Projets, sous-traitance, opérations... Ces industriels français suspendus à l'évolution de l'épidémie chinoise

L’épidémie du coronavirus qui frappe la Chine est intervenue pendant les congés du Nouvel An chinois alors que les usines et les entreprises du pays étaient à l’arrêt. A date, les industriels français ne constatent pas encore de rupture de leur chaîne d’approvisionnement. Mais leurs stocks sont tendus. Une paralysie prolongée de la deuxième économie mondiale pourrait avoir des conséquences lourdes.   

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Usine Chine Coronavirus
L'épidémie de coronavirus se propage et fragile la logistique industrielle mondiale

Côté logistique jusqu’ici, tout va bien. Mais le pire est peut-être à craindre. Alors que le bilan de l’épidémie du coronavirus s'aggrave, avec au moins 28 000 personnes contaminées en Chine et près de 600 décès selon un bilan arrêté au jeudi 6 février, les fermetures d’usines et les mesures de confinement paralysent un peu plus la deuxième économie de la planète au risque de déstabiliser les groupes industriels français. "La Chine est l’usine du monde. Elle est l’épicentre des chaînes d’approvisionnement mondiales", souligne Laurent Giordani, fondateur de KYU Associés, cabinet de conseil en maîtrise des risques. 

A chaque jour qui passe, l’inquiétude augmente. La Chine représente 70% de la chaîne d’approvisionnement de l’équipementier automobile Sedepa, qui fabrique des petits volumes de pièces (celles en option sur les voitures). A date, cette PME francilienne de 12 personnes, réalisant un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros en 2019, ne ressent pas d’impact sur son activité. Elle avait intégré dans son planning de production les trois semaines de congés annuels du Nouvel An chinois. "Mon souci est de savoir si la production redémarrera le lundi 17 février. Si cela ne redémarre pas, je suis mort", alerte Christian Janson, président de Sepeda, qui détaille que l’entreprise a des stocks pour encore trois semaines.

"Laméthode d'organisation et de gestion de la production "just-in-time" déployée dans l’industrie a conduit à les entreprises à supprimer les stocks intermédiaires, ce qui va se révéler être une catastrophe en cas d’arrêt prolongé des usines chinoises", prévient Laurent Giordani. Rupture de production, retards de livraison : les conséquences industrielles peuvent s’avérer très importantes. "L’impact du coronavirus est fort, très fort. Cela rompt toutes les chaînes de production, j’ai des containers en attente qui auraient dû partir mais ne partent pas, les fournisseurs ne sont pas là, ni les fournisseurs des fournisseurs : cela crée un effet domino", confie Marc Meynardi, directeur général d’une société réalisant de l’accompagnement aux entreprises industrielles et familiales, facilitatrice d’activités en Chine.

Mettre en place un plan de continuité de l’activité

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Tout est une question de calendrier et de durée des mesures de fermeture des usines. "Aujourd’hui l’impact économique est limité car c’est une période de vacances. Nous pouvons tenir jusqu’à fin février. Au-delà, nos projets vont prendre du retard. Nous serons également impactés par les reports de livraison de nos fournisseurs chinois de matériel de robotique", confie le porte-parole d’un grand groupe français d’ingénierie industrielle, qui préfère rester anonyme. Pour cette entreprise internationalisée, la Chine représente une "tête de pont" pour toute la région Asie/ Océanie, qui pèse 27% de ses ventes.

Pour faire face à ce risque industriel, les entreprises doivent mettre en place un plan de continuité de l’activité. Tout d’abord elles doivent tenter d’avoir une visibilité sur la localisation de leurs fournisseurs, des usines, sur qui fabrique quoi ; ensuite elles doivent faire l’état des stocks et voir s’il est possible d’activer des sources alternatives de production dans d’autres pays. "J’ai un plan B en Turquie mais pour lancer une nouvelle ligne de fabrication d’outillage, cela prend au moins un mois", indique Christian Janson.

Dépendance à la Chine

A l’aune de cette épidémie, beaucoup d’entreprises françaises vont prendre conscience de leur dépendance à la Chine. Et de la nécessité d’en sortir. "Cette crise va obliger les entreprises à travailler sur la cartographie de leur chaîne logistique, à être moins dans le dogme du fournisseur unique et à reconstituer leurs stocks, estime Laurent Giordani. Elle abonde dans le sens d’une plus grande modération de la mondialisation des flux, et à produire dans une zone géographique pour servir cette zone".

C’est ce que fait le groupe français Novares (12 000 salariés), producteur de composants plastiques pour l’industrie automobile. Présent dans le monde à travers 45 usines, l’équipementier automobile a 5 usines en Chine, dont une à Wuhan, ville industrielle foyer de l’épidémie. Toutes sont à l’arrêt jusqu’au 10 février. La Chine représente 15% de son chiffre d’affaires. Son atout est que tout ce qui est produit en Chine est livré en Chine. Mis à part un problème d’approvisionnement en masques de protection pour ses salariés, Novares ne constate pas encore de rupture dans sa logistique. L’entreprise a des stocks pour deux à trois semaines. Son président, Pierre Boulet, est plutôt confiant : "nous allons enregistrer quelques pertes d’exploitation mais je n’envisage pas de catastrophe en Chine. N’oublions pas que c’est une économie dirigée et que le nationalisme chinois est très puissant. Les autorités vont déployer l’équivalent d’un plan Marshall et injecteront les liquidités nécessaires pour produire les volumes malgré le virus".

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