L'Usine Nouvelle - «Personne n’aime les RH», affirme le titre de votre livre, aux Éditions EMS. Que leur reproche-t-on ?
Sur les réseaux sociaux, la haine des ressources humaines est hallucinante… Il y a une mécompréhension de la fonction par les collaborateurs. Certains pensent qu’elles ne servent à rien et ne vont pas les voir lorsqu’ils ont un problème, au risque de laisser la situation empirer. D’autres en attendent une attitude maternante : "Les RH doivent s’occuper de ma carrière, me dire quelles formations je dois suivre." Les gens demandent aux RH d’être les garants du bien-être en entreprise, mais ne savent pas quand discuter avec elles. «Comment savoir si l’on peut parler de ce qui ne va pas, sans que ce soit retenu contre nous ?», s’interrogent-ils. Un RH doit garantir la confidentialité des échanges. Sans ce cadre de sécurité psychologique, les collaborateurs ne viendront pas se confier et il ne pourra pas piloter correctement.
N’y a-t-il pas aussi une responsabilité des managers ?

Souvent qualifié de premier niveau des RH, le manager doit avoir le courage de ne pas se cacher derrière les décisions du service, par exemple pour justifier les refus d’augmentation. Il doit prendre ses responsabilités. Il faut du courage à tous les niveaux. Le directeur général doit avoir celui d’accorder à la direction RH la latitude dont elle a besoin, et son responsable celui de poser des limites à la direction générale.
Les relations avec les représentants du personnel sont souvent moins tendues qu’on ne le croit. Pourquoi ?
Une proximité humaine se crée entre négociateurs et fait parfois naître de la confiance, de la transparence et de la bienveillance. Ce lien devrait aussi pouvoir se créer avec les collaborateurs.
Votre livre témoigne de pratiques peu respectueuses, voire brutales. Si les DRH ne sont pas aimés, c’est un peu de leur faute ?
Les DRH ont souvent opté pour cette fonction pour de mauvaises raisons. Parce que c’était la «suite logique» de leur parcours, qu’ils ont été pris en école de commerce… C’est une mécompréhension totale de ce qu’est le métier. Ils disent l’avoir choisi «parce qu’ils aiment l’humain». Mais ils vont devoir dire non, prendre des décisions difficiles, vivre des situations conflictuelles. Pour y parvenir, un RH doit apprendre à mieux se connaître, à gérer ses émotions, en s’appuyant sur un coach, un psy, des pairs… Ce métier est fondé sur la relation à l’autre, et la psychologie n’est pas au programme de la majorité des formations. Largement consacrées aux aspects administratifs et juridiques, elles abordent peu l’humain.
Quelle est donc la bonne motivation pour être DRH ?
Vouloir faire avancer les choses, que chaque personne ait sa place, soit épanouie en entreprise, vouloir l’accompagner dans son chemin de vie professionnel.
Comment vont les DRH ?
Ils sont fatigués émotionnellement. Beaucoup se battent pour que leur métier soit reconnu à sa juste valeur et sont très contrariés par la minorité qui ne fait pas les choses correctement.
Comment peuvent-ils être plus aimés ?
Doit-on aimer son RH ? Tout le monde n’est pas d’accord sur la réponse à cette question !

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3743 - Juin 2025



