S'appuyant sur une enquête auprès de 12 000 salariés, le Boston Consulting Group (BCG) a exposé d'intéressants développements sur le lien existant entre le télétravail et la productivité, qui sont souvent caricaturés. Pour les tenants du télétravail, il n'y aurait aucun problème, le salarié délivré du temps passé dans les transports et des irritants de la vie de bureau aurait une productivité inchangée. De l'autre, les opposants ne voient dans le télétravail qu'une version détériorée du travail, insistant sur la dimension collective du travail. Et si les deux avaient raison ?
Travail en équipe difficile
Ce que montre l'étude du BCG c'est d'abord que la productivité individuelle a plutôt bien résisté à l'épisode de confinement. 71 % des salariés interrogés sont dans cette situation. Toutefois, la moitié des salariés estime qu'ils ont perdu en efficacité sur les tâches collectives. C'est dire que le télétravail ne semble pas trop poser de problèmes pour les activités accomplies par le salarié seul. Les difficultés arrivent dès qu'il s'agit de coordonner à distance le travail. Cela est loin d'être négligeable quand les groupes projets se multiplient dans les entreprises et cela rappelle que les premières tâches à avoir été confiées à des télétravailleurs ont souvent été des tâches ultra-répétitives, qui demandaient peu d'initiatives à celui qui les accomplissait le plus souvent seul.
On pourra être optimiste et relever d'abord que par soustraction, la moitié des salariés estiment que les activités collectives n'ont pas perdu en productivité, quand elles sont effectuées à distance. Ce n'est déjà pas si mal quand on se souvient des réticences forcenées de maints managers français avant le mois de décembre 2019, quand ils entendaient le mot télétravail.
Du bricolage à l'organisation
C'est aussi, faisons une hypothèse, la preuve que la différence de perception et de résultat dépend largement des modes organisationnels des entreprises. Le travail en équipe ne perd pas en productivité là où il a été pensé. On ne le répétera jamais assez, télétravailler ce n'est pas travailler depuis chez soi du jour au lendemain. Le télétravail comme tous les modes d'organisation de l'activité laborieuse doit être pensé, structuré. Il requiert les bons outils, un partage de l'information...
L'étude du BCG fait apparaître (au moins) un autre résultat intéressant. Il existe quatre facteurs qui chacun double le pourcentage de salariés estimant que le télétravail n'a pas nui à la productivité au travail en équipe. Il s'agit de la capacité à maintenir le lien social, de la santé physique, mentale et de la qualité des outils dont disposent les salariés.
Vinciane Beauchêne, associée au bureau parisien du BCG, a observé de près ce qui s'est passé durant le premier confinement. Les entreprises ont bricolé (et ce n'est pas péjoratif, il fallait réagir dans l'urgence face à une situation inédite et peu anticipée) en proposant des numéros d'appels avec des psychologues, en incitant à organiser des apéros ou des cafés virtuels, ou en donnant des cours de sport ou de cuisine virtuels. C'est nécessaire mais pas suffisant pour l'experte. Pour elle, à terme, les RH devront trouver des réponses à deux questions : quelle est la quantité de travail optimale pour augmenter le bien être des salariés et la productivité globale de l'entreprise ? Un savant réglage devra être trouvé. Ensuite, il faudra travailler sur la façon d'adapter le modèle organisationnel de l'entreprise.
La fin d'un mythe ?
Les débats sur le télétravail et la productivité n'en sont qu'à leurs débuts. C'est aussi une bonne nouvelle. Pour apprécier l'effet de l'un sur l'autre, il faut aussi accepter de prendre du temps. La pandémie et le confinement vont peut-être faire voler en éclats cette fausse idée que certains marchands du numérique ont espéré imposer : on ne pilote pas en temps réel les êtres humains.



