La Bourse s'emballe, les avantages et les inconvénients d'une IPO

Promesse de financements, surcharge de travail, ou les deux ? Experts du secteur financier et dirigeant détaillent à L'Usine Nouvelle ce qu'une introduction en Bourse change pour les entreprises. Et dès le départ anglais de rigueur, car à la bourse, même en France, on parle plus volontiers d'IPO (initial public offering).

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Hydrogène de France IPO
L'équipe de l'entreprise Hydrogène de France sonne la cloche de la Bourse de Paris lors de son IPO le 24 juin.

« Un vif succès », c’est dans ces termes que Damien Havard, le fondateur d’Hydrogène de France, décrit son introduction en Bourse du 24 juin. Fondée en 2012, l’entreprise bordelaise de 25 salariés a réussi à lever 132,2 millions d’euros, prouvant au passage que les places financières ne sont pas réservées aux groupes qui comptent plusieurs milliers de salariés. Un exemple à suivre pour les autres dirigeants ? Si le fait d'être coté présente des avantages, il faut également prendre en compte les responsabilités associées.

Un marathon d'entretiens avec les banques

Damien Havard revient sur le parcours de sa société et les raisons qui l'ont amené à considérer une IPO (Initial Public Offering, une introduction en Bourse avec offre au public). « J’ai d’abord cherché à rendre l’entreprise autonome et à franchir des étapes en termes de maturité. Il nous fallait une belle technologie fiable sur les piles à combustibles », retrace le dirigeant. Avec ces nouveaux financements, Hydrogène de France souhaite développer son projet d’usine de piles à combustible à Blanquefort (Gironde) et se projeter à l’international. « Nous sommes dans plus de 20 pays en Europe. Nous avions besoin d’une transparence financière internationale », explique Damien Havard.

Une fois la décision prise, les procédures se sont déroulées rapidement pour Hydrogène de France. Le fondateur s'est engagé dans un marathon d'entretiens avec les banques en janvier pour une IPO en juin. « C’est très dense. Cela prend beaucoup de temps pour les dirigeants de l’entreprise et énormément de rendez-vous. Il faut pouvoir gérer avec son activité », prévient-il.

Sur la Bourse, « il n'y a pas que des longs fleuves tranquilles »

La démarche menée par Hydrogène de France peut refroidir d'autres dirigeants. Les sociétés cotées doivent respecter des obligations légales de communication, en publiant notamment leurs résultats trimestriels. Une exigence de transparence qui requiert parfois des recrutements. « Il y a des frais d’entrée en Bourse et un coût annuel de maintien de la cotation qui n’est pas neutre », fait savoir Thomas Friedberger, directeur général du gestionnaire d’actifs Tikehau IM.

Autre hantise pour les entreprises : voir le prix de l’action décrocher dès le premier jour de cotation. « Il n’y a pas que des longs fleuves tranquilles. Il y a des IPO sur lesquelles le prix de valorisation de la société est mis au défi par les acheteurs », signale Thomas Friedberger. « L’entreprise s’expose à des trous d’air sur des événements de marché ou sur des nouvelles spécifiques qui seraient mal interprétées par le marché. Cela peut créer du stress », ajoute le directeur général.

Des groupes célèbres se sont remis de premiers jours difficiles en Bourse, à l’instar de Facebook et Google. Mais les entreprises préfèrent parfois attendre des conditions de marché plus clémentes. D’autant plus que certains observateurs redoutent un fléchissement de l’appétit des investisseurs, après un début d’année très dynamique. À quelques jours d’écart, le fournisseur d’énergie eKwateur et le distributeur de pièces détachées automobiles Parts Holding Europe (PHE) ont ainsi annoncé le report de leur IPO.

Quels avantages présente une IPO ?

Les experts du secteur financier insistent toutefois sur les bénéfices de l’introduction en Bourse : visibilité accrue à l’international, gain de crédibilité auprès des fournisseurs, plus d’attractivité pour recruter des talents ô combien recherchés dans le numérique... « Nous sommes toujours très focalisés sur les introductions en Bourse, mais la Bourse représente ensuite un instrument de financement régulier pour les entreprises », argumente Delphine d’Amarzit, PDG d'Euronext Paris. D'autant que la demande est là. « Il y a un retour des actionnaires individuels avec une génération plus jeune et de plus en plus intéressée notamment par les valeurs ESG [Environnement, Social, Gouvernance] et Tech. C’est intéressant pour les entreprises en termes de visibilité », ajoute-t-elle. « La Bourse permet d’accéder à de nouvelles poches d’investissement. Certains fonds institutionnels ne vont que dans des sociétés cotées en Bourse », développe de son côté Franck Sebag, associé chez le cabinet EY.

De très grands groupes industriels résistent toutefois aux attraits de la Bourse. Mars, Ikea et Lego ne sont toujours pas cotés et le gigantesque groupe pétrolier Saudi Aramco a longtemps opéré de cette manière. Cette stratégie présente des limites. « Quand il y a des besoins d’investissements énormes, rester privé implique que l’actionnaire privé remette au pot à chaque fois. À un moment, cela commence à poser des problèmes, sauf quand l’actionnaire a les poches très profondes », relativise Thomas Friedberger.

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