Enquête

EDF en lice pour développer le nouveau nucléaire suédois

Pour développer une industrie verte, la Suède veut construire plusieurs SMR. Une opportunité pour la filière nucléaire française.

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Ulf Kristersson, le Premier ministre suédois, et Emmanuel Macron, le 3 janvier 2023.

Résolument, la Suède mise sur le nucléaire. Pour atteindre la neutralité carbone en 2045, la sortie de l’atome décidée à la suite d’un référendum en 1980, puis abrogée en 2010, n’est plus d’actualité. Au contraire, le gouvernement de coalition en place depuis octobre 2022 a renoncé à l’objectif "100% renouvelables" en 2040 au profit de «100% d’énergies non fossiles». Et veut relancer le nucléaire dans le pays. En 2021, avec six réacteurs en opération sur trois sites, l’atome représentait pas moins de 41% de la production électrique du pays. L’augmenter s’avère nécessaire pour assurer le développement de la production d’acier vert et de batteries.

Dans les accords de coalition de Tidö, du nom du château où les négociations ont eu lieu, le gouvernement demande à l’opérateur national Vattenfall (100% État, 38% de la production d’électricité) d’étudier le redémarrage des unités 1 et 2 de la centrale de Ringhals, proche de Göteborg, arrêtées respectivement en 2020 et 2019 pour des raisons économiques, avec la forte taxation du nucléaire dans le pays et le prix bas sur les marchés de l’électricité.

Vattenfall doit également prolonger de vingt ans, jusqu’en 2060, les réacteurs Ringhals 3 et 4 et Forsmark 1, 2 et 3. Il doit surtout se pencher sur la construction de deux réacteurs supplémentaires sur Ringhals ou sur un autre site approprié. Pour faciliter et accélérer le développement de ce nouveau nucléaire, notamment des SMR (pour small modular reactors, petits réacteurs modulaires), des évolutions du code de l’environnement sont aussi envisagées. Pour le financer, le gouvernement a prévu 400 milliards de couronnes suédoises (35,5 milliards d’euros) de garanties de crédit.

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Centrale nucléaire de Ringhals (Suède) exploitée par Vattenfall Centrale nucléaire de Ringhals (Suède) exploitée par Vattenfall

La centrale de Ringhals, exploitée par l’opérateur national Vattenfall. © Vattenfall

EDF-Fortum, un partenariat parmi d’autres

Une décision politique anticipée par Vattenfall. «Nous échangeons depuis deux ans avec le groupe sur les SMR», explique Sandro Baldi, le directeur commercial de Nuward, la solution d’EDF à deux SMR à eau pressurisée de 170 mégawatts électriques (MWe) chacun. Et l’électricien suédois a annoncé dès juin 2022 le lancement d’une étude de faisabilité de deux SMR à Ringhals. L’offre française n’est néanmoins pas son premier choix.

La Suède a besoin d’acheter deux réacteurs et je suis entièrement ouvert à ce que la France soit l’un des pays qui fassent en sorte qu’elle ait davantage de nucléaire.

—  Ulf Kristersson, Premier ministre suédois

Même si, en janvier, le Premier ministre, Ulf Kristersson, a expliqué que la Suède «a besoin d’acheter deux réacteurs» et s’est déclaré «entièrement ouvert à ce que la France soit l’un des pays qui fassent en sorte qu’elle ait davantage de nucléaire», Vattenfall regarde ailleurs. En novembre 2020, il a investi 1 million d’euros dans la start-up estonienne Fermi Energia. Or cette dernière a choisi la technologie américaine SMR BWRX-300 développée par GE Hitachi Nuclear Energy (300 MWe), l’une des plus matures puisqu’une première unité sera construite à la centrale nucléaire de Darlington, près de Toronto (Ontario). Et, pour l’heure, Vattenfall n’évoque pas de nouveaux grands -réacteurs de type EPR.

De même, si le finlandais Fortum (15% de la production suédoise), lui, a bien signé, le 8 décembre dernier, un accord de coopération avec EDF pour le développement de «nouvelles centrales nucléaires en Finlande et en Suède, sur la base d’EPR et de petits réacteurs modulaires Nuward», indique le communiqué, il n’y a pas vraiment d’EPR en vue. Il ne s’agit que «de regarder à quels besoins pourrait répondre un programme SMR et avec quel modèle économique» dans les deux pays, indique Sandro Baldi.

La concurrence n’inquiète pas EDF

Comme Vattenfall, Fortum suit plusieurs pistes. Début 2023, il a annoncé des partenariats du même type avec le suédois Kärnfull Next, qui a lui aussi choisi la technologie SMR de GE Hitachi, et avec le britannique Rolls-Royce, qui développe son propre SRM à eau pressurisée de 420 MWe. De son côté, Uniper Suède, le troisième électricien du pays, a créé une coentreprise avec la start-up suédoise Leadcold pour construire d’ici à 2030 un démonstrateur de SMR refroidi au plomb sur le site de la centrale d’Oskarshamn.

La concurrence n’inquiète pas EDF, qui mise sur deux atouts de Nuward. «Nous avons un produit et une supply chain 100% européens», avance Sandro Baldi. Le groupe français compte surtout sur un lancement de la certification de son SMR auprès de plusieurs autorités de sûreté européenne. Le dossier sera déposé simultanément en France, en République tchèque et en Finlande. Pour autant, «nous ne sommes qu’au début des discussions», rappelle le directeur commercial. Les résultats des études de faisabilité de Vattenfall ne sont pas attendus avant début 2024. Et les études de Fortum sont prévues sur deux ans.

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3718 - Mai 2023

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