Va-t-on faire décoller de Suède les premières fusées tirées depuis l’Europe continentale ? C’est l’ambition affichée par le pays. Son atout : la base spatiale d’Esrange (pour European space research range), située au-dessus du cercle polaire arctique, à une quarantaine de kilomètres de la ville de Kiruna. Un emplacement idéal pour permettre aux fusées de mettre les satellites en orbite polaire ou héliosynchrone. Perdue dans une forêt de sapins couverts de neige en hiver, la base couvre plus de 5000 km2 (soit 24 fois la superficie de Stockholm, la capitale), quasiment inhabités, pour réaliser ses tirs en toute sécurité. Difficile de croiser âme qui vive dans cette région, à l’exception des Samis, peuple autochtone qui vit depuis toujours de l’élevage des rennes et pour lesquels des abris ont été construits en cas de chute de débris d’un lanceur.
La nouvelle zone de lancement de la base d’Esrange a été inaugurée mi-janvier avec un parterre d’invités à la hauteur des ambitions suédoises : le roi Carl XVI Gustaf, le Premier ministre Ulf Kristersson et Christer Fuglesang, premier astronaute du pays à s’être rendu dans la Station spatiale internationale. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA) Josef Aschbacher, qui avaient fait le déplacement, ont rappelé l’importance d’un tel projet alors que les satellites se montrent de plus en plus indispensables à la société (suivi climatique, prévisions météo, communications, défense…). Les deux institutions soutiennent la campagne d’essais d’un premier démonstrateur de fusée réutilisable européenne développé par ArianeGroup, qui aura lieu à Esrange.
Première base spatiale en Europe continentale
«Cette inauguration de la première base spatiale située en Europe continentale peut sembler un petit pas aujourd’hui, mais elle permettra à l’Europe de faire un bond de géant», s’est enthousiasmée Anna Kinberg Batra, la présidente de la Swedish Space Corporation, chargée d’opérer la base, s’inspirant des propos historiques de Neil Armstrong. Outre sa situation géographique exceptionnelle, le centre spatial d’Esrange dispose de solides atouts. Il est opérationnel… depuis 1966 !
Le site abrite une importante activité de lancement de fusées-sondes, qui permettent aux scientifiques de mener des expérimentations en microgravité et dans le domaine de la recherche atmosphérique. En cinquante ans, plus de 700 tirs de ce type de fusées ont été réalisés. Par ailleurs, la base est équipée de l’un des parcs d’antennes émettrices et réceptrices les plus importants au niveau mondial. De quoi échanger des données quotidiennement avec 150 satellites opérant à différentes orbites.
Les Suédois ont investi plusieurs dizaines de millions d’euros pour l’adapter aux activités des mini-lanceurs, avec l’installation d’un hall d’assemblage pour le lanceur, des salles blanches pour accueillir les satellites et une zone d’entrepôt des carburants. La base a déjà séduit plusieurs clients d’importance. Parmi eux, Isar Aerospace et Rocket Factory Augsburg (RFA), deux des projets les plus avancés en Europe et développés en Allemagne. Isar Aerospace y a conçu un banc d’essai et teste son moteur entièrement conçu en interne. La société prévoit également d’y tester ses technologies liées à la réutilisabilité. Autre client majeur, ArianeGroup prévoir de faire voler son démonstrateur de fusée réutilisable Themis. «Les essais démarreront en début d’année prochaine», a précisé le patron de l’ESA.
Une dizaine de projets similaires en Europe
Toutefois, la concurrence sera rude pour Esrange. En Europe continentale, on dénombre une dizaine de projets de bases spatiales en Europe continentale, portés par plusieurs pays : l’Écosse dans les îles Shetland, le Portugal dans l’archipel des Açores, l’Espagne dans les îles Canaries et en Andalousie, mais aussi le Royaume-Uni, l’Islande, la Norvège… «Ces projets sont à des stades d’avancement très différents. Certains ne sont même pas financés, voire carrément à l’arrêt. Esrange fait partie des plus évolués, relativise Maxime Puteaux, expert des lanceurs au cabinet de conseil Euroconsult. Le rival le plus sérieux est incontestablement le voisin norvégien, avec une base spatiale située à Andøya et bénéficiant du même atout géographique qu’Esrange.»
D’ailleurs Isar Aerospace, client d’Esrange pour ses tests moteurs, a décidé de réaliser son premier tir cette année depuis la base norvégienne. La bataille en Europe continentale pour attirer les mini-lanceurs ne fait que démarrer.Va-t-on faire décoller de Suède les premières fusées tirées depuis l’Europe continentale ? C’est l’ambition affichée par le pays. Son atout : la base spatiale d’Esrange (pour European space research range), située au-dessus du cercle polaire arctique, à une quarantaine de kilomètres de la ville de Kiruna. Un emplacement idéal pour permettre aux fusées de mettre les satellites en orbite polaire ou héliosynchrone.
Perdue dans une forêt de sapins couverts de neige en hiver, la base couvre plus de 5000 km2 (soit 24 fois la superficie de Stockholm, la capitale), quasiment inhabités, pour réaliser ses tirs en toute sécurité. Difficile de croiser âme qui vive dans cette région, à l’exception des Samis, peuple autochtone qui vit depuis toujours de l’élevage des rennes et pour lesquels des abris ont été construits en cas de chute de débris d’un lanceur.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3718 - Mai 2023



