L’occasion serait parfaite. Pour sceller un rapprochement inédit depuis le Brexit entre Londres et Paris, Emmanuel Macron se rendra à Londres du 8 au 10 juillet à l’invitation du roi Charles III pour une visite d’État et un sommet franco-britannique avec le Premier ministre Keir Starmer. Bernard Fontana, le nouveau PDG d’EDF, pourrait être du voyage. Il pourrait y annoncer, dans la foulée de celle du gouvernement britannique, la décision finale d’investissement d'EDF pour la construction de deux réacteurs nucléaires EPR sur la centrale de Sizewell, dans le Suffolk, à l’ouest du pays. EDF ne confirme pas.
Ce projet, identique à celui d’Hinkley Point C (HPC) signé en 2015, est évalué à 40 milliards de livres sterling par la presse britannique... soit le double du devis annoncé initialement par EDF. Mais contrairement à HPC et à ce qui était prévu au départ, EDF va devoir faire cette fois-ci sans son partenaire chinois CGN, qui devait supporter 20% des coûts de construction. Ce dernier a dû se retirer du projet en 2022 à la demande des Britanniques, sous la pression des États-Unis. Incapable d’investir seul, EDF a alors prévenu qu’il ne serait plus qu’un investisseur «très minoritaire», d’un maximum de 20%.
Le Royaume-Uni apporte 17 milliards d'euros
Un modèle de financement de type base d’actifs régulée, faisant entrer des investisseurs privés, a donc été décidé. Restait à les trouver. Pas si simple. Pour les rassurer, le gouvernement britannique a dû se résoudre à entrer dans la danse. Après avoir soutenu le développement du projet avec un investissement de 700 millions de livres en 2022, 1,3 milliard en janvier 2024, puis 5,5 milliards (6,53 milliards d'euros) en août 2024, le Royaume-Uni a annoncé le 10 juin un investissement total de 14,2 milliards de livres (environ 16,8 milliards d'euros) dans Sizewell C. De quoi, selon le Financial Times, décider l’énergéticien britannique Centrica (qui détient déjà 20 % des parts de la société exploitant les centrales existantes d’EDF dans le pays) d’investir dans le projet. Il pourrait prendre 15%. Le gestionnaire d’actifs canadien Brookfield Asset Management serait lui aussi prêt à investir, selon le quotidien britannique.
Côté EDF, les conditions pour investir exigées par la Cour des comptes dans son rapport de janvier 2025 sur les EPR2 ne sont néanmoins pas remplies. La juridiction préconisait de ne pas approuver de décision finale d’investissement pour Sizewell C avant d’obtenir une réduction significative de l’exposition financière d’EDF dans le chantier d’Hinkley Point C, qui accumule les retards et dont les surcoûts pèsent sur les comptes de l'énergéticien français. En raison d’un rallongement des temps de construction, passant de 78 mois prévus initialement à plus de 120 mois pour les deux EPR d’Hinkley Point C (HPC), ainsi qu’un surcoût déjà supérieur à 13 milliards de livres, EDF a dû passer une dépréciation de 9,7 milliards d'euros dans ses comptes 2023.
EDF seul à porter les surcoûts d'Hinkley Point C
EDF cherchait donc un investisseur pour remplacer CGN. Il ne l’a pas trouvé. Le 20 juin, il a annoncé un emprunt de 4,5 milliards de livres sterling au fonds Apollo pour «sécuriser une part substantielle du financement en livres sterling de ses investissements au Royaume-Uni pendant les trois années à venir, en particulier le projet Hinkley Point C», indique un communiqué d’EDF. De quoi aussi couvrir les coûts de développement de Sizewell C, dont les deux réacteurs de 1600 mégawatts (MW) doivent alimenter en électricité 6 millions de foyers britanniques. Et assurer le paiement de sa filiale Framatome, déjà fournisseur de HPC qui, au Creusot, forge déjà les huit générateurs de vapeur des deux nouveaux réacteurs britanniques de Sizewell C.



