[Vu sur le Web] Le télétravail, un privilège qu'il faudra taxer ?

C'est la très sérieuse Deutsche Bank citée par Bloomberg qui le propose. Une taxe de 5 % sur les revenus du télétravail, pour alimenter des fonds à destination des plus pauvres qui ne peuvent pas télétravailler. La raison ? En télétravaillant, les salariés feraient de substantielles économies et contribueraient à une sous-utilisation des infrastructures... Comment dit-on "politique de Gribouille" dans la langue de Goethe ?

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Télétravail
Tu télétravailles ? Tu paies.

Nos confrères de Bloomberg ont repéré une étude de la Deutsche Bank peu connue pour son goût à réaliser des canulars. Aucune chance qu'il ne s'agisse d'un poisson d'avril, puisque nous sommes en novembre.

Les auteurs de cette note considèrent en effet que le télétravail choisi est un privilège et que les revenus qui en sont issus devraient être taxés à hauteur de 5%. Ils précisent bien qu'il ne s'agit pas de l'appliquer au télétravail forcé, consécutif à une décision gouvernementale, mais bien à un télétravail volontaire, qui pourrait bien faire partie du "new normal, une fois que la pandémie sera terminée."

Solidarité

Pour justifier ce nouveau prélèvement, les économistes de la Deutsche Bank estiment qu'un télétravailleur réaliserait de nombreuses économies sur les déplacements, les repas... Ce faisant, ils financent moins qu'auparavant les infrastructures publiques, ce qui pourrait bien entretenir plus longtemps le ralentissement économique. 

A la Deutsche Bank, on sort sa calculette plus vite que son ombre et on assure qu'une telle taxation rapporterait quelques 48 milliards de dollars en année pleine aux Etats-Unis et 16 milliards d'euros en Allemagne dans les mêmes conditions (l'étude n'évoque à aucun moment le cas français). Pour faire passer la pilule, ils conseillent d'attribuer l'argent ainsi prélevé à des subventions à destination des personnes à faible revenus et des salariés modestes qui ne peuvent pas télétravailler. Cette estimation a été faite à partir d'une enquête menée auprès de 800 personnes (la rigueur allemande n'est plus ce qu'elle était), selon laquelle la moitié des personnes travaillant à distance actuellement voudrait continuer à le faire deux à trois jours par semaine une fois la pandémie terminée. 

Employeur ou employé : qui paie ?

Si l'absence de bureau est une décision de l'employeur, il devra s'acquitter de la taxe. Plusieurs entreprises américaines notamment ont indiqué depuis le printemps leur intention de supprimer leurs bureaux pour passer en "100 % remote" pour reprendre une des nombreuses expressions apparues ces derniers mois. Si le télétravail est une décision du salarié (en accord avec son employeur), ce sera à lui de payer en fonction du nombre de jours où il reste au bureau. 

L'article n'indique pas si les indépendants travaillant depuis leur domicile seront ou non soumis à ce même prélèvement. Enfin, pour les personnes télétravaillant quelques jours par semaine, qui décidera du nombre de jours effectués sur le site de l'entreprise et du nombre de jours télétravaillés ?

Une taxe gagnant-gagnant-gagnant ?

On s'amusera au passage du sérieux d'une étude qui, pour estimer les bénéfices potentiels de la mesure préconisée, s'appuie sur un sondage qui a été fait sans évoquer cette taxation. Il serait intéressant de savoir la part de salariés qui souhaiteront continuer à télétravailler quand ils en connaîtront le prix à payer d'un point de vue fiscal. 

Le télétravail apparaissant à beaucoup comme une solution gagnant-gagnant (pour l'entreprise et le salarié), l'Etat ne pouvait pas essayer lui aussi de gagner un petit 5% au passage ?

L'article (en anglais) de Bloomberg peut être lu ICI

La proposition de la Deutsche Bank - qui fait partie d'un ensemble "What we must do to rebuild" - s'intitule "A work-from-home tax", est signée de  Luke Templeman et est  consultable en ligne ICI

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