La métallurgie négocie ses minimas de branche sur fond de flambée des prix

Alors que l'Insee prévoit une inflation de 4% sur un an pour fin mars, plusieurs syndicats (CGT, Solidaires, UNSA, FSU) appellent à une journée de grève pour obtenir des hausses de salaire. Dans la métallurgie, les négociations salariales se poursuivent sur fond de flambée des prix.

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Métier de la métallurgie (bon format)
Dans la métallurgie, les négociations de branche sur les salaires minimum se déroulent sur fond de forte inflation.

La saison des NAO n’est pas terminée ! La CGT, Solidaires, UNSA et FSU, appellent à une journée de grève et manifestations jeudi 17 mars, pour réclamer une hausse des pensions de retraite et des salaires dans les entreprises et branches qui n’ont toujours pas conclu leurs négociations annuelles obligatoires (NAO).

Plus le temps passe, plus les revendications salariales sont fortes, tant l’inflation menace. Les représentants des salariés réclament a minima la même hausse que celle des prix, soit 2,9% en 2021 selon l’Insee. En février, un bilan du cabinet Deloitte sur les premiers accords signés montrait que les entreprises avaient concédé entre 2% et 2,5% d’augmentation. L’industrie, avec des hausses de 2,5%, est le secteur qui a connu les plus fortes hausses, sans toutefois rattraper l’inflation.

« Les employeurs doivent gérer de nombreuses incertitudes, et ne veulent pas aller au-delà, analyse Sophie Lazaro, du cabinet Deloitte. La sortie de la pandémie n’est pas terminée, les pénuries de matières premières restent fortes, et la guerre en Ukraine fragilise l’économie. En même temps, ils doivent retenir et attirer les talents. L’équilibre n’est pas facile à trouver. » D'ailleurs, signale-t-elle, des métiers en tension, comme ceux de la maintenance ou de la logistique, ont bénéficié de hausses de salaire plus intéressantes que les autres, dans de nombreuses entreprises.

Des négociations en pleine flambée des prix

La hausse des prix se poursuit. L’Insee, dans sa note de conjoncture publiée le 16 mars, prévoit qu’à fin mars, l’inflation aura atteint 4% sur un an. La Banque de France, elle, envisage pour 2022 une inflation de 4,4% en cas de situation dégradée. Ceux qui n’ont pas terminé leurs négociations essaient d’anticiper. Dans la métallurgie, une quatrième rencontre est prévue vendredi 18 mars, pour la révision des grilles salariales des cadres et ingénieurs au niveau national. Côté patronal, l’UIMM a proposé une augmentation de 2,9% des minima hiérarchiques pour 2022, un taux unanimement rejeté par les quatre organisations syndicales représentatives. « On réclame une clause de revoyure à l’automne, pour réviser le taux sur lequel on se sera mis d’accord si les prix ont augmenté beaucoup plus que prévu, précise Gabriel Artero, président de la CFE-CGC de la métallurgie. Mais ce qui est signé est acquis… »

Quasiment tous les « territoires », comme on dit dans la métallurgie, attendent l’issue de cette discussion nationale pour négocier à leur tour les salaires des ouvriers, employés, techniciens et agents de maîtrise, dont les grilles ne sont pas nationales, mais territoriales. « Cela crée une pression sur notre négociation, pour la branche patronale comme pour les syndicats », poursuit le syndicaliste. Parmi les accords déjà signés en régions, celui du Cher prévoit une hausse de 3,57% en moyenne, de 3,7% au plus haut, pour les niveaux techniciens. Les deux accords de Seine-Maritime prévoient une hausse de 3%, pour tous les niveaux de la grille.

Mouvements sociaux dans les groupes bénéficiaires

Les PME qui, plus que les grands groupes, rémunèrent aux minima salariaux, sont concernées par les revalorisations négociées dans la branche. Or, selon les secteurs, elles se portent plus ou moins bien… Les grands groupes, dont les salaires sont au-dessus des minimas de branche, ne se désintéressent pas pour autant des négociations en cours. « Beaucoup ont déjà signé leurs accords salariaux, et font pression sur l’UIMM pour qu’elle n’accorde pas des augmentations plus importantes qu’eux… », constate Gabriel Artero.

Dans les grosses entreprises qui ont engrangé des bénéfices record en 2021, les revendications ne faiblissent pas. Chez Airbus, dont le bénéfice net de 2021 a atteint son plus haut historique, plus de 1 700 salariés étaient en grève le 15 mars selon les trois syndicats minoritaires qui avaient lancé ce mouvement (CFDT, CGT, UNSA). La CFDT réclame une hausse des salaires de 6,7% sur un an (2,2% pour compenser l’inflation 2021, 4,5% pour 2022), quand la direction proposait 6,2% sur deux ans. Force ouvrière, majoritaire, réclame 4% sur un an, à partir de juillet 2022. Lors de la dernière réunion, la direction a proposé 6,9%, mais étalé sur deux ans, dont 3,9% la première année. Chez Thales, la mobilisation de l'intersyndicale, qui dure depuis deux mois, ne faiblit pas.

La métallurgie se trouve face à un défi particulier : sa nouvelle convention collective s’appliquera à partir du 1er janvier 2024. Les  salaires minimum de 2024 sont déjà prévus, mais ils devaient être révisés à l’automne 2023. Le but est de faire converger les grilles 2022 et 2023, les deux dernières de l’ancien régime, vers celles de 2024. L’inflation, qui devrait entraîner une nouvelle hausse automatique du Smic prochainement, bouleverse toutes les prévisions…

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