La France continue de placer ses pions sur la carte mondiale des métaux critiques. Mercredi 27 septembre, la ministre française de la transition énergétique Agnès Pannier-Runacher a rencontré deux de ses homologues, le canadien Jonathan Wilkinson et l’australienne Madeleine King. A chaque fois, la rencontre à débouché sur la signature d’accords bilatéraux. «Les minéraux critiques sont essentiels pour la décarbonation de nos économies [et se trouvent] au cœur de nos industries de défense et des technologies numériques», explique-t-on au cabinet de la ministre. L'annonce intervient en marge d’un grand sommet sur le sujet, organisé jeudi 28 septembre par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à Paris.
Rassemblant une vingtaine de ministres ainsi que des industriels de premier plan (dont les PDG de BHP, de Glencore, de Trafigura, et de Rio Tinto), son objectif est de faire en sorte que le monde ne manque pas de ces éléments, alors que les besoins vont exploser avec la transition énergétique. Pour cela, trois grandes sessions de discussions sont prévues portant sur les technologies de production et de recyclage des métaux, la diversification des chaînes d’approvisionnement, et la responsabilité sociale et environnementale du secteur.
Construire des partenariats
Avant tout diplomatiques, les accords signés par la France mercredi 27 septembre ne contiennent ni clauses commerciales, ni sécurisation de volumes de minerais garantis. Mais ils s’intègrent dans le travail de la France pour sécuriser les approvisionnements en métaux de son industrie, via la création d'un observatoire dédié, ou encore d'un fonds d’investissement spécialisé sur le sujet. L’Australie comme le Canada n’ont pas été choisis au hasard. «Ce sont deux alliés importants, qui partagent nos valeurs et qui ont des pratiques durables avec des préoccupations environnementales et sociales, s’agissant de l’extraction et de la transformation des minéraux critiques», explique-t-on au cabinet d’Agnès Pannier-Runacher. Le dialogue doit favoriser les partenariats et les investissements, pour «développer les filières de minéraux critiques sur le plan de l’extraction, du traitement et du recyclage, ainsi que favoriser les coopérations industrielles et universitaires en matière de R&D, notamment entre les entreprises françaises et celles de ces deux pays».
Le Canada comme l’Australie sont deux géants miniers, avec autour de 200 et de 350 mines en activité respectivement. Les deux pays sont incontournables dans l’extraction de minerai de fer, de charbon ou d’or. Mais ils sont aussi centraux dans le paysage de nombre de métaux critiques de la transition énergétique… L’Australie, notamment, est le premier producteur mondial de lithium, ce métal blanc ultra-léger que les constructeurs automobiles s’arrachent pour leurs batteries, et l’un des premiers concernant le manganèse. Les deux pays produisent aussi des quantités non négligeables de nickel et de cuivre, ainsi que de nombreux autres métaux utiles pour la défense ou le numérique, tels le titane et le zirconium en Australie, ou les platinoïdes et l’indium au Canada. Enfin, ils sont très bien placé sur le podium de l'extraction d’uranium et pourraient mettre leurs importantes réserves à profit pour offrir des options d’approvisionnement sûres sur ce marché chahuté. Des réserves précieuses, que les deux poids lourds font désormais valoir dans leurs relations diplomatiques. Avec la France comme avec de nombreux autres pays en quête de sécurisation de leurs approvisionnements, tels que le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis.



