politique de sortie des fossiles, avec suppression des avantages fiscaux et développement massif des alternatives, comme les biocarburants avancés ou l'hydrogène vert, il faudra donc attendre de prochaines PPE.
Idem pour les problèmes de fond, comme une gestion coordonnée de la ressource biomasse ou de casser les silos et de réfléchir à une stratégie énergie climat articulée avec une politique agricole et industrielle privilégiant réduction du développement des puits de carbone et circuits courts. Même si on ne peut que se féliciter des avancées de la loi anti gaspillage de février 2020. Car si la lutte contre le réchauffement climatique passe par une électrification massive des usages, l’électricité ne pourra pas remplacer toutes les énergies, surtout celles qu’il ne faudra plus consommer.



