En déclarant la guerre commerciale, les Etats-Unis s'exposent à des conséquences en cascade

25% de droits de douanes sur les importations en provenance du Canada et 10% supplémentaires sur les produits chinois. Après les menaces, la guerre commerciale de Donald Trump va prendre forme dès le 4 février, même s'il a reculé dans la foulée pour le Mexique. Des conséquences en cascade s'annoncent pour l'industrie américaine. 

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Stellantis usine d'assemblage de Sterling Heights (Michigan) Ram 1500 (2020)
L'industrie auto américaine, largement intégrée avec le Canada et le Mexique, sera la première touchée par les tarifs douaniers.

Du jamais vu. Le 1er février, dans les heures suivant l’annonce de la hausse historique de droits de douane infligée par Donald Trump à ses deux voisins nord-américains et à la Chine, les supporters canadiens d’un championnat de Hockey ont copieusement hué l’hymne national des Etats-Unis. Au même moment, le comité éditorial du Wall Street Journal, jusqu’alors fort indulgent envers le nouveau président, vilipendait «la guerre commerciale la plus idiote de l’histoire», en s’interrogeant sur l’ambition de la première puissance économique mondiale de «se muer en autarcie», en contradiction «avec le monde où nous vivons et où nous souhaitons vivre». 

Le choc provoqué par ces 25% de droits de douanes sur les importations en provenance du Canada et du Mexique, et les 10% ajoutés aux tarifs existants sur les produits chinois, effectives le 4 février, est d’autant plus rude que ces mesures, édictées par Donald Trump par voie règlementaire en vertu d’une «situation d’urgence d’économie nationale», ne comportent aucun remède ou porte de sortie crédible.  La Maison-Blanche entend, par cette coercition sur ses deux premiers partenaires économiques, obtenir une baisse des passages d’immigrants et de drogues, notamment le fentanyl, par ses frontières sud et nord. Or, malgré des semaines de négociations désespérées, aucun instrument de mesure dans ces domaines n’a été proposé par le gouvernement Trump. Mais coup de théâtre, ce 4 février, le président américain a finalement indiqué sur son réseau Truth Social qu'il suspendait l'application des droits de douane avec le Mexique. Le milliardaire s'est entretenu "amicalement" avec Claudia Sheinbaum, la présidente du pays et a levé la sanction pour un mois en échange du déploiement de 10000 soldats mexicains supplémentaires à la frontière.

L'exception très politique sur l'importation d'énergie

La relative mansuétude des États-Unis envers la Chine, avec une hausse de 10% ajoutée aux barrières existantes, contraste avec la brutalité de l’offensive contre le Mexique et le Canada et confirme une stratégie. Donald Trump semble exploiter la vulnérabilité et la dépendance des deux pays – qui destinent l’un 80%, l’autre 75% de leurs exportations vers les Etats-Unis – pour opérer un coup de force et une manœuvre d’intimidation mondiale. A quel prix ? 28% des importations américaines proviennent de ses deux voisins nord-américains. Près d’un quart des produits agricoles importés sont produits au Mexique, 20% au Canada. D’où le risque d’un choc des prix à la consommation au moment où l’inflation, à 2,6%, se rapprochait d’un niveau rassurant pour l’économie.

Les barrières douanières frappent aussi des matières premières essentielles pour les industries américaines, telles la bauxite et l’aluminium. Donald Trump n’a pour l’instant accordé qu’une exception, très politique, aux droits de 25%, en limitant à 10% la taxe à l’importation d’énergie. Les Etats du Nord-Est et du Mid-Ouest frontalier reçoivent l’essentiel de leur électricité des centrales hydroélectriques canadiennes. Et le pétrole brut canadien, prisé par les raffineurs américains, constitue la source principale d’essence pour les voitures aux États-Unis. Une hausse des taxes plus sévère aurait des conséquences rapides et impopulaires sur les prix à la pompe.

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L'industrie auto largement exposée 

Quant aux conséquences pour l’industrie automobile, elles pourraient s’avérer spectaculaires si Donald Trump décident d'appliquer de nouveau une barrière douanière. 90% des exportations automobiles du Mexique et du Canada sont destinées aux États-Unis. Au Nord du pays, du Michigan au Wisconsin et à l’Illinois, comme au Sud, entre le Texas et l’Arizona, les chaines de montage sont si imbriquées avec les unités mexicaines et canadiennes qu’un même véhicule peut traverser six fois la frontière pendant sa fabrication. Cette intégration régionale, assise sur un «juste à temps» minutieux et l’optimisation des couts de production, a joué un rôle primordial dans la renaissance du secteur automobile américain et au succès de l’accord de libre-échange nord-américain Alena, revu et corrigé en 2020 par Trump sous le nom d’accord USMCA.

Tous les constructeurs présents sur le territoire américain disposent de multiples usines au Canada et au Mexique qui assurent, dans le cas de General Motors, l’exportation de 750000 voitures par an vers le marché des Etats-Unis. Ford produit des moteurs et 196000 voitures dans trois usines mexicaines pour les Etats-Unis. Stellantis fabrique ses pick-ups Ram au Mexique, et des Chrysler et Jeeps dans deux unités de l’Ontario. La firme, comme GM, avait évoqué dès décembre la possibilité de rapatrier certaines modèles vers ses usines américaines, mais l’effet des perturbations de la chaine de production, et sur les prix chez les concessionnaires, pourrait affecter les résultats, et l’emploi automobile aux Etats-Unis.

La grogne des «cols bleu» américains, déjà communiquée par les syndicats UAW et United Steelworkers, très présent aussi dans les raffineries, pourrait-elle rappeler Donald Trump à la mesure ? Seule cette possibilité, et l’éventuelle sanction des bourses mondiales ce lundi 3 février, paraissent pour l’instant crédible. A moins que la Chine, toujours silencieuse, ne réponde par une contre-offensive tarifaire comparable à l’arrêt des importations de soja américain en 2019, les représailles internationales du Mexique et du Canada, deux marchés d’exportation relativement petits pour les Etats-Unis, promettent des effets limités sur ce conflit. Et pourraient ajouter un poids supplémentaire sur leurs économies, déjà menacées par le coup de force américain. 

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