Alors que l’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée, la mission Microcarb va cartographier mondialement depuis l’espace les sources et puits de CO2, principal gaz à effet de serre et moteur du changement climatique. Le satellite de 180 kg partira à bord de la fusée Vega-C, aux côtés des quatre satellites optiques CO3D. Le décollage est prévu dans la nuit de vendredi 25 à samedi 26 juillet, à 4 heures (heure de Paris), depuis la base spatiale européenne de Kourou.
Mesurer l'impact du changement climatique
Ce satellite de 180 kg, construit par Airbus, va permettre aux scientifiques d'analyser comment les flux de carbone évoluent au cours du temps dans l’atmosphère, et de mesurer l’impact que le changement climatique a sur les cycles naturels. «Par exemple, on sait que les forêts souffrent beaucoup des sécheresses à répétition. En France, leur capacité de puits de carbone est décroissante», identifie François-Marie Bréon, climatologue et responsable scientifique de la mission. Les données qui seront récoltées seront notamment complémentaires au satellite Biomass, lancé avec succès en février 2025, chargé de scanner en profondeur les forêts tropicales.
Maintenu à 120°C pour son bon fonctionnement, le spectromètre dont il est équipé permet de calculer la concentration de CO2 dans l’atmosphère sur des zones de 9 kilomètres sur 4,5 (à condition de l’absence de nuage). Cette précision lui permet d’observer «les émissions liées à des très grosses villes comme Paris et les émissions industrielles intenses comme les centrales thermiques au charbon en Allemagne, en Pologne, en Chine, etc.», illustre le climatologue.
Relayeur de la mission américaine
Initié en 2015, Microcarb est un partenariat entre les agences spatiales françaises et anglaises et Eumetsat, l’agence européenne de satellites météorologiques. Il était prêt à partir en janvier 2024 avec deux ans de retard, mais a dû patienter jusqu’en juillet 2025 pour trouver une disponibilité dans le calendrier des lanceurs européens. Malgré ce parcours semé d'embûches, sa mise en service intervient à un moment crucial, et pourrait bien pallier un potentiel manque de données pour les scientifiques du monde entier.
Microcarb est la première mission de ce type pour l’Europe, mais pas pour le monde. Il en existe également une japonaise, ainsi qu'une chinoise, mais cette dernière ne partage quasiment pas ses données avec les agences étrangères. Quand à l'équivalent américain, celui-ci pourrait bien s’arrêter avant la fin de l’année. Le budget proposé par l’administration Trump pour la Nasa, s’il est voté, pourrait couper de près de 25% des fonds alloués à l’agence spatiale, et les programmes scientifiques d’observation de la Terre sont en première ligne. «C'est extrêmement regrettable mais plutôt favorable pour Microcarb, qui va peut-être devenir indispensable pour le suivi du carbone depuis l'espace», a conclu François-Marie Bréon.



