Retraites, nucléaire, santé, plan de relance... Les dossiers chauds du prochain Premier ministre Jean Castex

[ACTUALISÉ] Dans la foulée de l’interview donnée par le Président de la République Emmanuel Macron à la presse régionale vendredi 3 juillet, Edouard Philippe a posé sa démission et celle de son gouvernement. Jean Castex a été nommé nouveau Premier ministre le jour même. Il hérite de nombreux dossiers chauds économiques et industriels. L’Usine Nouvelle fait le point.

Réservé aux abonnés
Jean Castex AFP PAS REUTILISER
L'ex "Monsieur déconfinement" Jean Castex est le nouveau Premier ministre depuis le 3 juillet.

Le grand plan de relance économique

En raison de la crise du Covid-19, le pacte productif 2025 n’a encore jamais été présenté, alors qu’il était très attendu par les industriels. Il sera probablement inclus au sein du grand plan de relance que devrait présenter le gouvernement en septembre, pour aider l’économie française à se relever après la déflagration provoquée par le confinement.

A l’occasion du salon Global Industrie Connect, les représentants de la Direction générale des entreprises (DGE), de l’Alliance industrie du futur (AIF), de France Industrie et de Bpifrance ont évoqué leurs pistes de reprise. La secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher a annoncé que l’Etat allait engager "une large consultation dans les prochaines semaines" pour dessiner un plan de relance industrielle. Elle a rappelé qu’il devrait "soutenir l’investissement et l’innovation en s’appuyant sur la transition numérique" et "faire de la décarbonation une réalité et un avantage compétitif".

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

La réforme des retraites 

Dès cet été, le nouveau Premier ministre devra se pencher sur la refonte du système des retraites. Pendant la crise du Covid-19, l’exécutif avait mis en pause ce chantier ultra-sensible. Mais pour le président de la République, pas question d’abandonner la réforme qui a déjà été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale (grâce à l’article 49.3). “Je suis ouvert à ce qu’elle soit transformée”, a tout de même indiqué Emmanuel Macron dans un entretien avec la presse régionale le 3 juillet. Les discussions avec les partenaires sociaux dans le cadre de la conférence de financement devraient donc reprendre pendant l’été. Avant d’être adopté, le texte devra être débattu au Sénat. Des interrogations pèsent sur le calendrier : pendant l’automne, les parlementaires sont monopolisés par les débats budgétaires.

Trois dossiers chauds dans l’énergie

1 - La fermeture de la centrale électrique à charbon de Cordemais

Emmanuel Macron a confirmé en novembre 2018 que les quatre centrales à charbon (Le Havre, Cordemais, Saint-Avold et Gardanne, soit cinq unités de 600 MW chacune) seront fermées d’ici à 2022. Sauf que la promesse ne pourra pas être tenue. A cause du retard de la mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche), repoussée à 2023 au mieux, et avec une mise en service de la centrale combinée-gaz de Landivisiau (Finistère) par Total toujours incertaine, même si les travaux sont bien avancés, la centrale charbon EDF de Cordemais (Loire-Atlantique) va devoir rester en activité au-delà de 2022, jusqu’en 2024, pour garantir la sécurité d’approvisionnement de la Bretagne.

2 - La construction de six nouveaux EPR

Le Premier ministre devrait voir arriver sur son bureau mi-2021 le dossier d’EDF argumentant la nécessité et la faisabilité de la construction de six nouveaux EPR en France. Il aura aussi une étude de RTE sur la possibilité d’une option 100% renouvelable. Emmanuel Macron, relayé par ses ministres de l’Environnement, a prévenu qu’il ne prendrait pas position avant les élections de 2022. Mais les pressions resteront fortes. La filière revendique plus de 220 000 emplois et a désespérément besoin de contrats nationaux pour se développer à l’international.

3 - La réglementation environnement 2020

Déjà repoussée à début 2021, la réglementation environnement 2020 (RE2020) définit les règles écologiques de construction du bâtiment neuf et est l’objet de forts enjeux industriels et d’une bataille rangées entre électriciens et gaziers. Elle succédera à la RT2012 (réglementation thermique 2012), plutôt favorable au gaz. La RE2020 pose aussi des questions d’équilibre entre matériaux et énergie, passif et actif, pour ses bâtiments basse consommation. Ce dossier technique, pourrait devenir politique.

D'autres réformes à suivre dans l'économie

Assurance-chômage

Pour l’instant, les nouvelles règles de l’assurance chômage sont seulement reportées. Au lieu d’entrer en vigueur le 1er avril, le durcissement des indemnisations doit s’appliquer le 1er septembre. Mais plusieurs syndicats ont demandé l’annulation pure et simple de la réforme alors que 500 000 emplois ont été supprimés au premier trimestre 2020. En juin, le gouvernement avait annoncé des discussions sur ce sujet avec les partenaires sociaux pour aboutir à des décisions pendant l’été.

Plan pour l’emploi des jeunes

Un plan pour l’emploi des jeunes doit être présenté par l’exécutif dans la première moitié de juillet. La ministre du Travail recevra les partenaires sociaux durant la semaine du 6 juillet pour en discuter des détails avec eux, mais le contenu de ce plan sera révélé par Emmanuel Macron, qui en fait un de ses trois gros chantiers à venir. L’impact de la crise sur l’emploi en général s’annonce massif, et terrible pour les 700 000 à 900 000 jeunes qui entreront sur le marché de l’emploi à l’automne. Dans son interview à la presse régionale, le 3 juillet, Emmanuel Macron confirme qu’"il y aura des incitations financière à l’embauche et un ensemble de mesures pour ne laisser aucun jeune sans solution". Le gouvernement doit arbitrer entre un nouvel allégement des cotisations sociales et une prime, lors de l’embauche d’un jeune. Restent à définir les bornes d’âge et de salaire, le niveau de cotisation ou de prime, la taille des entreprises bénéficiaires, la durée de l’application de la mesure, en tenant compte du coût de ces mesures pour les finances publiques. D’autres mesures devraient être prises pour venir en aide aux jeunes, avec un élargissement de la garantie jeunes, des subventions à certains dispositifs destinés aux jeunes des quartiers prioritaires de la ville, un soutien aux étudiants qui prolongeraient leurs études… Tout doit être bouclé pour le troisième projet de loi de finances rectificative, dont l’examen a été interrompu vendredi 3 juillet en raison du remaniement.

Préserver la dynamique de la formation et de l’apprentissage

En 2019, les entrées en formation atteignaient un nombre record. Début juin, pour ne pas casser la dynamique, le gouvernement a annoncé des mesures choc pour encourager l’apprentissage. Même stratégie pour la formation professionnelle : en avril, l’État a promis de prendre en charge les frais pédagogiques des formations suivies par les salariés en activité partielle. Le Premier ministre devra surveiller la progression de ces mesures pour stimuler l’emploi.

Santé au travail

Relancer l’activité économique tout en prévenant une deuxième vague de contamination… L’exécutif va devoir cheminer sur une ligne de crête. Après la présentation du plan de déconfinement, les syndicats sont restés sceptiques sur plusieurs points : distribution des masques, prise en compte de la pénibilité, prévention des risques… En parallèle, le patronat s’inquiète du poids des règles sanitaires. La pandémie remet tout de même sur la table l’idée d’une grande réforme sur la santé au travail. Plusieurs députés de la majorité LREM planchent sur une proposition de loi qui pourrait arriver au Parlement fin 2020 ou début 2021.

De multiples sujets industriels à régler

Les plans de relance sectoriels

Le gouvernement d'Edouard Philippe avait annoncé plusieurs plans pour soutenir les secteurs industriels français, fortement touchés par la crise sanitaire. 15 milliards d'euros doivent être alloués à l'aéronautique. L'automobile recevra plus de 8 milliards. La French tech doit également obtenir 1,2 milliard d'euros, et la R&D 550 millions. Le nouveau gouvernement devra se charger de leur suivi, tout en rassurant les secteurs du ferroviaire et de la logistique, qui appellent également à l'aide. En septembre 2019, Edouard Philippe avait annoncé vouloir mettre en place "une politique industrielle" pour la logistique dont dépend l’attractivité de la France dans la mondialisation.

Transport et environnement

Comment tenir les objectifs de l'accord de Paris à un an de la COP26? Et répondre aux attentes de la Convention citoyenne sur le climat ? Le Premier ministre devra répondre aux forts enjeux et attentes concernant l'environnement. Mais il devra en parallèle gérer de gros sujets liés aux transports: la relance du fret ferroviaire, sauver la SNCF et les transports publics, et développer les transports du quotidien avec la loi LOM.

Le dossier 5G

À la demande du gouvernement démissionnaire, les enchères pour l'attribution des fréquences de la 5G auront lieu entre le 20 et le 30 septembre 2020, sous la direction de l'Arcep. Le nouveau gouvernement devra décider s'il maintient ces dates, ou les reporte, comme le souhaite par exemple Bouygues Telecom, alors que les sujets de l'impact sur l'environnement et la santé de la 5G s'invitent dans le débat.

L'alliance avec l'Allemagne dans l'hydrogène

Le 30 juin, le ministère de l'Économie Bruno Le Maire avait annoncé un partenariat futur avec l'Allemagne pour le développement de la filière hydrogène. Alors qu'outre-Rhin, 9 milliards d'euros d'investissements dans cette molécule ont été annoncés, dans l'Hexagone, on annonce pour l'instant un financement annuel de 100 millions d'euros. La production de cet hydrogène pourrait également passer par l'électricité nucléaire. Le nouveau gouvernement devra se charger de la bonne mise en place du partenariat.

L'union d'Ascoval et de Hayange

Pour éviter leur fermeture, l'État a annoncé fin juin sa volonté de fusionner l'aciérie d'Ascoval à Saint-Saulve (Nord) et le laminoir d'Hayange (Moselle). L'idée est d'en faire un groupe unique de producteur de rails, pour ensuite lui trouver un repreneur. Le regroupement et la reprise doivent, en théorie, être validés avant la fin de l'été. Le nouveau gouvernement sera donc chargé de mener à bien le projet.

Par Gaëlle Fleitour, Aurélie Barbaux, Cécile Maillard, Simon Chodorge, Rémi Amalvy et Olivier Cognasse

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.