En matière de petit réacteur modulaire (SMR), le CEA démontre son flair. Après la levée de fonds de 15 millions d’euros annoncée par la start-up Hexana fin janvier, c’est au tour d’une autre pépite issue de ses rangs, Stellaria, de boucler un tour de table. Elle aussi fondée en 2023, la société basée à Grenoble (Isère) a en effet annoncé le 17 juillet avoir récolté 23 millions d’euros. Une somme qui s’ajoute aux 10 millions d'euros de subventions obtenus dans le cadre du programme «réacteurs nucléaires innovants» de France 2030. Ces fonds l’aideront à se rapprocher de son objectif : la mise en service d’un SMR à neutrons rapides et cœur liquide à sels fondus d’une puissance de 250 MWe, baptisé Stellarium. «Un réacteur de ce type n’a encore jamais été fabriqué en Europe», assure le PDG de Stellaria, Nicolas Breyton.
Comme l’explique ce dernier, le Stellarium fonctionnera tout d’abord en convection naturelle, «un peu comme un radiateur». Ce phénomène physique, qui correspond au mouvement interne d'un fluide sous l'effet d’une différence de température, permet à la start-up de s’affranchir de certains équipements actifs, à l’image des pompes, qui nécessitent souvent des opérations de maintenance, mais aussi d’améliorer l’efficacité du système de refroidissement du combustible. Grâce au cœur liquide, ce dernier pourra circuler en permanence dans les différentes zones de la cuve, ce qui facilitera l'homogénéisation des atomes nécessaires au processus de fission. Par ailleurs, le réacteur fonctionne par isogénération, ce qui signifie qu’il sera capable de produire autant de matière fissile qu'il en consommera, et ce pendant 20 ans minimum.
Destruction des déchets nucléaires
Concernant le combustible, Nicolas Breyton souligne que l’une des grandes qualités du Stellarium provient de son régime «omnivore». En effet, s’il sera dans un premier temps alimenté avec le combustible classique des SMR, un uranium moyennement enrichi, il devrait rapidement pouvoir fonctionner avec des combustibles usagés à base d’uranium et de plutonium. «En utilisant les 300 000 tonnes actuellement stockées sur le territoire français, nous pourrions produire autant d’énergie que le parc nucléaire français actuel pendant 5 000 ans», affirme Nicolas Breyton. À terme, lorsque les activités de reprocessing développées par Orano à La Hague (Manche) seront au point, la start-up envisage même d’utiliser des déchets nucléaires de haute activité et à vie longue, parmi lesquels des actinides mineurs. «Nous estimons pouvoir détruire à peu près 30% de la masse de déchets de haute activité à vie longue tous les 20 ans», précise l’ancien cadre de Schneider Electric.
Parmi les autres avantages du Stellarium figure son niveau de sûreté avancé. Enterré, le réacteur fonctionne à basse pression et dispose de quatre barrières de sécurité, censées retenir les produits radioactifs en cas d’accident. «A titre de comparaison, un EPR n’en possède que trois», rappelle Nicolas Breyton. C’est notamment grâce à ce niveau de confiance que Stellaria espère séduire les industriels, qui pourraient déployer ses réacteurs pour décarboner leurs installations, ou encore les opérateurs de datacenters. La jeune pousse compte également se lancer dans le rétrofit des centrales à charbon, en remplaçant les brûleurs par ses réacteurs, qui utilisent d’ailleurs des turbines similaires. «Le marché est énorme, il y a plus de 200 centrales à charbon en Europe à décarboner», s’enthousiasme le PDG.

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Surmonter les problèmes de corrosion
Bien sûr, la route vers la commercialisation est encore longue, et pavée d’obstacles. Actuellement dans la phase de revue préparatoire de l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), Stellaria devrait déposer, d’ici au début de l’année prochaine, une demande d’autorisation de création. Dans l’écosystème des start-up tricolores spécialisées dans les SMR, seule la société Jimmy a pour l’instant franchi cette étape. Les fonds récoltés grâce à cette levée permettront notamment de réaliser, d’ici à 2030, une première expérience de fission, censée garantir la sûreté du modèle et confirmer, entre autres, que l’entreprise parvient à surmonter les problèmes de corrosion qu’impliquent habituellement les réacteurs à sels fondus. Le premier démonstrateur, d’une capacité de 10 MW, est quant à lui attendu pour 2031.
Dans cette quête, Stellaria pourra s’appuyer sur l’expertise et la force de frappe industrielle de ses partenaires et investisseurs, parmi lesquels le CEA, Schneider Electric, Technip Energies et Exergon. «Pour réduire le besoin en financement, le mieux, pour les start-up, c’est de s’adosser à de grands partenaires qui ont les reins solides et sont capables de prendre des commandes», juge Nicolas Breyton, qui laisse entendre qu’un premier contrat commercial sera d’ailleurs officiellement annoncé dans les prochains mois. Cette montée en puissance s’accompagne d’une campagne de recrutement, afin de passer rapidement d’une vingtaine à une quarantaine de salariés.



