Ce n’est encore qu’une «étape» sur un «projet», «non définitif», et sans signature prévue, indique Bercy. La présentation du mode de financement des EPR2 au conseil d’administration d’EDF le 19 juin, selon une information du journal Les Echos, marque néanmoins une étape importante dans le projet de construction de six nouveaux réacteurs nucléaires en France. La répartition des coûts entre EDF et l'État était l’un des deux principaux points de désaccord, avec le prix de vente de l’électricité nucléaire historique aux industriels, qui avait mené à l’éviction de Luc Rémont. Son successeur, Bernard Fontana, a semble-t-il trouvé un accord.
Le 18 juin, le nouveau PDG d’EDF a évoqué un «meilleur partage des risques» avec l'État, lors d’une présentation de sa feuille de route au Comité social et économique central d’EDF, a rapporté le secrétaire du CESC, Gwenaël Plagne, à la presse. Les grands principes du schéma de financement et de régulation du programme de construction de six réacteurs EPR2, examinés au dernier Conseil de politique nucléaire le 17 mars, prévoient un prêt de l’État bonifié couvrant au moins la moitié des coûts de construction et un contrat pour différence sur la production nucléaire à un prix maximal de 100 euros (de 2024) par mégawattheure, avait alors expliqué l’Élysée. Un projet d'accord est d’ailleurs déjà en cours de notification à la Commission européenne.
Un schéma encore à valider par Bruxelles
Selon Les Echos, le prêt bonifié couvrirait 55 % de l’investissement. La rentabilité du projet serait de 6 à 8%. Pour mémoire, 8% était le taux affiché pour le projet d’Hinkley Point C. Mais les retards et surcoûts successifs ont déjà fait fondre ce taux, malgré un contrat pour différence avec le gouvernement britannique très avantageux (95 livres de 2015 par mégawattheure, soit 116 euros de l’époque !). «Le nucléaire est une industrie très capitalistique. Le mode de financement est très dimensionnant», rappelle Gwenaël Plagne. Mais le taux d’emprunt, réduit par les prêts bonifiés, ne fait pas tout. La question qui fâche concerne le partage des risques en cas de dépassement des coûts et des délais, qui touche tous les projets nucléaires récents. Les détails de l’accord sur ce point ne sont pas connus.
Or l’ambition de réduire à 70 mois la durée de construction à partir du premier béton, contre plus de 100 mois pour le premier, pour réduire les coûts financiers, est toujours à l’étude chez EDF. Et le devis final ne sera pas dévoilé avant fin 2025 pour une décision finale d’investissement prévue fin 2026.
La seule chose sûre, c’est que le montant de 70 milliards d’euros évoqué régulièrement par le gouvernement sera forcément revu à la hausse. D’une part, parce qu’EDF a annoncé que les devis avaient enflé avec l’inflation, mais aussi parce que la préfabrication d’éléments entiers, pour réduire les délais de construction, coûtera plus cher. Et enfin, parce que les chiffres sont pour l’instant annoncés en euros de 2021. Dans son dernier rapport très critique sur le sujet, la Cour des comptes avait d’ailleurs déjà réévalué un devis intermédiaire non officiel d’EDF de 67,4 milliards d'euros de 2021 à 79,9 milliards d'euros de 2023 ! D’ailleurs, Luc Rémont, mais aussi le délégué général au nouveau nucléaire, Joël Barre, ont évoqué publiquement un coût de 100 milliards d’euros.



