C’est une petite victoire. Deux ans après avoir sonné l’alerte sur la place prise par la Chine dans la rédaction des normes qui entourent le lithium – métal quasi indispensable aux batteries de véhicules électriques – l’Association française de normalisation (Afnor) parvient à remettre la normalisation au coeur des enjeux de souveraineté. L’institution de référence pour les normes volontaires en France a été nommée à la tête du secrétariat du comité international sur les métaux critiques de l’International Standard Organisation (ISO), qui se réunit pour la première fois à Paris lundi 18 septembre. Un cercle créé à son initiative, au sein duquel se discuteront les détails techniques de la désignation et l’analyse de la qualité d’une dizaine de métaux jugés critiques, du cobalt des batteries électriques aux platinoïdes, un groupe de métaux dont l’on retrouve les membres dans les disques durs, les systèmes de dépollution, ou les électrolyseurs pour produire de l’hydrogène.
Jusqu’à peu, les normes n’étaient plus à la mode. Il y a quelques années, la Chine semblait seule en piste, à la tête du comité des terres rares (créé en 2015) puis de celui du lithium (initié en 2020). C’est dans cette instance que sa proposition de transposer, d'un coup, une centaine de ses normes domestiques au niveau international avait fait office de coup de semonce pour l’industrie européenne. Même le commissaire européen Thierry Bretton avait souligné l’importance de ne pas délaisser ces instances techniques.
Premières normes attendues en 2027
Dont acte. L’Afnor a rallié diverses autorités publiques et industriels français (dont Eramet, Imerys, Orano, Safran ou Saft) au sein d’une commission technique. De quoi discuter les normes qui entourent le lithium une par une, mais aussi aboutir sur la création de ce nouveau comité. Baptisé «métaux et minéraux de spécialité» (ou ISO TC/345), il est issu d’une proposition préparée par les acteurs français début 2022, puis d'un vote en juin 2023 lors duquel l'Afnor a obtenu le secrétariat grâce au soutien des pays européens, de l’Australie, des Etats-Unis et du Japon. Et malgré la désapprobation de la Chine et de la Suisse. L’objectif est dorénavant de constituer le comité technique, pour que ce dernier puisse définir ses priorités, sa feuille de route et ses groupes de travail début 2024. De premières normes, rédigées et négociées par tous les membres du comité, devraient naître en 2027.
Dans le détail, le comité devrait s'accorder sur les désignations, les méthodes d'essai de pureté et même les modalités de livraison de la dizaine de matériaux réunis sous l’appellation métaux et matériaux de spécialité, soit l’antimoine, le béryllium, le graphite, le cobalt, le chrome, le niobium et les platinoïdes (rhodium, palladium, platine, ruthénium, iridium et osmium), auxquels pourrait encore s’ajouter – à la demande de l’Allemagne – le strontium. L'extraction minière ainsi que l'empreinte environnementale et sociales des métaux sont hors champ.

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Pourquoi s'être battu pour orchestrer ce travail de procédure ? Tout d’abord : les normes fluidifient le commerce et participent donc de la sécurisation des approvisionnements, explique David Krupka, qui porte le sujet à l’Afnor : «quand il y a un litige commercial entre deux entreprises, ce sont les normes définies à l’ISO qui serviront de point de référence technique».
Surtout, participer à l’élaboration des normes est une affaire de prestige, de positionnement et d’influence. Une multitude de détails, concernant les tests et les protocoles en vigueur par exemple, ne sont pas négligeables pour l'industrie. Alors que les machines de tests ne sont pas toujours les mêmes partout dans le monde, il faut prendre garde à «ne pas donner l’avantage à un équipement par rapport à un autre», raconte l’expert. Définir les normes peut aussi «apporter un avantage compétitif en permettant aux industriels de s’acculturer aux techniques et aux appareillages utilisés», argue-t-il. De petites avancées, dont la quête témoigne que les métaux sont à nouveau pris au sérieux.



