À Tourville-les-Ifs, près de Fécamp (Seine-Maritime), WeeeCycling, spécialiste de l'extraction de métaux à partir de déchets électroniques, veut se doter de moyens industriels à la hauteur de ses ambitions. Grâce à un investissement de 85 millions d'euros, il va doubler sa surface de production (de 15000 à 30000m²) début 2026. Il vise «une activité multipliée par quatre à cinq, comme le chiffre d'affaires, d'ici à 2030», indique Serge Kimbel, PDG de l'entreprise créée en 2018, qui a réalisé 40 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2024 et compte 150 salariés.
L'entreprise produit des métaux critiques comme l'argent, le cuivre, le platine ou encore le radium, à partir de déchets électroniques. «Nous recevons des déchets électroniques, des catalyseurs, des rebuts d'industrie parfois sous forme liquide comme des boues ou des chutes de découpe. Des panneaux solaires, aussi, sur lesquels on récupère de l'argent par exemple», énumère Serge Kimbel.
À l'origine, le processus avait été développé sur la récupération et le recyclage de cartes électroniques. Les déchets entrants subissent des traitements thermiques, chimiques et électrochimiques afin de concentrer, d'abord, les métaux critiques avant de les séparer et d'aller chercher une pureté jusqu'à 99,999 % (la précision au millième est une demande de certains clients). Un recyclage de pointe, unique en son genre en France, qui intéresse des clients internationaux soucieux de se tourner vers d'autres approvisionnements, à l'empreinte environnementale moindre (des émissions divisée par 1000 par rapport à des matières neuves selon WeeeCycling).
Le carnet de commandes s'est rempli depuis le début de la production opérationnelle, en 2019-2020, avec quelque 300 clients aujourd'hui (parmi lesquels Schneider Electric, Apple, Nokia, Ericsson...). Arrivé à saturation avec la marchandise entrante (entre 10000 et 15000 tonnes annuelles) WeeeCycling voit plus grand. L'usine remodelée va permettre le traitement de 80000 tonnes par an, avec l'ajout de nouveaux métaux comme le gallium ou l'étain.
Une centaine de postes créés
Une quinzaine de nouvelles lignes vont venir doubler les infrastructures du site. Le four de fusion sera agrandi pour passer de 10000 à 40000 tonnes chaque année. De quoi passer à une production industrielle massive qui ouvre déjà des perspectives au-delà de 2030. «On va regarder les politiques françaises et européennes de souveraineté sur ces matières premières, reprend Serge Kimbel. L'Asie vient se sourcer en métaux critiques secondaires en Europe. Là où de grands affineurs de métaux mondiaux proposent des mix entre métaux primaires et secondaires, WeeeCycling propose seulement du secondaire, recyclable à l'infini avec des qualités identiques.» L'entreprise exporte 60% de sa production. Face à la demande en hausse, elle accompagne son agrandissement d'embauches. Passé de 100 à 150 salariés en à peine un an, l'effectif devrait s'étoffer d'une centaine de salariés supplémentaires début 2026.



