Que deviennent les salariés français rapatriés à cause du coronavirus?

En Chine, à Wuhan, les usines des entreprises françaises restent fermées en pleine crise du coronavirus. Que deviennent les salariés expatriés pendant ce temps? Dans l'expectative, les industriels distillent les informations au compte-gouttes.

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Renault Wuhan
L'usine Renault de Wuhan a été inaugurée en 2016.

Depuis le 31 janvier, 243 ressortissants français ont été rapatriés depuis Wuhan, en Chine, épicentre de l’épidémie de coronavirus. La ville reste confinée et les entreprises françaises ont prolongé la fermeture des usines. De quoi soulever des interrogations sur l’impact de la crise pour les salariés français expatriés.

Des rapatriés coupés du monde pendant 14 jours

Les collaborateurs rentrés en France vont rester coupés du monde encore plusieurs jours. Ils ont été rapatriés par avion vendredi 31 janvier et dimanche 2 février mais ils se sont engagés à respecter 14 jours de quarantaine, soit la période maximale d’incubation du virus.

Les ressortissants ont été répartis sur deux sites situés dans les Bouches-du-Rhône : un centre de vacances à Carry-le-Rouet et à l’Ecole nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (ENSOSP) à Aix-en-Provence. Sur place, une équipe médicale de la Croix-Rouge est également présente et les rapatriés doivent prendre leur température deux fois par jour. “Tous les prélèvements effectués sur les rapatriés se sont révélés négatifs”, a rassuré la préfecture des Bouches-du-Rhône dans un point de situation lundi 3 février.

S’ils restent confinés, les rapatriés ont accès à internet, au téléphone et à des divertissements. “La Croix-Rouge française veillera à ce que le séjour des personnes accueillies soit le plus agréable possible, malgré les contraintes d’isolement et d’éloignement”, a expliqué l’association. Si bien que plusieurs témoignages de ressortissants rapportent une ambiance détendue sur les lieux.

Les salariés de PSA toujours payés

Outre ces informations des autorités, les industriels restent très discrets sur le sort de leurs collaborateurs, qu’ils soient rapatriés ou non. Les salariés des usines arrêtées sont-ils toujours payés ? Pratiquent-ils le télétravail ou sont-ils au chômage technique ? “Nous ne communiquons pas sur la situation personnelle de nos expatriés”, répond simplement une porte-parole de Renault, qui compte une usine et environ 50 expatriés à Wuhan.

PSA a révélé avoir rapatrié 38 collaborateurs (familles incluses) vivant dans la région de Wuhan. “La demande de prolongation des fermetures étant une décision du gouvernement, les salariés sont payés”, indique à L’Usine Nouvelle une porte-parole du constructeur automobile. Elle n’a toutefois pas précisé si les jours payés étaient décomptés ou non du solde de congés des salariés. Chez Renault, on indique que l’usine est toujours fermée “pour les congés du nouvel an”.

Des usines fermées jusqu’à nouvel ordre

Le mystère pèse également sur la date de réouverture des usines françaises de Wuhan. “Notre usine de Wuhan restera fermée jusqu’à nouvel avis des autorités”, a expliqué le groupe SEB. Les portes des usines PSA restent officiellement closes jusqu’au 14 février mais ce délai pourrait à nouveau glisser, en fonction des consignes du gouvernement de la province du Hubei.

L’impact du coronavirus sur l’emploi se fait déjà sentir chez certains employeurs étrangers. Mercredi 5 février, la compagnie aérienne hongkongaise Cathay Pacific a par exemple demandé à 27 000 de ses employés de prendre trois semaines de congés sans solde. De nombreux opérateurs ont effectivement supprimé ou ralenti leurs liaisons vers la Chine et même Hongkong.

Le coronavirus génère-t-il des pertes d'activité ?

Il est sans doute encore tôt pour mesurer l’impact économique de ces fermetures d’usines. Les congés du Nouvel An Chinois devaient se terminer initialement le 31 janvier, voire le 3 février chez certaines entreprises françaises. “La production n’a donc aucunement été impactée”, indiquait Renault le 3 février. Même son de cloche chez PSA.

Hors des zones confinées, plusieurs groupes français expliquent avoir recours au télétravail. C’est le cas du Suez ou de Safran, qui emploie 2 500 personnes en Chine. Contactée par L’Usine Nouvelle, une porte-parole du groupe aéronautique explique que l’activité a repris partiellement dans les bureaux de Pékin grâce au télétravail tandis que les usines restent fermées jusqu’au 10 février. "Un plan de reprise du travail est en train d’être mis en œuvre", ajoute l’industriel sans évaluer l’impact du virus sur l’activité.

“Personne ne veut jeter un vent de panique général”

Comment expliquer la discrétion des entreprises françaises sur le sort de leurs salariés ? “Personne ne veut jeter un vent de panique général, analyse auprès de L’Usine Nouvelle Sébastien Crozier, président du syndicat CFE-CGC chez Orange. Pour autant, je pense que tout le monde est passé en situation de vigilance dans les groupes internationaux.”

Orange n’a pas d’antenne à Wuhan mais compterait entre 40 et 100 collaborateurs français installés en Chine, hors des zones de confinement, qui continuent à travailler. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), le risque de transmission du coronavirus en milieu professionnel reste limité, “puisque seul un contact étroit avec des personnes présentant des symptômes pourrait contaminer”.

“Pour l’instant, il n’y a pas de procédure de rapatriement prévue, révèle Sébastien Crozier. Mais il y a une vigilance. On ne voudrait pas être pris au dépourvu en cas de contamination d’un autre pays.”

Plusieurs entreprises, dont Orange, gardent le souvenir de la crise liée au virus Ebola. “Il n’y avait quasiment pas de cas Ebola hors d’Afrique, retrace Sébastien Crozier. Là, ce qui nous interpelle, c’est qu’on pourrait se retrouver avec une propagation à l’international. Notre vigilance porte sur une éventuelle propagation dans une région dont les infrastructures médicales ne serait pas à même de faire face, comme en Afrique.”

“Il est bien trop prématuré de donner des hypothèses”

Spécialisée dans les solutions de prévention médicale, la société International SOS collabore avec les entreprises lors d’épidémies comme celle du coronavirus. Elle fournit notamment des services de conseil et un support logistique lors de ces crises. “Nous avons participé au rapatriement de Français”, reconnaît auprès de L'Usine Nouvelle le docteur Philippe Guibert, directeur médical régional, sans donner plus de détails sur ces activités.

Selon lui, l’inquiétude n’a pas encore gagné les dirigeants d’entreprises avec lesquels International SOS travaille. “C’est tout simplement de la vigilance. Ils souhaitent avoir l’avis de médecins sur notre compréhension des enjeux, des risques et des éventuels scénarios d’évolution d’une telle épidémie pour prendre des décisions en matière de continuité d’activité ou de restriction des voyages.” Plusieurs entreprises, comme Orange et Suez, recommandent par exemple à leurs collaborateurs de ne pas voyager vers la Chine, sauf impératif.

Philippe Guibert se garde bien de donner des estimations quant à la résolution de la crise. “Il est bien trop prématuré de donner des hypothèses quant à la survenue d’un ou plusieurs pics de l’épidémie.” Au 5 février, le bilan du virus est monté à 490 morts et 24 000 cas de contamination.

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Date de réponse 11/05/2026
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