Enquête

Immobilier : Face à la canicule, la RE2020 déjà remise en question pour les logements neufs

Datant seulement de 2022, la réglementation environnementale RE2020 est déjà remise en question par un récent rapport. La notion de confort d’été pourrait être revue, dans un contexte d’augmentation des températures et d’évolution des modes d’occupation des logements. Côté architectes et ingénieristes, des solutions existent.

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Appartement et fenêtre ombragée
D'après la Fondation pour le logement des défavorisés, en France, un logement sur trois est une "bouilloire thermique".

Peut-être souffrez-vous, depuis plusieurs semaines, de gènes liées aux températures élevées dans votre logement ou au bureau. Un besoin de confort d’été que le législateur a intégré, dans la dernière réglementation environnementale sur les bâtiments neufs, la fameuse RE2020, mais qui demeure encore perfectible. «La réglementation est assez peu contraignante, puisqu’elle prend davantage en compte le confort d’hiver que le confort d’été», estime Yann Champion, architecte associé au cabinet bordelais Hobo Architecture.

Le sujet ne se pose pas que pour les bâtiments les plus anciens : d’après le syndicat professionnel Ignes, qui réunit des industriels spécialisés dans les produits électriques et numériques pour le bâtiment, neuf logements sur dix ne seraient pas adaptés aux fortes chaleurs. Pis, 40% des logements ne disposeraient pas encore de protections solaires suffisantes, et seulement 5% seraient équipés de brasseurs d’air, «low tech» certes, mais permettant d’abaisser la température ressentie jusqu’à 4 degrés.

Une nouvelle notion dans la réglementation

Telle qu’incluse dans la RE2020, la notion de «confort d’été» est calculée sur la base de degrés-heure (DH) un indicateur qui cumule sur une année chaque degré d’inconfort à chaque heure. Un seuil au-dessous de 350 DH, correspondant environ à l’équivalent d’une semaine d’inconfort sur un an, permet à un bâtiment d’être conformé à la réglementation, tandis qu’au-dessus de 1250 DH, soit environ 25 jours sur l’année, le bâtiment est jugé non-conforme.

Face à la multiplication des périodes de forte chaleur, les opinions divergent quant à la pertinence de cet indicateur. Ce principe est-il adapté aux températures élevées que nous connaissons ? «La réponse est «oui» pour ce qui concerne les vagues de chaleur actuelles et «probablement non» si nous entrons dans le «monde à +4°C » à cette fin de siècle, comme envisagé», estime Marc Schoeffter, ingénieur bâtiment chargé de la réglementation énergétique à l’Ademe, qui rappelle que la base de travail retenue lors de la conception de la réglementation s’appuyait sur les valeurs de la canicule de 2003. Des relevés moyens sur la période 2000-2018 avaient aussi été intégrés.

Un indicateur déjà remis en question

«L’indicateur DH et les seuils sont récents. Outre le fait de la nécessité de basculer vers des données climatiques prospectives et non plus historiques, il est fort probable et même nécessaire que des retours d’expérience puissent conforter cet indicateur, voire l’améliorer», poursuit-il. «Ne parlons plus de confort d’été, mais d’habitabilité ou de résilience aux fortes chaleurs, car ce n’est plus un enjeu de confort lorsque les écoles ferment ou les personnes fragiles sont mises en danger par les surchauffes des bâtiments», martèle pour sa part Xavier Davy, directeur technique bâtiments pour l’ingénieriste Egis.

Cet indicateur du confort d’été pourrait bien être révisé plus tôt que prévu. Chargé d’une mission d’évaluation sur la RE2020, l’entrepreneur spécialisé dans l’immobilier Robin Rivaton juge sévèrement, dans son rapport rendu début juillet à la ministre du Logement Valérie Létard, le dispositif actuel. L’auteur prône de modifier le nom de l’indicateur, de conserver sa formule de calcul mais revoir les scénarios climatiques et le type d’occupation des logements.

«Par convention, un logement est réputé inoccupé de 10 heures à 18 heures quatre jours par semaine», rappelle Robin Rivaton, qui met en exergue le développement du télétravail et la nécessité de prendre en compte les étudiants, retraités ou jeunes enfants qui demeurent dans leur logement malgré les fortes chaleurs. «Depuis l’entrée en vigueur de la RE2020, l’installation d’un système de refroidissement actif dans les logements neufs est rendue pratiquement irréalisable», poursuit le rapporteur, qui met en avant le chiffre 3700 décès supplémentaires survenus au cours de l’été 2024 touché par la canicule. La faute, notamment, selon Robin Rivaton, à un autre indicateur, baptisé BBio, qui mesure le besoin d’énergie brute du bâtiment. Celui-ci surévalue le besoin de froid lorsqu'un système de climatisation ou pompe à chaleur est installé, par rapport à un même logement laissé en ventilation naturelle. Aussi, il propose d’assouplir le dispositif réglementaire.

Jouer sur l’inertie des matériaux…

Modification de la loi ou non, des moyens d’action existent. «Ce n’est pas uniquement la technique ou les équipements qui rendent un bâtiment résilient, mais bien sa conception en amont», expose Xavier Davy. Egis travaille sur cette notion de confort d’été depuis l’année 2000, au moment où une réglementation thermique (RT2000) a intégré de premières règles liées aux seuils de température à l’intérieur des logements, avant les RT2005 et 2012.

«Le changement climatique fait à la fois évoluer les processus de conception, intègre des enjeux de bio-climatisme et contribue à jouer sur les associations de matériaux en trouvant le juste équilibre entre inertie, protections solaires ou lumière naturelle», témoigne Xavier Davy. Il suggère de recourir à des simulations thermiques pour intégrer une approche à l’échelle globale d’un bâtiment, et non sur un seul de ses locaux, puisque la chaleur ressentie sera différente au nord ou au sud; mais aussi pour disposer de fichiers climats plus précis.

Parmi les pistes pouvant facilement être mises en œuvre lors de la conception de bâtiments, figure la pose de balcons, des surfaces utiles qui qui génèrent de l’ombre aux étages inférieurs, ou de sensibiliser les occupants sur l’ouverture ou la fermeture des fenêtres aux bons moments. Autre piste, celle de jouer sur l’inertie liée aux matériaux. «Le béton est assez vite fléché, comme la pierre ou des cloisons en terre cuite», illustre le manager. Le bois, l’un des matériaux favorisés par la RE2020, mais à l’inertie moindre, peut pour sa part être positionné en complément, suggère-t-il.

…ou planter des arbres

Au sein du cabinet Hobo, on prône l’isolation des bâtiments par l’extérieur, afin de limiter le risque de voir la structure du bâtiment se charger en calories, et on mise sur des revêtements clairs afin de favoriser le renvoi des rayons du soleil. Les nouveaux logements traversants, voire à triple orientation comme dans le projet d’immeuble imprimé en 3D ViliaSprint2 conçu pour le bailleur social Plurial Novilia à Reims (Marne), dont les 12 appartements se veulent «à haute performance énergétique».

Yann Champion ajoute une autre proposition, encore moins techno : celle de renforcer la place des arbres en ville. «C’est absent dans nos ordinateurs, et c’est une donnée à intégrer dans nos calculs. Le paysage a une fonction climatique», souligne-t-il. Une solution qui échappe aux impératifs réglementaires.

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