Parcourir le ponton en bois qui scinde la gigantesque halle d’électrolyse de la seule usine de zinc de France donne l’étrange impression d’évoluer dans la cale d’un navire marchand. Ce site du groupe néerlandais Nyrstar, filiale du géant genevois du négoce Trafigura, se situe pourtant loin de la mer. Très exactement à Auby, en banlieue de Douai (Nord). Un lieu choisi il y a plus de cent cinquante ans pour produire les couvertures en zinc des toits d’un Paris remodelé par le baron Haussmann.
Le bois s’est imposé comme matériau de choix dans les années 1970, quand le site est passé à un procédé de production hydrométallurgique consistant à dissoudre et purifier le concentré minier dans de l’acide sulfurique, avant d’extraire par électrolyse le zinc présent dans la solution pour le solidifier sous forme de cathodes métalliques.
Extraire le gallium du minerai
L’usine, d’une capacité de production de 170 000 tonnes pour 470 emplois (dont une centaine de sous-traitants), a connu les hauts et les bas du marché. Globalement, la demande reste forte. Le zinc sert à améliorer la résistance à la corrosion de l’acier – via la galvanisation – et se retrouve partout. Mais la concurrence de la Chine et la hausse du coût de l’électricité continuent de poser des risques existentiels dans un marché soumis aux cours fixés chaque jour au London metal exchange. Face à la hausse des prix de l’énergie à la suite de la guerre en Ukraine, le site a été par deux fois mis en sommeil. Depuis le rachat par Trafigura en 2019, 25 millions à 30 millions d’euros sont investis chaque année pour le moderniser, notamment avec l’installation d’un nouveau four de grillage en 2022. Mais l’enjeu est aussi de se réinventer. «Notre métier a toujours été et restera le zinc, mais il est en train d’évoluer : nous faisons désormais plus que cela», résume le directeur général du site, Pascal Nicolas.
Come SITTLER Le concentré minier et du zinc issu de poussières d’aciérie arrivent dans l’usine par bateau. Ils sont grillés dans un four circulaire, puis dissous dans de l’acide pour être progressivement purifiés.

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L’usine a d’abord entamé le chantier des métaux critiques. «Dans le minerai, le zinc est associé à d’autres éléments plus ou moins facilement récupérables», explique l’ingénieur chimiste de formation. C’est le cas de l’indium, un métal rare utilisé dans les écrans plats et certains panneaux solaires, que l’usine extrait en coproduits en quantité notable depuis 2012.
Come SITTLER Depuis 2012, l’usine d’Auby produit aussi de l’indium en s’inspirant de sa recette de zinc... tout en restant discrète sur les détails.
Face aux tensions avec la Chine – qui a restreint mi-2023 les exportations de germanium et de gallium, deux autres métaux mineurs stratégiques présents dans le minerai de zinc –, cette expertise intéresse. Au Tennessee, les incitations de l’administration américaine et la composition du minerai ont poussé le groupe à lancer un projet sur le sujet. À Auby, la matière première utilisée aujourd’hui, en provenance d’Amérique du Sud, contient du gallium récupérable. «Nous savons que c’est possible et combien ça coûte, mais la question est de savoir si cela vaut le coup», s’interroge Pascal Nicolas, soulignant le coût de l’investissement et les incertitudes sur la demande «si la Chine rouvre les vannes».
L’autre enjeu concerne l’électricité, marquée par l’incertitude sur les prix à partir de 2026. «C’est une opportunité davantage qu’une menace. Nous consommons 84 MW, à pleine puissance, soit autant qu’une ville de 400 000 habitants, mais notre processus est très flexible et nous pouvons diviser cette consommation par quatre en quelques minutes», affirme Pascal Nicolas.
Come SITTLER Dans la halle d’électrolyse, plus de 10000 cathodes en aluminium servent de substrat sur lequel le zinc dissous se dépose en feuilles. Une opération responsable de 80% de la consommation électrique du site.
L’usine, qui doit accueillir une centrale photovoltaïque géante sur un parc à résidus, peut déjà faire varier sa consommation selon les besoins du réseau. Optimiser cette flexibilité – au prix d’un investissement lourd, qui dépendra des règles post-Arenh – permettrait d’aller plus loin et de transformer le site en «batterie virtuelle», adaptant en temps réel la production aux pics et aux creux du marché électrique, explique le directeur. La résilience passe par la diversification.
Photos : Côme Sittler



