Pourquoi le mini-lanceur allemand d’Isar Aerospace fait tourner la tête aux investisseurs

La jeune start-up allemande qui fabrique le mini-lanceur Spectrum, Isar Aerospace, vient de lever 155 millions d’euros. Son modèle industriel fortement internalisé, sa capacité à produire vite et à bas coût, et ses tirs prévus depuis Kourou (Guyane) comme depuis la base spatiale d'Andøya (Norvège), lui assurent une grande réactivité et une compétitivité redoutable.

Réservé aux abonnés
Pour optimiser ses lancements, Isar Aerospace pourra tirer aussi de Kourou en Guyane pour profiter de la proximité de l'équateur, que de la base d'Andøya pôur profiter de la proximité du cercle polaire arctique.
Pour optimiser ses lancements, Isar Aerospace pourra aussi bien tirer de Kourou, pour profiter de la proximité de l'équateur, que de la base d'Andøya en Norvège, pour sa proximité avec le cercle polaire arctique.

La fusée d’Isar Aerospace a décollé… auprès des investisseurs. La société, qui fabrique les mini-lanceurs Spectrum, a annoncé le 28 mars avoir procédé à une levée de fonds record de 155 millions d’euros. Il s'agit de la plus importante opération de ce type dans le secteur spatial en 2023, loin devant celles réalisées par The Exploration Company (40 millions) pour développer des navettes spatiales habitées ou par la start-up Exotrail (54 millions), qui fabrique des moteurs de satellites. Cela porte à 310 millions d’euros l’argent levé par la société, basée au sud de Munich (Allemagne), depuis sa fondation en 2018.

Un carnet de commandes étoffé

«Cette levée de fonds exceptionnelle témoigne de la confiance des investisseurs dans l’état d’avancement de notre projet sur tous les domaines. Que ce soit en termes de technologies, de capacités industrielles, d’infrastructures de lancement ou de carnet de commandes », explique à l’Usine Nouvelle David Kownator, directeur financier de la start-up. Lancée par des étudiants de l'université technique de Munich, celle-ci compte aujourd'hui 330 collaborateurs.

Grâce à son lanceur Spectrum, capable de mettre sur orbite basse une charge d’une tonne à raison de 10 000 dollars le kilo, Isar Aerospace ambitionne de démocratiser l’accès à l’espace. De quoi séduire un client institutionnel, avec un contrat pour deux lancements pour le compte de l’agence spatiale européenne, mais 90% de ses clients feraient partie du privé. Parmi eux : le grand groupe Airbus Defence and Space, la start-up française Exotrail ou encore la société américaine de lancement SpaceFlight. Son carnet de commandes lui assure ainsi déjà des lancements jusqu’en 2030. 

Impression 3D et fibre de carbone

Isar Aerospace doit affronter la concurrence d’autres projets comme Rocket Factory Augsburg (Allemagne), PLD Space (Espagne) mais également Latitude, HyprSpace, Sirius (France) ou encore Maïa Space, piloté par ArianeGroup. La start-up pourrait cependant parvenir à se distinguer grâce à son avance : elle réalise actuellement les derniers tests de son moteur dans la base spatiale d’Esrange, au nord de la Suède. Elle espère ainsi effectuer un premier tir d’ici la fin de l’année 2023, à partir de la base spatiale d'Andøya (Norvège), puis vise une cadence de 40 lancements chaque année. Un rythme qui lui permettrait de générer un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 400 millions d’euros.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

La société a déployé un modèle industriel comparable à celui de SpaceX, en privilégiant le fait-maison plutôt que de s’appuyer sur des fournisseurs spécialisés. « Je pense qu'Isar Aerospace est la seule société de lancement en Europe à avoir un modèle industriel aussi intégré verticalement. Nous fabriquons notre électronique, nous développons nos propres logiciels, nous lançons. A peu près 90% des composants de la fusée sont fabriqués en interne. C’est stratégique, cela nous permet de gagner en fiabilité, en coût, et d’aller plus vite», justifie David Kownator.

Basée dans les environs de Munich, l'usine de l'entreprise fait appel aux derniers procédés de fabrication pour produire rapidement et moins cher : impression 3D, tissage à partir de fibres de carbone… La start-up se targue ainsi de pouvoir réaliser une chambre de combustion de fusée en deux jours et demi contre plusieurs mois dans l’industrie traditionnelle ! L’impression 3D permet de réaliser des pièces complexes d’un seul tenant plutôt que d’avoir à assembler plusieurs centaines d'éléments. Grâce à ce procédé, la société estime diviser le coût de production de certaines pièces par dix.

Des investissements à Kourou

Pour optimiser ses lancements, Isar Aerospace diversifie également ses pas de tirs. Elle tirera depuis sur la base spatiale d'Andøya pour les satellites à positionner en orbite héliosynchrone et depuis la base de Kourou (Guyane) pour les satellites en orbite équatoriale. La pépite a même été sélectionnée par le CNES pour être la première société de lancement privée à pouvoir déployer des satellites depuis le Centre Spatial Guyanais. «Il faudra adapter le pas de tir Diamant à nos spécifications», précise le directeur financier de la start-up. Une modification qui pourrait représenter un investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros. 

Grâce à l’argent levé, Isar Aerospace compte également faire évoluer son lanceur. La société va développer une version réutilisable de Spectrum ainsi qu’une version compatible avec des véhicules de transfert orbital de satellites, qui accroîtront sa portée au-delà de l’orbite basse.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs