Entretien

"Il faudra 20 mois pour un vaccin contre ce coronavirus", confie Christiane Gerke de l’Institut Pasteur

L’Institut Pasteur travaille depuis des semaines sur le coronavirus 2019 n-Cov apparu fin 2019 en Chine. Il a abouti à des avancées comme le séquençage complet du génome du virus, l’isolement de souches et la réussite de la mise en culture cellulaire. Des étapes majeures pour pouvoir entamer la mise au point d’un potentiel vaccin. Christiane Gerke, directrice des programmes Vaccins et du département Innovation et développement vaccins de l’Institut Pasteur, fait le point pour L'Usine Nouvelle.

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Photographie au microscope de l'effet cytopathogène du coronavirus 2019 n-Cov sur des cellules.

L’Usine Nouvelle. - Comment travaille l’Institut Pasteur sur un vaccin contre le coronavirus ?

Christiane Gerke. - Plusieurs technologies sont envisagées pour mettre au point un vaccin contre ce nouveau coronavirus. A l’Institut Pasteur, nous disposons de deux technologies pouvant être rapidement déployées pour générer un nouveau vaccin, basées sur l’utilisation d’un virus atténué et non d’un virus inactivé.

L’une des technologies repose sur celle du vaccin de la rougeole, utilisé depuis des décennies et que l’on peut modifier afin de produire des antigènes additionnels contre d’autres agents pathogènes, comme le Chikungunya par exemple. Ce qui permet au vaccin de protéger également contre une autre maladie. Le vaccin original de la rougeole est ainsi utilisé comme un vecteur, un transporteur. Nous avons déjà expérimenté cette technologie chez l’Homme. Le candidat-vaccin le plus avancé est d’ailleurs celui contre le Chikungunya, actuellement en phase III de développement clinique. Trois autres candidats se trouvent en phase I de développement. Nous avons aussi des projets pré-cliniques sur d’autres candidats, notamment un - toujours sur la base du vaccin de la rougeole - contre le SRAS, qui a déjà prouvé son efficacité sur des souris.

Et la seconde technologie ?

Nous travaillons aussi à l’Institut Pasteur sur un vecteur lentiviral, dérivé de la famille du virus VIH, qui permet également d’ajouter des antigènes contre d’autres maladies. Cette technologie a jusqu’à présent été seulement employée pour les vaccins thérapeutiques. Ainsi nous privilégions plutôt l’approche avec le vaccin de la rougeole pour trouver un vaccin contre ce nouveau coronavirus.

Quels sont les délais pour mettre au point un tel vaccin ?

Entre le design d’un nouveau vaccin basé sur celui de la rougeole jusqu’au démarrage du premier essai clinique chez l’Homme, nous estimons que cela prendra environ 8 mois. Ce délai comprend la préparation du candidat-vaccin en laboratoire, les tests sur animaux, probablement des souris, pour vérifier l’efficacité, la production d’un lot aux standards réglementaires, tous les tests requis pour une utilisation chez l’Homme, ainsi qu’un test sécurité, dit de toxicité, dans un second modèle animal.

Toutes ces étapes pré-cliniques sont indispensables avant d’entamer des essais cliniques. Il existe des technologies, comme les vaccins à ADN ou ARN, pour lesquelles cette période de développement pré-clinique peut être plus rapide car leur production relève de la synthèse chimique et ne nécessite pas de croissance cellulaire ou ne fait pas intervenir d’autres composants biologiques. Pour ces technologies, il serait envisageable de réduire le temps de développement pré-clinique à quatre mois seulement. Mais nous avons moins d’expérience dans ce domaine et nous ne savons pas encore si ces technologies peuvent être aussi efficaces que des vaccins atténués. Quelques candidats vont toutefois être testés en phase I.

Une fois le vaccin entré en phase de développement clinique, quels sont ensuite les délais ?

Dans le cadre de l’épidémie d’Ebola, il a fallu un an entre le démarrage de la phase I et la fin de la phase III. Nous pourrons peut-être accélérer un peu, mais pas beaucoup plus. Il faudra s’accorder avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). La production d’un vaccin-candidat prometteur pourra être démarrée pendant les essais cliniques, probablement sous le statut d’enregistrement d’urgence selon la procédure de l’OMS, afin de pouvoir distribuer le vaccin dès qu’il sera considéré comme efficace. Il est plus difficile de dire comment, dans ce cas, de vastes quantités de doses seront disponibles. Cela dépendra de la technologie. En utilisant le vecteur rougeole, nous bénéficions de beaucoup d’expérience et de capacités acquises, donc ça peut aller vite. Concernant d’autres technologies, c’est plus difficile à dire. Si on prend tous les délais en considération, nous pensons qu’il faudra environ 20 mois avant de pouvoir disposer d’un vaccin utilisable pour cette épidémie.

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