Pour cartographier la Terre en trois dimensions au mètre près, deux paires d’yeux nommées CO3D doivent s’envoler le samedi 26 juillet. Les quatre satellites formant l’ensemble «Constellation Optique 3D» doivent décoller à 4 heures (heure de Paris), depuis la base spatiale européenne de Kourou (Guyane). Un partenariat public-privé à 250 millions d'euros, dont 100 financés par le Centre national d’étude spatiale (Cnes) et 150 millions financés par Airbus. L’industriel franco-allemand en assurera la commercialisation des données à faible coût, à des partenaires aussi bien institutionnels que privés.
"Vision de nuit" et proche infrarouge
Les quatre satellites optiques vont fonctionner en paires. Distants de 100 kilomètres, les deux membres d’un duo fourniront des images obtenues d’un angle différent, qui permettront de formuler un résultat final en trois dimensions. Un fonctionnement «équivalent à ce que fait notre cerveau à partir de la vision de nos deux yeux qui regardent le même point», résume Lionel Perret, chef du projet côté Cnes. Les capteurs sont capable de travailler dans le spectre du visible et le proche infrarouge, y compris dans les faibles luminosités, par exemple les zones urbaines éclairées la nuit.
Successeurs des Pléiade d’Airbus, les CO3D ont été fabriqués en convertissant une partie de la chaîne d’assemblage de la constellation télécom OneWeb. Ils intègrent une panoplie d’innovations, notamment une communication avec les infrastructures au sol via diode laser qui permet de transmettre 10 gigabits par seconde, ou la capacité de monter à bord des outils d’IA développés par des clients. Chaque satellite est capable de capturer près de 7000 images par jour, soit 250000 km² pour une résolution de 50 centimètres au niveau du sol.
Défense, étude du climat et prévention des risques
La constellation entrera en service début 2026, après six mois de réglages, et doit rester huit ans en orbite. CO3D réalisera d'abord une phase de démonstration de 18 mois pour effectuer une cartographie complète du globe. A l’issue de cette mission, Airbus commercialisera ce service qui intéresse notamment le secteur de la défense. «Les données 3D permettent de guider les drones et avions volant à basse altitude, de programmer des mouvements de troupes et de véhicules dans les zones montagneuses accidentées», identifie Lionel Perret. «Compte tenu de la situation géopolitique actuelle, on a déjà eu un certain nombre de marques d'intérêt en dehors de l’institutionnel», souligne Philippe Cheoux-Damas, son homologue côté Airbus.
Les applications pour le civil sont également nombreuses. Selma Cherchali, sous-directrice des programmes d’observation de la Terre au Cnes, cite l’étude des glaciers, l’évolution de la végétation, des cultures, du trait de côte, la prévention des risques d’inondation ou encore l’identification d’ilots de chaleur urbain.
Les engins de 285 kg s’envoleront à bord d’un lanceur Vega C, qui accueille un autre passager, le satellite Microcarb, chargé de cartographier les sources et puits de CO2. A l’approche du décollage, «on sera un petit peu tendu quand même, on ne peut pas vous le cacher», glisse le chef de projet chez Airbus, moins serein que le Cnes. Si les derniers lancements de Vega C se sont déroulés avec succès, Airbus garde en mémoire l'échec du premier vol commercial du petit lanceur italien, qui avait causé la perte de deux satellites de l’industriel franco-allemand.



