Pourquoi le gouvernement fait pression pour que les salaires augmentent

L’inflation relance les revendications de hausse des salaires, notamment des plus bas. Le gouvernement, qui a fait du pouvoir d'achat un enjeu politique, demande aux branches et aux entreprises de faire un effort. La CGT, FO et d’autres organisations syndicales appellent à la grève le mardi 5 octobre, pour défendre l’emploi et les salaires.

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Avec une inflation à 2,1 % et une hausse des prix du gaz de 30% sur un an, les salariés réclament a minima un rattrapage salarial.

Flambée des prix de l’énergie, gaz en tête, retour de l’inflation (2,1% en France en un an, 3,4% dans la zone euro, 4,1% en Allemagne), reprise économique… Tous les indicateurs poussent les salariés à réclamer des hausses de salaires pour, a minima, conserver leur pouvoir d’achat. La CGT, Force ouvrière, la FSU, Solidaires et les mouvements lycéens et étudiants appellent à une journée de grève et manifestation, mardi 5 octobre, pour défendre l'emploi et les salaires.

Le Smic a automatiquement augmenté de 2,2% le 1er octobre, comme le prévoit la loi quand l'inflation dépasse les 2%, les autres salaires suivront-ils ? Le ministre de l’Economie lui-même, aux rencontres organisées par le Medef à la fin de l’été, a demandé aux entreprises de faire profiter leurs salariés du retour de la croissance, en revalorisant leur rémunération. Un bon moyen, également, de répondre à leurs difficultés de recrutement en renforçant l’attractivité des postes proposés.

La pression du gouvernement sur les branches

Le Premier ministre Jean Castex, lui, pousse les branches professionnelles à réviser leurs grilles salariales, notamment pour remonter les plus bas salaires. Il a demandé expressément à l’hôtellerie-restauration et aux industries agroalimentaires, qui font face à des difficultés de recrutement, d’ouvrir des négociations sur les salaires, mais aussi sur les conditions de travail, la promotion professionnelle, le temps partiel… Jean Castex s’est félicité que plusieurs branches se soient déjà engagées sur cette voie.

Il s’agit des branches des métiers « de la deuxième ligne », ceux qui, indispensables, ont pris des risques en travaillant pendant les confinements de 2020. Le ministère du Travail, en lien avec les partenaires sociaux, a identifié fin 2020 17 métiers, pour lesquels il réclame une amélioration des rémunérations et des conditions de travail. Les plus nombreux sont les conducteurs de véhicules (738 000), suivis des agents d’entretien (649 000), des caissières, des ouvriers qualifiés de la manutention… Soit 4,6 millions de salariés du privé, dont les salaires (1 634 euros nets mensuels en moyenne) sont globalement inférieurs de 30% à ceux de l’ensemble des salariés du privé (2 337 euros nets mensuels), selon les travaux de la Dares.

Négociations entamées dans 7 branches

Des négociations sont engagées dans sept branches concernées par ces métiers de la deuxième ligne. Celle de la propreté (agents d’entretien) a abouti : augmentation de 1,6% du salaire de base au 1er janvier 2022, prime annuelle de 225 euros au lieu de 175, +9% pour la prime de transport. Des avancées sont en cours dans le transport de marchandises, la prévention et la sécurité, les déchets, le commerce de détail, l'aide à domicile, les fruits et légumes. Mais les négociations patinent dans l’agroalimentaire. D'où le coup de pression de Jean Castex, qui ne peut pas beaucoup plus...

Le président du Medef, lui, n’est pas favorable à l’approche par branche, estimant que les situations économiques sont trop diverses à l’intérieur d’un même secteur. Pour Geoffroy Roux de Bézieux, l’entreprise est le niveau « le plus pertinent » pour négocier sur le sujet. « Quand il y a des difficultés de recrutement, à un moment ou un autre, les salaires augmentent », s’est-il montré convaincu le 27 septembre sur LCI. Il demande aussi à l’Etat de montrer l’exemple, en arrêtant de « tirer les prix vers le bas » dans ses appels d’offre, notamment pour les prestations de service comme le nettoyage et le gardiennage, ce qui laisse peu de marge aux entreprises de ces secteurs pour augmenter les salaires, plaide-t-il.

Afficher des gains de pouvoir d'achat

Selon une enquête du cabinet LHH, 15% des entreprises ont gelé les salaires en 2021. Celles qui les ont augmentés n’ont consenti que 1,45% de hausse, le plus bas taux observé depuis 10 ans par LHH. Le secteur des produits industriels et biens d’équipement est celui où les entreprises sont les plus nombreuses à avoir consacré aux augmentations un budget plus important en 2021 qu’en 2020.

Pour l’exécutif, l’enjeu est éminemment politique. Emmanuel Macron aimerait pouvoir afficher, dans le bilan de son quinquennat, une progression du pouvoir d’achat des Français. Il était en passe de réussir son pari, avec des augmentations annuelles de pouvoir d’achat de 1,4 à 2,2% selon les années, depuis son arrivée (sauf en 2020, hausse de 0,4%). Des moyennes qui cachent toutefois de fortes disparités selon les ménages.

Mais les hausses de prix dans l’énergie et l’alimentation fragilisent ce bilan positif. Une fragilité sur laquelle s’engouffrent l'ensemble des candidats à la présidentielle, qui multiplient les propositions d’augmentation du Smic ou des rémunérations des enseignants, promettent des primes ou des défiscalisations…

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