Une récente livraison du bulletin de la Banque de France est consacrée à ce qu'elle appelle la macroénomie du télétravail. Soit l'étude au niveau de l'économie française d'un éventuel effet du télétravail. Un des intérêts de ce travail de synthèse est qu'il ne se limite pas à la sempiternelle question toujours irrésolue de l'impact sur la productivité.
Hausse des loyers
On est à la Banque de France et la grande partie de ce travail se concentre sur les effets sur les entreprises via les dépenses en immobilier.
Parmi les enseignements de ce travail, on découvre que les loyers payés par l'entreprise médiane représentaient en 2001 6,6 % de la valeur ajoutée payée contre 8,3% en 2017. Soit une hausse de presque deux points. Et il s'agit d'une moyenne nationale. Dans certaines régions, on peut imaginer que la hausse est bien plus forte. Favoriser le télétravail pourrait donc réduire les sommes dépensées pour payer les loyers. Ou le capital immobilisé pour les entreprises qui sont propriétaires "de leurs murs".
Les auteurs de la note citent aussi une étude qui mesure le prix que les futurs salariés sont prêts à payer pour pouvoir télétravailler. Au moment de l'embauche, ils accepteraient une rémunération inférieure de 8% en échange de la possibilité de pouvoir exercer leur métier depuis leur domicile, ce qu'on peut estimer être le prix qu'ils donnent à la possibilité de ne plus devoir passer plusieurs dizaines de minutes par jour enfermés dans des transports en commun ou individuels. Encore une source d'économies autrement plus importantes que la chasse au stylo à billes au moment de la rentrée des classes. Même le plus "chapardeur des salariés" n'a jamais rapporté 8 % de son salaire en fournitures au moment de la rentrée des classes.
Une entrave à la croissance
Mais une des leçons les plus inattendues de cette note réside dans le fait que le poids des dépenses d'immobilier est tel qu'il pourrait limiter la croissance des entreprises. Tout chef d'entreprise est un jour où l'autre confronté à ce dilemme : croître et agrandir ses locaux ou déménager ou bien garder ses locaux et limiter sa production. La graphique reproduit ci dessous est éloquent : il montre que plus une entreprise grandit, moins le nombre de m2 par salarié est grand. La croissance de l'activité c'est se serrer davantage dans les bureaux.
Banque de France "Enfin, dans tous les cas, l’immobilier constitue un obstacle majeur à la croissance des entreprises. L’immobilier devient une charge de plus en plus importante pour les entreprises à mesure qu’elles vieillissent et, en conséquence, une limite potentielle à l’augmentation de leurs effectifs [...] Alghion et al. montrent que les entreprises françaises sont plus petites que les entreprises américaines de même ancienneté, ce qui semble indiquer qu’elles sont freinées dans leur dynamique de croissance, même si d’autres facteurs que l’immobilier entrent sans doute également en ligne de compte", écrivent Antonin Bergeaud et Simon Ray, les auteurs de cette note.
On savait que la croissance des entreprises était bridée par l'existence de seuils sociaux et des obligations qu'ils impliquent, c'est du moins ce que répètent nombreux représentants patronaux. On découvre via cette note que l'immobilier est aussi un frein à la croissance Le développement du travail à distance va-t-il booster la croissance de manière inattendue ? Ce serait une bonne surprise de ce qu'on appelait avant (il y a trois mois) le monde d'après...



