A l’image du lancement par LVMH de son premier plan d’actionnariat salarié destiné à 70% de ses employés dans le monde il y a quelques mois, 2024 a été une année fructueuse dans ce domaine pour les grandes entreprises françaises. Jusqu’ici, le secteur du luxe privilégiait plutôt le versement de primes d’intéressement et de participation. Selon le bilan de la Fédération française de l’actionnariat salarié (FAS) que L’Usine Nouvelle dévoile en exclusivité, les salariés détenaient en moyenne 4% des grandes entreprises du CAC 40 fin 2024, plans de rémunération long terme des managers de haut niveau compris, en très légère hausse par rapport aux 3,9% du bilan précédent.
Avec 21,60% de son capital aux mains de ses salariés, Bouygues est en tête du classement devant la Société Générale (11,5%) et Vinci (10,9%), selon le comptage de la FAS. D’autres industriels comme Saint Gobain (près de 9%), Veolia (8,9%), TotalEnergies (7,7%) ou encore Safran et Renault (avec un peu moins de 6% chacun) sont au-dessus de la moyenne. Avec moins de 2% de leur capital détenu par des actionnaires salariés, Dassault Systèmes, Pernod Ricard, Hermès, LVMH et ArcelorMittal sont, eux, plus à la traîne. La progression est un peu plus marquée dans les entreprises du SBF 120 hors CAC 40 avec 2% du capital détenu, contre 1,8% il y a un an. «On pourrait faire mieux et plus vite, mais dépasser cette barre symbolique des 4% dans le CAC 40 est une bonne nouvelle», apprécie Olivier Paon, le président de la FAS.
De bons taux de souscription en France
D'autres indicateurs témoignent du dynamisme des opérations d’actionnariat salarié, dans l'étude complémentaire réalisée par la FAS auprès d’une soixantaine d’entreprises cotées et non cotées, grandes pour la plupart. En France, le taux de souscription des salariés se stabilise à un niveau élevé de 53% des salariés éligibles participant, en moyenne, à l'opération, contre 54% en 2024. Celui-ci atteint 22% à l’international, contre 32% en 2024.
Le gestionnaire d’actifs Amundi, qui revendique la gestion de 65% des encours d’actionnariat salarié en 2024, évoque de son côté des niveaux de participation des salariés aux opérations de souscription d'actions «jamais vus depuis la mise en place de [son] observatoire» en 2013, avec un taux de souscription record de 55% en France en 2024. Le montant total souscrit atteint également un pic de 3,9 milliards d'euros en 35 opérations.

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Une dynamique des opérations indéniable
«La régularité des opérations est le facteur le plus important» pour expliquer le développement de l'actionnariat salarié, souligne Olivier Paon. Vient ensuite le versement de l’intéressement et de la participation dans les plans. A l’inverse, les changements induits par des rachats d’entreprises ou des cessions de filiales représentent la raison principale d’un recul. L’apport personnel moyen dans les opérations d’actionnariat salarié s’élève à 2400 euros environ, en retrait par rapport à l’an passé où il avait atteint 3100 euros, mais à un niveau très proche d’il y a deux ans. En outre, près de 60% des entreprises affichent désormais un objectif de développement de l’actionnariat salarié, contre 40% l’an passé. Les entreprises proposant un site dédié à cette pratique est aussi en hausse.
Selon un premier comptage du cabinet spécialisé dans l’actionnariat salarié Eres, au moins 38 opérations proposées à l’ensemble des salariés (au moins en France) ont été menées par les entreprises du SBF 120 en 2024, un nombre pour le moment inférieur à celui des deux dernières années mais toujours supérieur à la moyenne de long terme observée depuis 2014. Des chiffres qui doivent être remis à jour le 3 juillet par le cabinet. Cette dynamique de l’actionnariat salarié devrait en outre se poursuivre. Dans le baromètre de la FAS, 71% des entreprises répondantes disent avoir lancé ou vouloir lancer une opération d’actionnariat salarié en 2025, quand moins de 60% l’affirmaient dans le précédent baromètre.
Une démocratisation à la peine
Pourtant, tout n’est pas rose pour l’actionnariat salarié en France. Repris par l’ancien ministre de l’Economie Bruno Le Maire en son temps, l’objectif de 10% du capital détenu par les salariés, que la FAS espère à l’horizon 2030, semble pour le moment inatteignable. En outre, le nombre de salariés actionnaires sur le nombre total de salariés ne progresse pas. En 2024, plus d’un tiers des salariés du SBF 120 sont actionnaires de leur entreprise en moyenne, selon Eres, mais cette proportion a plutôt tendance à baissersur les dix dernières années.
Dans son recensement annuel de l’actionnariat salarié dans les pays européens publié en avril à partir des données de plus de 3000 entreprises, dont près de 400 françaises, la Fédération européenne de l’actionnariat salarié souligne que les salariés actionnaires de leur entreprises est passé de plus de 24% en Europe en 2006 à 19% environ l’an passé. Avec31% de salariés actionnaires parmi leurs effectifs, les grandes entreprises françaises sont les numéro 1 dans ce domaine en Europe. Mais cette proportion s’élevait à 41% en 2010. «Si le taux de démocratisation avait pu être maintenu, les grandes entreprises françaises devraient compter 3,7 millions d’actionnaires salariés au lieu des 2,8 millions recensés», précise l’étude.
Cela s’explique par la croissance de l’emploi dans ces entreprises, qui a eu lieu principalement à l’étranger. Or l’extension des plans d’actionnariat salariés est freinée à l’international, en raison des réglementations sociales et fiscales qui relèvent de chaque Etat. «Nos systèmes d’incitation à l’actionnariat salarié gardent des fonctionnements nationaux, or la réalité économique a beaucoup changé. Il y a une perte d’efficacité de la législation», regrette Marc Mathieu, le secrétaire générale de la Fédération européenne de l’actionnariat salarié, auprès de L’Usine Nouvelle. A cause de ces difficultés notamment, près de la moitié des entreprises ont déployé leur dernière offre d’actionnariat salarié sur dix pays ou moins, selon la FAS.



