Menaces mises à exécution, marche arrière immédiate suivie de nouvelles mises en garde, multiplication des enquêtes administratives… La guerre commerciale lancée par Donald Trump donne le tournis. Au-delà des volte-face, les mesures protectionnistes discutées représentent un coût massif pour les entreprises.
Alors que l'Union européenne (UE) a posé les bases d'un accord avec les Etats-Unis quelques jours avant une prochaine vague de taxes prévue le 1er août, petit guide des mesures en place, de celles qui relèvent du bras de fer et de celles encore à l’étude (cet article est régulièrement réactualisé, glissez-le dans vos favoris).
Les droits de douane déjà appliqués
L’Union européenne se dote d’un accord : Bruxelles et Washington se sont mis d’accord dimanche 28 juillet pour une surtaxe de 15% sur les importations américaines de provenance européenne, qui concerne entre autres l’automobile, la pharmaceutique et les semi-conducteurs. Un certain nombre de secteurs doit être exempté de ces taxes, dont l’aéronautique, certains produits chimiques et agricoles, et les matières premières «critiques».
Cette liste et de nombreux autres points restent encore à préciser. L’acier, l’aluminium et leurs produits dérivés (aujourd’hui taxés à 50%) pourraient connaître négociations distinctes. Les vins et spiritueux sont aussi dans l’attente de mesures. L’UE prévoit de plus l’achat d’équipements militaires américains, ainsi que pour 750 milliards de dollars de «produits énergétiques» (gaz naturel liquéfié, pétrole…). 600 milliards de dollars d’investissements européens ont également été annoncés.
A l’instar des Vingt-Sept, quelques pays ont déjà obtenu des accords spécifiques avec Washington : le Royaume-Uni, le Vietnam, les Philippines et le Japon.
Des surtaxes sectorielles sur l’acier et l’aluminium : L’administration américaine a annoncé la mise en place à partir du 12 mars des droits de douane sur les importations mondiales d’acier et l’aluminium. Initialement de 25 %, elles ont été portée à 50% le 4 juin. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait déjà imposé 25% de droits de douane sur l’acier, mais s’était contenté de 10% sur l’aluminium. «Les catégories de produits couvertes par les taxes sont plus larges, avec une extension vers des produits plus transformés», souligne l’économiste Ruben Nizard.
Les taxes sur l’automobile : «Toutes les voitures qui ne sont pas fabriquées aux Etats-Unis» sont frappées par des droits de douanes de 25% depuis le 3 avril, a annoncé Donald Trump, ainsi que de nombreuses pièces détachées depuis le 3 mai. Des mesures d’allègement ont été mises en place jusqu’en 2027, pour donner le temps aux constructeurs de rapatrier les chaînes d’approvisionnement sur le sol américain. Exception notable, le Japon doit bénéficier de surtaxes allégées, à 15% selon un accord bilatéral annoncé mercredi 23 juillet, comme l’Union européenne.
Les taxes réciproques : Donald Trump a présenté son plan très attendu sur les droits de douanes réciproques le 2 avril, en préparation depuis février. Toutes les importations aux États-Unis sont ainsi frappées d’au moins 10% de droits de douane, depuis le 5 avril. Ce taux minimal pourrait être relevé à 15 ou 20%, selon une déclaration du président le 10 juillet, sans concrétisation formelle à date de la mise à jour de l’article.
Cependant, des taxes plus élevées sont prévues pour bon nombre de partenaires commerciaux, mais sont suspendues jusqu’au 1er août, avec l’objectif affiché de mener à terme des négociations. Parmi les pays qui n’ont pas conclu d’accord bilatéral, le Brésil et le Lesotho risquent de décrocher un taux record de 50%.
Une longue annexe détaille les catégories de produits non couverts par les droits de douane réciproques. L’acier, l’aluminium et les pièces automobiles déjà taxés ne sont pas sujets à des mesures supplémentaires. Le cuivre, les semi-conducteurs, le bois et divers produits pharmaceutiques sont aussi exemptés, mais doivent faire l’objet de mesures spécifiques plus tard (voir ci-dessous). L’annexe inclut ainsi un très grand nombre de minerais, concentrés miniers et métaux sous différentes formes chimiques (cobalt, zinc, tungstène, titane, vanadium, antimoine, zinc, graphite…), de produits pétroliers, de composés chimiques et quelques produits électroniques. Malgré une volonté de renouveau minier, l’industrie américaine reste très dépendante des importations de nombreux métaux, souvent indispensable dans les technologies de pointe. Plusieurs éléments précieux sont également exemptés, parmi lesquels l’or, l’argent, les platinoïdes, l’uranium ou les coraux.
La Chine dans le viseur : Depuis l’accession au pouvoir du 51e président des États-Unis début 2025, une escalade commerciale avec la Chine a fait monter et descendre le montant des taxes douanières au rythme des échanges diplomatiques. À compter du 14 mai, les importations en provenance de Pékin sont taxées à hauteur de 30%.
Le Mexique et le Canada sous pression : Depuis le 2 avril, tous les produits entrant dans le cadre de l’accord de libre-échange signé par les trois pays (AMCE ou USMCA) ne subissent aucune surtaxe. Ceux ne se qualifiant pas sont taxés à 25%, et les ressources énergétiques et la potasse canadiennes sont visées par un taux plus faible de 10%. Donald Trump a néanmoins relancé des menaces à l’encontre de ses deux voisins : Mexico pourrait voir son taux augmenter à 30%, et Ontario à 35% à partir du 1er août.
Les menaces réelles mais encore en suspens
Les taxes sur le cuivre : Le métal fait l’objet d’une enquête administrative depuis le 25 février, supposée durer 9 mois. Néanmoins, la Maison Blanche a déjà prévu d’imposer 50% de droits de douane sur le cuivre à partir du 1er août, alors que 45% des besoins du marché américain sont couverts par les importations.
La pharmacie visée : Les menaces sur le secteur pharmaceutique se concrétisent petit à petit. Le 8 juillet, Donald Trump a évoqué un taux de 200%, sans préciser de date d’application. Le président a néanmoins indiqué qu’il attendrait au moins un an avant leur mise en place pour laisser à la filière le temps de s’organiser et de se relocaliser. Depuis un accord de 1994 à l’OMC, la quasi-totalité des médicaments sont exemptés de taxes. L’industrie européenne serait directement affectée, alors que la pharmacie est l’un de ses principaux excédents à l’export avec l’automobile vers les États-Unis. L’Irlande en particulier, serait l’un des pays les plus touchés, mais l’Allemagne, la France et le Danemark y auraient aussi à perdre.
Les menaces encore floues
Des enquêtes sectorielles lancées : Plusieurs enquêtes ont été lancées par l’administration américaine, au nom de la section 232 qui considère les atteintes à la sécurité nationale. C’est le cas des importations de bois d’œuvre, visées par un «executive order» adopté le 1er mars, qui vise le bois, mais aussi des produits transformés comme le papier et les meubles. D’autres secteurs industriels ont suivi au fil des mois, dont les semi-conducteurs, les avions commerciaux et leurs moteurs ou les minéraux critiques.
Les deux dernières en date ont été lancées le 14 juillet sur les «appareils aérien pilotés à distances et leurs composants» (les drones), et le silicium polycristallin et ses dérivés, nécessaires à la fabrication de panneaux solaires. Toutes ces procédures ouvrent la porte à la mise en place des droits de douane sectoriels additionnels.
Les autres secteurs mentionnés : Sur son réseau social Truth social, le locataire de la Maison Blanche a aussi annoncé en mars des droits de douane sur des produits agroalimentaires sans préciser les pays ciblés.
Les taxes portuaires sur les bateaux «made in China» : Ce n’est pas à proprement une barrière douanière, mais la mesure a le potentiel de mettre la pagaille dans l’organisation bien huilée du commerce mondial. Le bureau du représentant au commerce (USTR) a prévu de taxer les porte-conteneurs et tankers fabriqués en Chine qui accostent dans les ports américains. Les navires concernés doivent ainsi exposés à une taxe de 50 dollars par tonne nette. Mise en œuvre prévue le 14 octobre.



