Le changement de cap se précise pour les activités internationales d'EDF. Selon Reuters, le groupe public va se concentrer sur les appels d'offres nucléaires aux Pays-Bas et dans le nord de l'Europe. En parallèle, la voilure devrait être réduite dans ses filiales dédiées aux énergies renouvelables, en particulier au Brésil et en Amérique du Nord. Que signifie ce changement de stratégie ? Réponse en trois points.
Que représentent les activités d’EDF à l’étranger ?
L'étranger est loin d’être anecdotique pour EDF. Il y a réalisé 48,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024, sur un total de 118,7 milliards d’euros. Cela représente plus de 40% de ses revenus, un chiffre stable depuis le début des années 2000. Présent dans plus d’une vingtaine de pays dans le monde, EDF revendique ainsi 41,5 millions de clients publics et privés. Sa production d’électricité reste majoritairement française avec 417,6 des 520,3 TWh produits par l’entreprise en 2024.
Hors de la France, le groupe français contrôle, ou possède des participations, dans des dizaines de filiales sur tous les continents. À côté de l’ingénierie, elles se concentrent sur la production ou la distribution d’électricité, de gaz et potentiellement d’hydrogène. Au Royaume-Uni (EDF Energy), en Belgique (Luminus) ainsi qu’en Italie (Edison), EDF est même l’un des principaux énergéticiens nationaux. Il emploie plusieurs dizaines de milliers de personnes sur place.
Mais EDF mène aussi des chantiers comme à Hinkley Point où il construit difficilement deux réacteurs EPR dont le coût a dépassé les 50 milliards d'euros. Parmi les nombreux projets internationaux récents d’EDF certains ont retenu l’attention. Parmi eux, l’on retrouve celui d’une centrale hydroélectrique, finalement annulée, pour le complexe saoudien Neom. Il y a aussi le plus grand parc éolien d’Amérique du sud au Brésil, mis en service pour fournir de l’électricité à 1,5 million de personnes.

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Pourquoi le groupe public a longtemps misé sur l'étranger ?
Dès la fin des années 1980, une bonne partie du parc nucléaire français est en service. L’indépendance électrique du pays est assurée et EDF commence à penser au-delà de l'Hexagone. Les interconnexions sont développées avec les pays voisins pour vendre la production nucléaire excédentaire, mais les exportations finissent par se stabiliser. L’entreprise publique se lance alors dans les affaires à l'étranger pour chercher un nouveau relais de croissance.
Dans un marché mondial qui se libéralise, EDF commence à prendre des participations dans des entreprises similaires à elle aux quatre coins du monde : en Argentine en 1992, au Brésil en 1996 ou Royaume-Uni en 1998. En parallèle, elle propose son savoir-faire dans le nucléaire et l’hydroélectricité pour de grands projets d’ingénierie. Au-delà des revenus, cette politique doit lui permettre d’entretenir les compétences techniques de ses bureaux d’études en prévision du ralentissement des chantiers en France. EDF a ainsi aidé la Chine à construire six réacteurs nucléaires, mis en service entre 1994 et 2011. Débuté dès les années 2000, le développement des énergies renouvelables s'est lui vraiment accéléré au cours des années 2010.
Pourquoi cela bouge depuis un an ?
EDF revoit la hiérarchie de ses projets parce que la relance du nucléaire en France est prioritaire financièrement. «Il nous faut passer à un niveau d’investissement de 25 milliards d’euros par an, dont 80% seront concentrés sur la France alors qu’aujourd’hui une part plus importante est affectée à l’international», assumait ainsi dès 2023 Luc Rémont, alors président-directeur général du groupe public. Après une fusion de la direction internationale du groupe avec sa filiale EDF Renouvelables pour créer des synergies au printemps, EDF est en train de passer en revue son portefeuille. Les Echos évoquent un projet de cession de 50% d’EDF Power Solutions, filiale aux États-Unis. L’Amérique du Nord représente 35% des capacités solaires et éoliennes du groupe, installées ou en projet dans le monde. «EDF a enregistré un write-off [une dépréciation d’actifs ndlr] de près de 1 milliard d'euros aux États-Unis l'an dernier dans le domaine des renouvelables, indiquait Bernard Fontana, le nouveau patron de l’entreprise devant les parlementaires en avril dernier. Je ne suis pas convaincu qu'il faille réitérer l'opération. La sélectivité est nécessaire. […] Certains projets peuvent être utiles […] mais il faut être attentif à l'engagement, à la maîtrise des risques et à la rentabilité.»
Ce n’est pas la première fois qu’EDF fait du ménage dans son portefeuille mondial. Si elles se sont révélées très rentables, les acquisitions d’entreprises ont aussi creusé la dette du groupe. Dans les années 2000, l’achat de l’acteur historique British Energy puis celui raté du poids lourds nucléaire américain Constellation ont fait plonger les comptes dans le rouge. Face à un passif de 41 milliards d’euros, EDF avait alors opéré plus de 12 milliards d’euros de cessions pour se concentrer sur les ENR et le nucléaire au détriment de la distribution.



