Les experts réunis lors du colloque annuel de la Coface ce 4 février n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur l’ampleur de l’impact économique de la situation sanitaire en Chine. Mais tous s’accordent pour dire que le pays n’avait pas besoin de cela. La Chine est en effet confrontée à un certain nombre de tensions : celles qui ont marqué son commerce international depuis deux ans (même si une trêve a été signée en janvier avec Donald Trump), un taux d’endettement élevé des gouvernements locaux, des entreprises et des ménages et un système bancaire fragile.
Depuis plusieurs années, le gouvernement mise sur une contribution plus importante de la consommation et des services par rapport à un modèle soutenu par les investissements et les exportations industrielles. En 2019, les services ont en effet contribué à plus de 50 % du PIB. Et si la production industrielle a crû de 5,7 % en 2019 (contre 6,2 % en 2018), les ventes de bien de consommation au détail ont, elles, augmenté de 8 %. Le confinement actuel ne semble pas propice à une dynamique de ce côté-là.
La consommation affectée
Selon Agatha Kratz, économiste chez Rhodium group, l’épidémie peut affecter l’économie en trois temps. "Le premier est la période du nouvel an où il y a clairement eu un manque à gagner pur et simple en matière de consommation car c’est une période où les gens achètent beaucoup, vont au cinéma, au restaurant, offrent des cadeaux." Elle ne se rattrapera pas. Le deuxième temps est celui d’après le nouvel an, celui de la reprise de l’activité. Selon la correspondante du Wall Street journal à Pékin, Julie Wernau, "dans la capitale, les gens se terrent chez eux, même s’ils n’ont rencontré aucun malade, ils se mettent eux-mêmes en quarantaine. Quand vont-ils ressortir ? On ne sait pas."

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PME et secteur financier fragilisés
Pour l’instant le gouvernement a encouragé les entreprises à ne pas reprendre le travail pendant une semaine après la fin des congés. La question se pose de savoir combien de temps va prendre la reprise du travail et si les migrants vont bien retourner dans les usines après les fêtes. Les fermetures pourraient affecter le tissu des petites entreprises. "Selon une étude réalisée en Chine, 68 % des PME manufacturières ont indiqué qu’elles ne tiendraient pas au-delà de deux semaines" rapporte Agatha Kratz.
Le troisième temps de l’épidémie est celui qui peut affecter le secteur financier. La banque centrale a annoncé qu’elle allait injecter 156 milliards d’euros de liquidités pour soutenir l’économie et elle incite les institutions financières à distribuer largement des crédits aux entreprises pour qu’elles tiennent le choc. "Mais les banques sont elles-mêmes déjà sous pression", estime Agatha Kratz. Un sentiment partagé par Alicia Garcia-Herrero, cheffe économiste Asie-pacifique de Natixis qui considère "que le niveau d’endettement requis pour obtenir un point de croissance en plus est beaucoup plus élevé qu’avant". Elle évalue le coût de l’épidémie de coronavirus à un point de croissance pour la Chine qui passerait de 6 % prévu à 5 % si l’épidémie durait jusqu’en avril, comme certains épidémiologistes le prévoient.
Ampleur incertaine
En réalité tout dépend effectivement de la durée et de l’ampleur de l’épisode. Pour André Chieng, vice-président du Comité France-Chine :"l’épidémie est très concentrée dans le Hubei et comme le gouvernement a mis en place des mesures exceptionnelles, cette crise pourrait s’achever très vite." Il confie être "sceptique sur des modèles construits sur des règles du passé alors que les mesures sont fortes et nouvelles."
Poids de l’immobilier
Reste qu’au-delà du court terme et de l’épidémie elle-même, les ménages chinois sont sous contrainte compte-tenu de leur taux d’endettement élevé. "On pensait que la solution pour la Chine résidait dans la consommation mais on n’a pas vu le boom attendu car les Chinois continuent d’investir dans l’immobilier qui avec la spéculation coûte de plus en plus cher" juge Agatha Kratz. La question immobilière est moins prégnante dans les régions rurales dont les habitants bénéficient en plus du développement de l’e-commerce pour augmenter leurs revenus. "L’an dernier, la hausse de la consommation la plus forte a été surtout le fait des petites villes de l’Ouest et des zones rurales", confirme André Chieng. Avec le coronavirus, la Chine n’échappera pas à un choc d’offre et de demande, mais au delà de cette crise, le pays ne pourra pas faire l'impasse sur une transformation profonde de son économie.



