[Présidentielle] Gaspard Koenig, un philosophe en campagne

A 39 ans, le fondateur du think-tank Génération libre s’est lancé dans la course à la présidentielle. Avec un credo, simplifier la vie des Français. Gaspard Koenig se déplace le 31 janvier dans une entreprise industrielle ardéchoise pour présenter ses propositions économiques. Portrait d’une personnalité qui détonne sur la scène politique.

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Gaspard Koenig
Gaspard Koenig propose de ramener nos 85 codes et 500 000 normes à 5 000 grands principes de droit.

Lundi 31 janvier, Gaspard Koenig et sa petite équipe de campagne se rendent chez Frégate, un sous-traitant de rang un de l’aéronautique et du ferroviaire. Au siège de l’ETI industrielle de 600 salariés à La Voulte-sur-Rhône en Ardèche, le philosophe passé à l’action politique, dévoile sa vision pour l’économie et les entreprises. Gaspard Koenig fait partie de ses « petits » candidats qu’une élection présidentielle fait émerger. Ce normalien, brièvement plume de Christine Lagarde, dédié aux idées depuis dix ans, se définit comme un « centriste radical ».

Sa famille philosophique est clairement identifiée : c’est celle du libéralisme politique. « Mon parti, c’est celui des gens raisonnables », résume-t-il. Cela plaît bien à Frédéric Guimbal, ingénieur Arts et métiers et patron de Frégate qui a « flashé » sur l’un de ses premiers livres Le révolutionnaire, l’expert et le geek et a tout de suite adhéré à son think-tank, Génération Libre, créé en 2013.

500 000 normes et 5 000 grands principes

Face à l’avalanche de candidats de gauche et aux poids lourds qui trustent l’extrême-droite, il est ravi d’avoir été classé par le journal Monde comme le seul candidat du centre avec Macron. « Comme il n’est pas encore un candidat déclaré, je suis le seul sur cette case », sourit le philosophe. Mais sous ses faux airs de John Kennedy, il n’a rien d’un centriste mou. Il défend une simplification radicale de notre système normatif.

Objectif : sortir de ce qu'il juge être un absurdistan bureaucratique, dans lequel sont empêtrés les Français et qui bride selon lui les libertés individuelles, l’activité économique, la sérénité des individus. Il propose de ramener nos 85 codes et 500 000 normes à 5 000 grands principes de droit. Selon lui, l’échec de tous les chantiers de simplification précédents vient du fait « qu’on se demande quelles normes enlever alors qu’il faut prendre le sujet à l’envers, en réfléchissant à ce qu’il faut garder ».

Dans son petit bureau-studio, tapissé de livres du sol au plafond, au rez-de-chaussée d’une cour du 3e arrondissement de Paris qui lui sert désormais de GQ de campagne, il expose avec flamme ses idées, s’excusant d’avoir à répondre au téléphone. Le programme de Gaspard Koenig se structure autour de cinq grandes transformations : la recodification du droit, l’autonomie locale, la mise en place d’un revenu universel, l’instauration de la propriété des données personnelles et la reconnaissance du droit du vivant.

A cheval sur « Destinada »

Des idées sur lesquelles il a déjà beaucoup théorisé via des éditos, chroniques, notes souvent très structurées avec l’aide de juristes ou d’économistes, comme avec Marc de Basquiat pour le revenu universel. Mais l’intellectuel qui ponctue ses discours de citations de Tocqueville, Lacordaire, Graeber, Weber, Flaubert, Acemoglu ou Montaigne... a quitté le ciel des idées et rapporte désormais aussi les propos patrons de bars, des mères de famille, de fermières, de viticulteurs et d’artisans.

Le fruit d’un voyage de cinq mois et 2 500 kilomètres effectué seul avec sa jument Destinada entre le château de Montaigne dans le Bordelais et Rome, en passant par le Périgord, le Limousin, la Champagne, l’Alsace, La Bavière, la Toscane. Logeant chez l’habitant et participant aux veillées familiales, il en est revenu convaincu que la plaie française est le « cerfatage » (l’imprimé Cerfa qu’il faut fournir à toutes les administrations).

Simplification du droit du travail

Il fourmille désormais d’anecdotes sur les découragements cocasses ou poignants que nos normes provoquent. Comme cette mère d’un enfant né sans pouce, obligée de fournir des attestations tous les deux ans, pour prouver que le pouce n’a pas repoussé. Il s’insurge des difficultés d’accès aux prestations sociales légitimes comme le RSA. La Cour des comptes ne le démentira pas, puisqu’elle chiffre le taux de non-recours à un tiers des bénéficiaires. Frédéric Guimbal, le dirigeant de Frégate, estime qu’il a bien saisi l’aspiration des Français à ne plus être suradministré et que son voyage l’a changé : « Il s’est confronté à la réalité, à la matière. J’ai plus de facilités à discuter avec lui depuis », déclare-t-il.

Côté entreprises, il promeut une simplification du droit du travail en 61 grands principes que tous pourront comprendre, salariés comme employeurs. « C’est tout à fait possible. C’est un travail que Robert Badinter et  Antoine Lyon-Caen ont déjà réalisé », considère Gaspard Koenig. Il estime qu’il faut faire confiance « à la raison humaine » au lieu de prévoir toutes les exceptions. « En donnant à la loi son bon niveau d’intelligibilité, on va mieux protéger les gens. C’est comme la réforme protestante qui a permis de lire la Bible soi-même sans intermédiaire. Avec une loi claire, les gens vont pouvoir s’en prévaloir directement sans l’aide du syndicat ou du juriste d’entreprise », compare-t-il. Par ailleurs, il promeut la subsidiarité et l’autonomie maximum des salariés estimant sur les traces de Montaigne qu’« il faut donner la confiance pour pouvoir la recevoir ».

Effacement des taxes et des aides

Toujours dans une logique de simplification, il propose pour les entreprises ce qu’il appelle l’effacement parallèle. Objectif : effacer 50 milliards d’euros d’impôts et 50 milliards d’euros d’aides. « Les entreprises françaises sont les plus taxées d’Europe, mais sont aussi les plus aidées par une espèce de magma incroyable. Pour avoir un crédit impôt recherche (CIR), les gens sont obligés de recourir à des entreprises qui prennent 30% et maquillent tous ce qu’on veut en R&D en cochant les bonnes cases. Ce système favorise les gros », affirme-t-il. 

Pour Gaspard Koenig : exit le CIR et tous ces dispositifs d’incitations, ces « nudges » d’orientation des dépenses des entreprises. « L’Etat doit mieux financer la recherche publique et laisser les entreprises faire leur choix », tranche-t-il. Selon le candidat, Bpifrance doit aussi se concentrer sur les failles de marché et cesser d’investir en direct dans des entreprises. Ce plan d’effacement iconoclaste  a l’oreille de certains chefs d’entreprise. Frédéric Guimbal l’avoue : « J’ai obtenu 800 000 euros avec le plan de relance. Je n’étais pas spécialement demandeur mais si je ne le faisais pas, cela aurait été une bêtise, car je me mettais en situation défavorable par rapport à la concurrence ».

Automatisation des minimas sociaux

Autre étrangeté du programme de Gaspard Koenig : on ne trouve nulle part des mesures spécifiques au pouvoir d’achat, dont tous les instituts de sondage nous affirment que c’est la préoccupation numéro un des Français. Il s’en explique : « Mon principe de revenu universel permet d’automatiser et de compléter les revenus de ceux qui se situent en dessous de 1 700 euros ». Au-delà de cette somme, on devient un contributeur net d’un système qui est associé à une flat tax de 30% sur le revenu à partir du premier euro.

Gaspard Koenig estime ensuite que la simplification est le levier qui va booster l’activité économique, et donc le revenu. Il confie qu’il faut aussi s’interroger sur nos besoins essentiels. « C’est facile à dire pour certains. Mais parfois, on peut se dire que collectivement, on a trop. C’est un projet de long terme et sociétal. On y viendra. Les jeunes aujourd’hui sont moins obsédés par leur salaire que par la qualité de vie que leur conférera leur emploi », anticipe-t-il. Invoquant la vie du naturaliste américain David Henry Thoreau, il estime que « l’exercice de la liberté  n’est pas incompatible avec une forme de sobriété personnelle ».

Pour faire rayonner ces idées, Gaspard Koening aimerait bien poursuivre l’aventure et récupérer ses 500 signatures. Il affirme en avoir déjà une centaine et rappelle l’intérêt que le président des Maires de France, David Lisnard (LR) a manifesté à l’égard de sa candidature. Le 15 novembre dernier à l’occasion du lancement de son  parti politique, Simple, il avait réuni 800 personnes au Théâtre des Variétés de Paris. « C’est plus que dans les meetings d’Anne Hidalgo » glisse-t-il malicieusement.

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