Premières pistes pour un plan de relance ? Lors de Global Industrie Connect – version digitale de ce qui aurait dû être l’édition 2020 de Global Industrie – les représentants de la Direction générale des entreprises (DGE), de l’Alliance industrie du futur (AIF), de France Industrie et de Bpifrance ont évoqué leurs pistes de reprise.
Invitée à introduire cette table ronde, la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher a annoncé que l’Etat allait engager "une large consultation dans les prochaines semaines" pour dessiner un plan de relance industrielle. Elle a rappelé qu’il devrait "soutenir l’investissement et l’innovation en s’appuyant sur la transition numérique" et "faire de la décarbonation une réalité et un avantage compétitif".
Priorité à la fiscalité
Pour soutenir l’investissement, les experts militent avant tout pour une baisse des impôts de production. "Il faut que ce boulet, estimé sept fois supérieur qu’en Allemagne, soit pris en compte dans le plan de relance", argue Philippe Varin, président de France Industrie. Un avis que partage Thomas Courbe, directeur général des entreprises. "Nos entreprises vont être en concurrence accrue pendant le rattrapage de l’activité, avance-t-il. Les impôts de production pourront faire l’objet de décisions dans le plan de relance."
Mais l’allègement de ce dispositif fiscal pourrait ne pas être suffisant, selon les intervenants, pour compenser le manque de liquidités provoqué par les remboursements des prêts garantis par l’Etat (PGE) contractés par 500 000 entreprises. "Nous estimons une baisse d’investissement de 50 milliards d’euros sur deux ans, précise Philippe Varin. Pour compenser cela, il faut mettre en place des plans sectoriels, des plans de soutien régionaux mais aussi des financements directs."
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"Beaucoup d’entreprises vont attendre septembre, au moins, pour définir leur stratégie de reprise, argue pour sa part Bruno Grandjean, président de l’AIF. Il va falloir prendre des mesures fortes si nous voulons relancer la machine." Estimant que "les plans de soutien aux secteurs automobile et aéronautique ont été de formidables décisions", il prévient cependant que "la majorité de l’industrie est composée de micro-filières, moins structurées".
L’espoir du Made in France
Autre enjeu majeur de la reprise, la relocalisation de certains procédés industriels a déjà fait l’objet d’annonces d’Emmanuel Macron. Et devrait elle aussi intégrer le plan de relance qui se dessine. "La crise a montré que nous avons besoin de relocaliser un certain nombre de choses en France et en Europe, soulève Thomas Courbe. Nous avons identifié des fragilités dans certaines chaines de valeurs, comme par exemple l’approvisionnement de catalyseurs dans la plasturgie ou de cartes électroniques."
Ces processus de relocalisation ne devraient d’ailleurs pas être réservés aux grands groupes. Pour Bruno Rogowski directeur des opérations de Bpifrance, "les PME ont pris conscience de la profondeur de leur supply chain". Le président de l’AIF, Bruno Grandjean, abonde : "La dépendance à des fournisseurs lointains est une grande faiblesse dans les supply chains, dit-il. La solution est un retour au made in Europe et, je l’espère, du made in France."
Relocaliser pour simplifier les chaines d’approvisionnement, mais aussi adopter "une nouvelle grille d’analyse", selon Philippe Varin, de France Industrie. "Il faut désormais prendre en compte et évaluer le coût du risque ainsi que celui des émissions carbone", estime-t-il.
Une industrie décarbonée…
Rappelant que les procédés industriels représentent "18 % des émissions carbone", le président de France Industrie demande une politique "volontariste sur la décarbonation à l’occasion du plan de relance". Déjà présente dans le plan de soutien de 15 milliards d’euros du secteur aéronautique, la décarbonation des industries a à nouveau été présentée comme une priorité de la relance lors du discours d’inauguration de Global Industrie Connect du ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire.
"Dans les usines de l’AIF, nous avons voulu démontrer que le développement durable devait se faire par l’innovation", abonde Bruno Grandjean. L’Alliance industrie du futur doit d’ailleurs publier prochainement un document pour "illustrer comment des chefs d’entreprises font du développement durable au quotidien, de manière concrète".
… et numérisée
"En sortie de crise, nous voyons l’enjeu que représentent la décarbonation, la résilience et la numérisation", soulève Thomas Courbe. Selon lui, la période doit être une opportunité pour "accélérer le déploiement du numérique et l’accompagner d’une décarbonation de l’industrie".
Pour ce faire, il propose de "développer l’offre française de solutions industrielles permettant de décarboner ou de numériser l’industrie". Le directeur général des entreprises propose la mise en place "d’un programme d’accompagnement en lien avec les Régions pour définir les besoins en numérisation des entreprises". Il cite notamment la 5G, dont le déploiement doit débuter en fin d’année. "Dix plateformes vont être installées sur le territoire afin de développer les applications et les cas d’usage pour les entreprises", annonce-t-il.
Optimistes, les intervenants s’accordent à dire, comme Bruno Grandjean, que "les industriels ont une formidable opportunité pour retrouver un second souffle en sortie de crise". Reste à voir si leurs propositions se retrouveront dans le plan de relance définitif.



