Rouvrir une mine de cuivre souterraine n’est pas une mince affaire. Obtenir les bons permis, drainer les millions de mètres cubes d’eau infiltrés dans les galeries, dépolluer l’ensemble… «L’opportunité est bonne, mais difficile à saisir», reconnaît Henrik Ager, le PDG de la start-up Copperstone, qui vise à réexploiter le gisement de cuivre de Viscaria, près de Kiruna, dans le nord de la Suède, près de trente ans après sa fermeture.
«La croissance de la Chine et la transition vers un monde sans fossiles favorisent une demande forte du cuivre», explique l’industriel. Sa carrière dans le conseil puis au sein de l’entreprise suédoise d’équipements miniers Sandvik l’a «pratiquement entraîné à ne pas croire à ce genre de projet». Il juge pourtant que ce filon arrive à point nommé. Il pourrait produire 30000 tonnes de cuivre par an, en capitalisant sur les infrastructures en place et le regain d’intérêt de l’Europe pour les métaux stratégiques.
Favorisée par sa faible densité de population et sa situation géologique idéale, la Suède est déjà un champion minier européen. La compagnie nationale LKAB est à l’origine de plus de 80% du fer du continent. Le groupe privé suédois Boliden, qui représente plus d’une fois et demie le chiffre d’affaires du français Eramet, y produit du cuivre, de l’or, du zinc et du plomb. Il opère notamment la mine d’Aitik. Toujours dans l’extrême nord du pays, ce trou de 3,5 kilomètres de longueur par un de largeur et 500 mètres de fond est l’une des mines de cuivre les plus productives du monde. Et se veut l’une des plus vertes grâce à d’ingénieux systèmes de convoyeurs et de caténaires pour électrifier certains trajets des camions miniers. Il extrait 90000 tonnes par an, de quoi fabriquer plus d’un million de voitures électriques.
La transition écologique, une manne pour le monde de la mine
C’est cette manne de la transition écologique qui pousse le monde de la mine à investir, quitte à se transformer pour exploiter de nouveaux métaux. De manière emblématique, LKAB a dévoilé début 2023 le gisement Per Geijer, qui permettrait aussi de fournir des terres rares et du phosphore. Le projet, circulaire, utiliserait de l’acide sulfurique produit à partir des résidus miniers de Boliden. Alors que la Suède compte aujourd’hui 12 mines, quelque 70 entreprises y mènent plus de 500 projets d’exploration ciblant les métaux de base et stratégiques, notamment du nickel et du cobalt.
Le principal défi est de concevoir une mine à impact réduit sur la communauté et l’élevage de rennes.
— Martin Phillips, directeur de Talga Europe
«Si nous avons cinq à dix mines dans la prochaine décennie, ce sera déjà beaucoup», tempère Maria Sunér, la directrice du lobby minier Svemin, en soulignant le fait que la rentabilité économique n’est pas garantie et qu’il n’est pas simple d’obtenir des permis. Plusieurs projets, comme Rönnbäcken dans le nickel (Bluelake Mineral) et Norra Kärr pour les terres rares (Leading Edge Materials), ne progressent pas depuis des années en raison des contestations liées à leur impact environnemental et sur le peuple sami.
«Le principal défi est de concevoir une mine à impact réduit sur la communauté et l’élevage de rennes», témoigne le directeur de Talga en Europe, Martin Phillips. La junior australienne développe depuis une décennie la mine de Vittangi. À son ouverture, en 2025, elle sera le plus grand site européen de graphite. Un matériau «indispensable pour les batteries et que l’Europe produit à peine», détaille le dirigeant, qui précise que la mine ne sera exploitée qu’en été, en l’absence des rennes. Une stratégie de discussion qui a permis à la société d’obtenir le permis d’exploitation en avril.



