Après le douloureux chantier d'Hinkley Point C, EDF est officiellement lancé dans un second projet nucléaire d'ampleur au Royaume-Uni. Mardi 22 juillet, le gouvernement britannique a validé sa décision finale d'investissement pour la construction de la centrale de Sizewell C pour un coût total de 38 milliards de livres, soit 45 milliards d'euros.
Qu’est ce que Sizewell C ?
Il s’agit de deux réacteurs EPR d’une puissance totale de 3,2 GW similaire à celui presque en service à la centrale de Flamanville (Manche). Ils seront construits sur le site de la centrale nucléaire déjà existante de Sizewell dans le Suffolk, au sud-est du Royaume-Uni. Cette nouvelle tranche doit permettre au Royaume-Uni d’atteindre son objectif de produire 25% de son électricité grâce au nucléaire d’ici à 2050. À eux deux les réacteurs de Sizewell pourront fournir de l’électricité à 6 millions de foyers.
En parallèle du chantier principal, un démonstrateur industriel doit utiliser la vapeur rejetée par les réacteurs pour capturer le CO2 présent dans l’atmosphère. Porté par plusieurs partenaires dont EDF et l’université de Nottingham, il ambitionne de capturer 1,5 million de tonnes de CO2 par an grâce à un composé chimique solide qui agglomère le gaz à effet de serre pour le stocker.
Qui sont les partenaires impliqués dans le projet ?
Au lancement de Sizewell C, EDF devait supporter 80% des coûts de construction estimés à 20 milliards de livres (23 milliards d’euros actuels) le groupe chinois CGN les 20% restants. Partenaire de longue date de l’énergéticien français, ce dernier a bénéficié de transferts de technologies pour construire des réacteurs nucléaires et a réalisé les deux premiers EPR mis en service dans le monde à Taïshan (Chine). À la demande des Britanniques et sous la pression des États-Unis qui l’accuse de vols de secrets industriels, CGN s’est finalement retiré en 2022.

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Incapable d’investir seul, EDF a dû monter un nouveau tour de table dans l’urgence, en prévenant qu’il ne serait plus qu’un investisseur «très minoritaire», à hauteur de 20% au maximum. Finalement, c’est l’État britannique qui a mis la main à la poche en prenant 44,9% des parts. A ses côtés la Caisse de dépôt et placement du Québec (20%), le groupe énergétique britannique Centrica (15%), EDF dont la participation est de 12,5% et le fonds d'investissement britannique Amber Infrastructure (7,6%) sont aussi impliqués.
Est-ce un projet rentable pour EDF ?
Oui et l’énergéticien n’en démord pas. «Cela représentera plusieurs milliards de contrats pour la filière, assurait récemment un proche du dossier à L’Usine Nouvelle. Sizewell C va être cash positif dès le premier jour». Et ce malgré les réserves de la Cour des comptes qui conseillait en début d’année de ne pas approuver de décision finale d’investissement pour Sizewell C avant d’obtenir une réduction significative de l’exposition financière d’EDF dans Hinkley Point C, l’autre chantier sensible du groupe dans le pays. D’un coût initial de 20 milliards de livres, Sizewell C est maintenant estimé à 38 milliards de livres (presque 45 milliards d'euros). S’il ne dérape pas davantage, le chantier doit représenter un investissement «maximal» de 1,1 milliard de livres sterling (soit environ 1,27 milliard d’euros) pour le groupe français. Mais c’est en France qu’il compte faire coup double avec des retombées directes pour ses deux filiales, Framatome et Arabelle Solutions. La première forge les viroles des huit générateurs de vapeur de Sizewell C et la seconde fournira les deux turbo-alternateurs géants qui produiront l’électricité. EDF indique qu'il fournira aussi les études d’ingénierie du circuit primaire.
Comment doit se dérouler le chantier ?
Si la décision finale d’investissement va permettre de lancer réellement le chantier, celui-ci a en réalité démarré il y a plus d’un an. Près de 2,5 milliards de livres (2,8 milliards d’euros) de contrats ont déjà été passés à 300 fournisseurs dans le pays. Comme l’indiquent les photos aériennes publiées dans la presse spécialisée, le consortium de Sizewell C indique que «le projet a fait des progrès significatifs sur son principal site de développement, y compris pour les fouilles archéologiques et les travaux de terrassement». Les travaux ont aussi commencé pour bâtir une usine à béton et une autre pour le dessalement de l’eau de mer.
Au Royaume-Uni, près de 70000 emplois doivent bénéficier des retombées du chantier et 7900 personnes travailleront sur place au plus fort des travaux. Une enveloppe de 250 millions de livres sterling (288 millions d'euros) est prévue pour construire des logements sur place et réaliser des projets de développement locaux. Si le calendrier est respecté, Sizewell C doit être opérationnel dès 2033.



