L’interview d’Emmanuel Macron publiée dans la presse régionale vendredi 3 juillet a-t-elle précipité la démission d’Edouard Philippe et de son gouvernement ? Non seulement le Président de la République ne s’y prononce pas sur l’avenir de son Premier ministre, mais il laisse entendre, entre les lignes, qu’il renonce à une mesure très défendue par Edouard Philippe : l’instauration d’un âge pivot ou d'équilibre dans la réforme des retraites.
"Il n’y aura pas d’abandon d’une réforme des retraites", indique Emmanuel Macron. La "jeter" serait "une erreur" car selon lui "le système universel de retraite est juste". Il cite les professions en "deuxième ligne" pendant la crise sanitaire, livreurs, caissières : "c’est (la France) qui gagne dans le système de retraite universelle par points, celle des petites carrières et des carrières fracturées".
Nouvelle concertation cet été
Mais, reconnaissant qu’il a parfois réformé trop vite, donnant "le sentiment de vouloir faire des réformes contre les gens", alors qu’il faut en passer par le "dialogue", il appelle son prochain gouvernement à lancer une nouvelle concertation avec les partenaires sociaux cet été, pour discuter notamment des équilibres financiers de la réforme des retraites. "Je suis ouvert à ce qu’elle soit transformée", elle ne peut pas être reprise "de manière inchangée à la sortie de crise".
Première piste donnée par le président de la République : l’âge pivot pourrait être abandonné. Voulue par Edouard Philippe, cette borne d’âge, qui aurait pu être de 65 ans pour la génération née en 1975, aurait déclenché une décote des pensions pour ceux qui prennent leur retraite avant cet âge, de surcote pour ceux qui travaillent plus longtemps. Depuis longtemps, la droite française réclame une mesure d'âge pour équilibrer les régimes de retraite. Relever l'âge légal à sa faveur, mais Emmanuel Macron s'était engagé, durant sa campagne présidentielle, à ne pas y toucher.
Augmenter la durée des cotisations
Or, dans son interview, le président de la République élude la question sur l’âge-pivot pour évoquer, à deux reprises, une augmentation de la durée de cotisation à la retraite. "La question du nombre d’années pendant lesquelles nous cotisons demeure posée", dit-il. Une piste préconisée par un syndicat comme la CFDT, qui a toujours été favorable à un système à points, mais hostile à un âge pivot. Celui-ci pénalise ceux qui ont commencé à travailler jeunes et avantage ceux qui ont fait de longues études, défend le syndicat. Mais Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, n'était pas demandeur d'une relance de la réforme: "On ne va pas se remettre à se foutre sur la gueule sur la question des retraites dans cette période (...) où les plans sociaux se succèdent", a-t-il réagi le 3 juillet sur France Inter.
Le Président de la République veut continuer à réformer, dit-il, mais de manière plus "apaisée". Pas sûr qu’il obtienne cet apaisement en modifiant quelques curseurs d’une réforme des retraites que continueront de rejeter plusieurs catégories professionnelles, dans un contexte de crise économique.



