Ding dong ! La place boursière parisienne tinte clair régulièrement depuis quelques mois. Tradition oblige, les entreprises célèbrent leur entrée à la cote en sonnant la cloche à l’ouverture des marchés. Les acteurs du secteur financier saluent un signe positif pour le rebond de l'économie française... Tout en soulignant le retard à rattraper.
Une tendance cleantech
En 2020, dans une année marqué par le Covid-19, Euronext Paris n’avait dénombré que sept IPO (pour Initial Public Offering, une introduction en Bourse avec offre au public). Sur les six premiers mois de 2021, la place boursière parisienne compte déjà plus d’une dizaine d’IPO auxquelles il faut ajouter les cotations directes (direct listings) et les placements privés.
Parmi les nouveaux émetteurs : Aramis, spécialiste de la vente en ligne de voitures d'occasion détenu à 70% par Stellantis, la biotech Pherecydes Pharma ou la start-up Believe qui accompagne les artistes musicaux. L’une des dernières introductions, en date du 24 juin, est celle d’Hydrogène de France (HDF), une entreprise spécialisée dans les piles à combustible de forte puissance. D’autres opérations importantes pourraient suivre. Malgré l’incendie d’un centre de données à Strasbourg (Bas-Rhin), le champion européen du cloud OVH a confirmé viser une introduction en Bourse à l’automne.
Le rebond des IPO n’est pas dû qu’aux start-up du numérique, puisque l’on observe que plusieurs acteurs industriels rejoignent les rangs des sociétés cotées. Les experts du secteur financier notent qu’une classe d’actifs particulière mobilise les investisseurs. « Il y a une tendance cleantech et notamment hydrogène qui est forte. Nous avons depuis le début de l’année 2021 une série d’entreprises de ces secteurs qui sont venues se coter avec notamment Hydrogen Refueling Solutions, Hydrogène de France, la SPAC Transition, mais aussi les cleantech namR, Largo », analyse Delphine d’Amarzit, PDG d’Euronext Paris.
Un mouvement mondial
Comment expliquer cette effervescence boursière ? En réalité, ce rebond de la Bourse de Paris et des différentes places européennes accompagne un mouvement mondial alimenté par l’abondance de liquidité. Entre le premier trimestre 2020 et le premier trimestre 2021, le nombre d’introductions en Bourse a augmenté de 85% en volume et de 271% en valeur dans le monde. « L’Europe a rebondi au premier trimestre, avec 83 IPOs enregistrées pour un montant de 23,1 milliards de dollars [19,3 milliards d’euros] », observe le cabinet EY.
Le mouvement des IPO va-t-il se poursuivre ? Oui, pour Franck Sebag, associé chez EY, car les opérations de capital-risque représentent « l’antichambre de la Bourse ». Or, si en 2014, EY comptait environ 900 millions d’euros investis dans la French tech, en 2020, ce montant a atteint 5,4 milliards d’euros. « À terme, soit ces sociétés vont être rachetées par des grands groupes, soit elles vont entrer en Bourse. La Bourse est un canal naturel d’évolution des sociétés du numérique », souligne Franck Sebag.
Entre la transformation numérique et la transition énergétique, les besoins de financement ne manquent pas. Le constat se vérifie d’autant plus dans des économies en pleine sortie de crise. « Ce sera un grand thème des dix prochaines années : le besoin de capital dans un monde très endetté, prédit Thomas Friedberger, directeur général du gestionnaire d’actifs Tikehau IM. Nous sommes dans un nouveau cycle de dépenses d’investissement, en partie dû au fait que la mondialisation atteint un point d’inflexion. Quand il y a un monde moins globalisé, les entreprises doivent opérer avec des capitaux propres plus élevés. »
La place de la France et de l’Europe
Reste à savoir où les entreprises vont choisir de s’introduire. Début juin, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire regrettait de voir des jeunes pousses françaises poursuivre leur développement aux États-Unis, où elles trouvent des financements plus facilement. L’État mobilise les investisseurs institutionnels (les fameux « zinzins ») dans l’espoir de faire émerger une génération de grandes entreprises technologiques françaises.
« Depuis quelques années, les opérations en France se comptaient sur les doigts d’une main. Cela réaccélère, c’est une très bonne nouvelle », souligne Franck Sebag. L’expert relativise tout de même le poids du marché français : « en comparaison avec des grosses places boursières, comme les États-Unis ou la Chine, nous restons en France sur des montants très petits. »
En 2021, la plus grosse levée française lors d’une IPO revient à Aramis. La filiale de Stellantis est parvenue à récolter 388 millions d’euros. « Ce qui a animé le marché pour l’instant, ce sont des opérations de “mid-market”. Ce ne sont pas des opérations à 1 milliard d’euros. Ce sont des opérations qui lèvent 200 à 300 millions d’euros, ce qui est déjà très bien », ajoute Franck Sebag.
Euronext Paris défend la compétitivité des places financières du continent. « Les marchés européens sont tout à fait capables de fournir des moyens importants de financement et la liquidité recherchée par les entreprises pour qu’elles puissent se développer dans leur écosystème naturel, argumente la PDG Delphine d'Amarzit. Nous sommes branchés sur les marchés internationaux. Vous pouvez être cotés à Paris et adresser le monde entier. »
Paris Europlace, l’organisation qui fait la promotion de la Bourse de Paris, a de son côté monté un groupe de travail pour formuler des recommandations sur l’attractivité de Paris pour les entreprises. Parmi ces recommandations : encourager les investisseurs institutionnels à participer plus activement aux IPO, accélérer le développement de l’actionnariat salarié et renforcer le positionnement de la place de Paris dans les secteurs du futur (finance durable, fintech, financement des grands projets d’infrastructure…)



