Reportage

[REPORTAGE] À Aubagne, l’agrandissement de Sartorius, symbole de la démocratisation

Le fournisseur a inauguré l’extension de son site phare des Bouches-du-Rhône, spécialisé dans les poches plastiques à usage unique. Des éléments indispensables 
à la bioproduction et aux développements des nouveaux médicaments biologiques.
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SARTORIUS Aubagne 14.06.2025
Le site Sartorius d’Aubagne.

« Je ne pouvais pas imaginer mieux que d’être ici pour cet évènement ». Le p-dg de Sartorius, Joachim Kreuzburg, qui a depuis quitté ses fonctions à la tête de l’entreprise, s’est offert à la mi-juin une dernière danse sur l’installation des Bouches-du-Rhône. Avant de laisser sa place à Michael Grosse, le dirigeant a coupé le ruban d’un site agrandi, fruit d’un investissement annoncé dès 2021 (chiffré à 100 M€ mais nettement revu à la hausse) et mené au pas de course.

Il reste à végétaliser les extérieurs mais les ombrières prouvent déjà leurs raisons d’être sous le cagnard provençal. Le projet d’envergure (rares sont les fournisseurs pharma à investir une somme à trois chiffres dans l’Hexagone) témoigne de la confiance de Sartorius envers ce site historique de Stedim, spécialisé dans la production de poches plastiques et racheté en 2007. Il comptait alors 250 employés contre plus d’un millier désormais. 

De nouvelles lignes automatisées

Grâce à cette enveloppe, les surfaces de salles propres ont quasiment doublé. Pour découvrir le nouveau bâtiment, le passage se fait, sans se rendre compte, dans la continuité du site historique. « C’est une spécificité unique, de se connecter au bâtiment historique, sans changer d’environnement Iso 7 », explique Guillaume Allemand, directeur du site, « ce qui permet aux opérateurs de circuler sans repasser par le vestiaire ».

Sartorius Aubagne - Salles propresSartorius
Sartorius Aubagne - Salles propres Sartorius Aubagne - Salles propres

Les nouveaux espaces de salle propre du site Sartorius d'Aubagne. 

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L’espace derrière les coursives peut surprendre par sa taille. Les différents ateliers de fabrication sont organisés à la manière d’un open-space. Sur une des lignes, semi-automatisées, des opérateurs disposent le plastique qui deviendra un bioréacteur à usage unique, de cinquante à deux cents litres, les contenances supérieures étant réalisées dans un autre bâtiment de l’installation d’Aubagne.

Le responsable des opérations met l’accent sur la nouvelle ligne automatisée « la plus innovante », rappelle-t-il, destinée à produire les poches sub-assemblées (prédécoupées) qui sont ensuite envoyées sur des lignes de finition, à l’intérieur de l’usine ou vers d’autres sites de Sartorius, par exemple vers son installation en Tunisie. Protégée par une cloison pour limiter les contaminants, la ligne se veut aussi plus fiable et plus ergonomique, « les tâches restantes sont plus faciles pour les opérateurs », explique-t-il.

Le responsable met également en avant la dimension environnementale, la machine réduit les rejets alors que dans le même temps, « nous sommes capables de recycler 85 % de nos rejets, de leur donner une seconde vie, par exemple dans la construction ».

Au total, l’installation d’Aubagne produit 1,2 million de produits sous-assemblés par an. La nouvelle ligne automatisée doit permettre à Sartorius « de répondre plus vite à la demande sur un marché fluctuant, de pouvoir accélérer quand c’est nécessaire », explique Guillaume Allemand.

Un usage unique désormais incontournable

L’investissement témoigne ainsi de la demande croissante de poches à usage unique. Des produits utilisés à la fois pour la culture cellulaire mais aussi pour le transport des biomédicaments. Il paraît loin le temps des doutes. « Je me souviens d’une discussion avec un dirigeant d’un grand nom de la pharma, il y a une quinzaine d’années, qui me disait qu’il n’y aurait jamais d’usage unique sur son site », se remémore René Faber, directeur général de Sartorius Stedim Biotech, savourant les parts gagnées par l’approche.

Il faut dire que depuis, la technologie a fait ses preuves face aux cuves inox. Plus simple, plus facile à mettre en place, la production à usage unique s’adapte plus facilement aux changements d’échelle courants dans la bioproduction. Bien que contre-intuitif à première vue, le recours au plastique affiche un bilan environnemental meilleur que l‘utilisation de l’inox. « En comptant l’eau utilisée pour les nettoyages, l’électricité pour produire de la vapeur et désinfecter, le bilan environnemental plaide pour l’usage unique », rappelle René Faber.

Un argument environnemental qui s’ajoute à un facteur économique. L’usage unique fait gagner du temps. Durant la crise Covid-19, il a facilité la mise au point des vaccins à ARNm. « Il aurait fallu quelques années pour mettre au point le procédé sans usage unique », insiste le directeur général de Sartorius Stedim Biotech.

Si elle a mis en lumière l’importance de la technologie, la pandémie a aussi entraîné des tensions sur les réactifs et les consommables liés à la bioproduction. Une forte demande, suivie d’une baisse qui a pu faire tanguer les fournisseurs. Après le boom de la demande, pendant la pandémie, le contrecoup s’est fait ressentir. Au sommet en 2021, le cours de Bourse de Sartorius a quasiment été divisé par trois depuis cette période.

Ses concurrents, Pall ou encore Thermo Fisher ont subi le même sort. « Nous avons eu des effets de vagues sur les ventes, avec les déstockages qui ont suivi le Covid-19, mais nous revenons sur une base de croissance », nous confie René Faber. Le groupe a peu de raisons de douter de l’avenir de la bioproduction alors qu’un nouveau médicament sur trois est un produit biologique.

Une usine de référence pour expédier dans le monde entier

Pour suivre la tendance du marché, Sartorius ne s’est pas contenté de faire sortir de terre de nouvelles lignes. Il a aussi revu et corrigé sa logistique interne, un secteur charnière vu les quantités de produits en transit. Marque sans doute la plus visible de l’investissement, un bâtiment de 12 000 m2 de stockage est sorti de terre, sur deux niveaux. Situé jusqu’à présent à quelques kilomètres de la production, les magasins de matières seront désormais tout proches. Et largement automatisés.

Sartorius Aubagne - StockageCAVIGLIA DENIS
Sartorius Aubagne - Stockage Sartorius Aubagne - Stockage (CAVIGLIA DENIS)

Les espaces de stockage du site Sartorius d'Aubagne. 

Encore en phase de test, trois véhicules peuvent déplacer les palettes de manière autonome alors que le magasin peut stocker 10 000 palettes et sera rapidement complet. Le convoyeur de palettes, pour la sortie du bâtiment, est le seul espace qui nécessite des opérateurs. Dans la surface adjacente, sept robots autonomes, de l’aspect d’un gros aspirateur robot, aident à poursuivre le flux d’intralogistique. La conception de l’automatisation reflète la volonté de Sartorius de se maintenir à la pointe de l’innovation.

Une innovation à maintenir

La demande actuelle sur les poches n’empêche pas le fournisseur de réfléchir à l’avenir. Sartorius veut miser sur les thérapies cellulaires et géniques. Des volumes inférieurs aux marchés matures des anticorps monoclonaux mais à forte valeur ajoutée. Sartorius travaille par exemple à adapter ses poches aux températures de congélation extrêmes requises pour les thérapies cellulaires.

Autre défi : « Notre ambition est de faire évoluer la façon dont on fait ses biomédicaments, en accélérant le niveau d’automatisation dans notre industrie », projette René Faber. Alors que l’usage unique ne cessait de voir ses volumes augmenter, la tendance est à l’automatisation et à l’intensification des procédés pour gagner en rendement.

Conscient de cet enjeu, le nouveau site de Sartorius a augmenté ses surfaces de laboratoires pour le développement. Le fournisseur veut aussi offrir ses solutions avec des espaces revus et corrigés pour la démonstration et la formation à ses produits, faisant aussi appel à la réalité virtuelle. « La production de biomédicaments sera de plus en plus complexe et sur mesure. Il faudra concevoir des solutions plus flexibles, plus durables, plus efficaces, tout en ayant des coûts maîtrisés », dessine René Faber.

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