La biomasse reléguée au second plan de la nouvelle feuille de route énergie (PPE)

Indispensable pour décarboner la chaleur, le gaz et les carburants liquides, la biomasse est considérée comme une ressource rare par la nouvelle PPE, dont le décret a été -enfin- publié le 23 avril. Son usage pour produire de l’électricité ne sera plus favorisé. Mais la gestion de la ressource est évacuée sur une révision de la stratégie nationale de mobilisation de la biomasse.

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Décarbonner l'énergie finale fera passer la biomasse mobilisé de 180 TWh en 2016 à 400 à 450 TWh en 2050.

Ce n’est pas encore pour cette fois-ci. La nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028, fait (encore) la part belle au développement des énergies renouvelables électriques et repousse à plus tard d’ambitieux objectifs concernant les bioénergies. Pourtant l’électricité ne représente que 27 % du mix énergétique. Or pour décarbonner le reste, notamment la chaleur, le gaz et les carburants liquides, la biomasse est indispensable.

La PPE aborde bien la question dès qu’il s’agit de sortir du charbon ou de développer la chaleur renouvelable. Mais elle renvoie principalement à deux autres textes, la stratégie nationale bas carbone (SNBC) d’une part qui donne une trajectoire à 2050, et la stratégie nationale de mobilisation de la biomasse (SNMB) – approuvée en mars 2018, mais qui doit être révisée au plus tard un an après la PPE – d’autre part.

Une ressource qui sera rare en 2050

Or le scénario de référence de la SNBC, qui prévoit pour atteindre la neutralité carbone en 2050 un besoin en énergie finale d’environ 1 060 TWh, indique clairement que la moitié proviendrait de la biomasse. Il faudra à cette échéance mobiliser 400 à 450 TWh de ressources brutes en biomasse, contre 180 TWh en 2016. Elles proviendraient pour 230 TWh de la biomasse agricole y compris la biomasse issue de l’agroforesterie, pour 100 TWh de la biomasse forestière et pour 100 TWh de déchets (y compris déchets bois), effluents d’élevage et autres résidus.

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Or la biomasse "sera une ressource rare en 2050", prévient la SNBC. La PPE en tient compte et d’ores et déjà a décidé de la réserver à des filières de production présentant le meilleur rendement énergétique, en l’occurrence principalement la chaleur. Dans le cadre du Fonds chaleur, la substitution du charbon par la biomasse dans l’industrie sera priorisée. La sortie du charbon de la chaleur ayant été ramené de 10 à 5 ans dans la version finale de la PPE, une des rares modifications suite à la consultation publique. 

Et quasiment plus aucun soutien n’ira à la production d’électricité à base de biomasse, exception faite de la production d’électricité à partir de biogaz sur des sites de méthanisation éloignés du réseau de gaz. Quant à une éventuelle conversion des centrales à charbon existantes à la biomasse, comme l'envisage EDF à Cordemais (Loire-Atlantique), "elle ne pourrait porter que sur des capacités très limitées du parc, en priorisant le recours à des déchets de bois non recyclables, notamment souillés ou malades". 

Réservée en priorité à la chaleur 

Mais alors que la filière biomasse est déjà en retard sur les objectifs fixés dans la précédente PPE de 2016, notamment dans les secteurs collectif et industriel où elle a pâti de la baisse du prix du gaz, la nouvelle PPE revoit plutôt les objectifs de chaleur produite à base de biomasse à la baisse, ramenant l’objectif de 151 TWh en 2023 à 145 TWh.

PPE objectifs chaleur biomasse 2023 2028 vs PPE 2016DGEC
PPE objectifs chaleur biomasse 2023 2028 vs PPE 2016 PPE objectifs chaleur biomasse 2023 2028 vs PPE 2016

Pourtant cette énergie reste relativement compétitive. Elle revient entre 48 et 69 €/MWh à partir du bois bûches et 86 et 103 €/MWh pour les granulés pour les particuliers (ils étaient entre 7,3 et 7,8 millions de ménages à consommer du bois en 2017), entre 64 et 110 €/MWh pour les chaufferies, et entre 48 et 73 €/MWh15 pour un usage industriel industrie.

L'approvisionnement évacué sur la SNMB

Quant à l’utilisation de la biomasse comme biogaz ou biocarburant, la PPE reste très laconique. Sur le biogaz, l‘accent est mis sur la baisse des coûts de production, mais ne traite quasiment pas le problème des sources d’intrants. Sur la gazéification, la PPE attend les retours d’expérience sur les démonstrateurs avant d’étudier la place que pourrait prendre cette filière. Le PPE évoque aussi rapidement le GPL d’origine biologique obtenu à partir de différentes biomasses, comme "une technologie viable à moyen terme" et précise que "la production de bio-isobutène se fait aujourd’hui via une technologie mature qui est en cours d’industrialisation et que la filière GPL assure 5350 emplois directs". On n’en saura pas plus.

Pour toutes les questions d’approvisionnement et de développement de la filière bois, la PPE renvoie à la SNMB. Cette dernière fixe des objectifs à l’horizon 2023 de mobilisation des ressources supplémentaires forestières, agricoles et de biodéchets de 52 TWh pour la biomasse solide, 18 TWh pour le biogaz et 7,8 TWh renouvelables pour les déchets non dangereux valorisés. Mais sans clairement dessiner comment les filières (bois, résidus de culture et d’élevage, cultures pérennes, cultures intermédiaires à vocation énergétique, bois, déchets) seront mises à contribution.

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