Avec régularité, Pékin continue d’amplifier son contrôle sur les exportations de ses métaux critiques. Mardi 4 février, peu après l’annonce par le président états-unien Donald Trump de la hausse de 10% des droits de douanes sur tous les produits chinois, le ministère du Commerce chinois (Mofcom) a répliqué. Des restrictions d’exportations immédiates sont mises en place pour cinq métaux industriels : le tungstène, le molybdène, l’indium, le tellure et le bismuth. L’envoi hors des frontières de ces éléments (le texte chinois détaille 25 formes chimiques différentes au total), essentiels dans un grand nombre de secteurs industriels, est désormais conditionné à l’obtention d’une licence de la part des autorités chinoises.
Le tungstène en première ligne
La Chine avait déjà annoncé imposer 15% de droits de douane sur le gaz naturel liquéfié et le charbon américain. Mais les métaux critiques – un secteur qu'elle domine largement – font partie de ses armes favorites. En juillet 2023, en réponse à des mesures américaines limitant l’accès des industries chinoises à certains semi-conducteurs avancés, la Chine avait ciblé les exportations de gallium et le germanium, deux petits métaux utilisés dans le numérique et la défense. Depuis, de nombreuses formes de graphite ainsi que l’antimoine ont rejoint la liste. Mi-novembre 2024, le Mofcom avait aussi publié une liste consolidée de métaux dits à “double-usage” – que l’on retrouve dans des biens civils et militaires – soumis à des restrictions d’exportation similaires. Le tungstène y figurait déjà (notamment sous forme métallique ou de carbure) ainsi que le magnésium et certains alliages durs, par exemple à base de titane.
Face à Donald Trump, les nouvelles annonces de Pékin tiennent donc en partie de l’affichage. Un cran est néanmoins franchi concernant la diversité des métaux concernés et la variété des secteurs potentiellement touchés. Le tungstène inquiète tout particulièrement, car Pékin ne cible désormais plus seulement le carbure de tungstène. Plusieurs alliages, et surtout les oxydes de tungstène et le paratungstate d'ammonium (APT) sont aussi soumis à restriction. «Le paratungstate d'ammoniumsert de précurseur pour la plupart du secteur», souffle un observateur, qui y voit l'enjeu principal des nouvelles annonces de Pékin.
Ultra-dur et résistant, le tungstène est très utilisé pour fabriquer des outils de coupe, que l'on retrouve ensuite dans nombre de secteurs industriels. Il sert aussi pour les munitions et les blindage dans la défense, ainsi que pour certains alliages aéronautiques. L'Europe compte quelques mines, notamment en Autriche ou au Portugal. Mais en 2024, la Chine était à l'origine de 82% de la production de tungstène dans le monde.

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Une variété de secteurs touchés
La production des autres métaux mentionnés est tout aussi concentrée. Le service géologique des Etats-Unis (USGS) estime que la Chine représente 82% du raffinage de bismuth, un coproduit du plomb utilisé par l’industrie pharmaceutique, les cosmétiques et certains alliages. Elle produit aussi 76% du tellure – raffiné à partir de déchets de mines de cuivre, que l’on retrouve dans certains panneaux solaires et dans des dispositifs de production de chaleur –, et 42% du molybdène utilisé notamment dans les superalliages. Dans son document, le Mofcom précise cibler spécifiquement le molybdène en poudre micrométrique utilisé pour la fabrication de missiles. Enfin, Pékin contrôle 70% du raffinage d’indium, un métal de niche utilisé dans les écrans de téléphone et de télévision et certains panneaux solaires, et que la France produit en petites quantités dans la raffinerie de zinc de Nyrstar, à Auby (Nord).
Encore une fois, la défense et les technologies vertes seront donc les premiers secteurs touchés. «Le point commun c'est l'usage dans les panneaux photovoltaïques», réagit le chercheur associé à l'Ifri Raphael Danino. Le tellure, l'indium et le molybnène servent chacuns dans des technologies solaires de niche, et que le bismuth (un métal non toxique au point de fusion bas) sert dans des alliages de soudure aux-côté de l'étain, un métal dont les prix s'envolent sous l'effet de la demande de l'électronique.
Globalement, les premières restrictions d’exportation imposées par la Chine n’ont pas créé de pénuries, et n’ont fait s’envoler les prix que lorsque les marchés étaient déjà tendus. Ainsi, les cours de l’antimoine ont grimpé de 250% en un an, pour atteindre près de 40000 dollars la tonne à Rotterdam, rapporte Reuters, mais la hausse avait commencé bien avant l’établissement des restrictions. Mais «ces restrictions instaurent des mécanismes de contrôle des prix qui permettent ensuite à la Chine de jouer sur les cours : elle peut rouvrir les vannes quand elle le souhaite et décourager ainsi les investisseurs qui voudraient créer des approvisionnements alternatifs. C’est habile», pointe cependant un bon connaisseur de la géopolitique des métaux.
Pour garder sa position dominante sur le sujet, la Chine multiplie en parallèle les restrictions sur les technologies de raffinage de métaux, de la séparation de terres rares en décembre 2023, au raffinage de lithium et à la production de composants de batteries en janvier 2025. Dans cette droite ligne, la dernière liste publiée par le Mofcom mentionne méthodiquement les technologies associées à la production de chaque élément ciblé. Une manière de garder ses armes pour soi.
Mise à jour 06/02 : ajoute de détails sur l'usage des métaux ciblés.



