Trop de matériaux de construction biosourcés ? Les industriels restent calmes

RE2020, rénovation des bâtiments publics, développement du hors-site… Malgré des usines en large surcapacités industrielles, les producteurs de matériaux biosourcés misent sur plusieurs évolutions pour poursuivre sur leur lancée.

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Les premiers panneaux isolants produits par Buitex à Mably (Loire), sont sortis en juin, six mois seulement après le lancement des travaux de cette nouvelle usine de près de 5 000 mètres carrés.
De la fibre de bois en attente de traitement chez Isonat, à Mably, dans la Loire.

Les industriels de la construction biosourcée sont-ils allés trop vite en besogne ? À travers les 19 usines (17 en France et 2 à la frontière belge) que comptent les entreprises réunies en association, elles revendiquent aujourd’hui une capacité annuelle de production de 60 millions de mètres carrés. Or, 28,2 millions de mètres carrés ont été mis en œuvre en 2023, l’année la plus récente pour disposer de chiffres consolidés.

«La filière s’est mise en ordre pour répondre aux exigences réglementaires, avec ses capacités de production», a souligné, lors d’un point organisé le 26 mars, Vincent Hannecart, le président de l’Association des industriels de l’association biosourcée (AICB), également directeur général de Cavac Biomatériaux. Cette filière revendique 4000 emplois directs et indirects, et 92 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023.

La remise en question de la RE2020, observée de près

Signe que les surcapacités ne semblent guère inquiéter les entreprises, depuis 2020, la filière biosourcée a investi près de 150 millions d’euros (hors R&D), sur un montant total de 230 millions d’euros prévu d’ici à 2030. L’objectif affiché reste de profiter des opportunités offertes par les différentes évolutions réglementaires. En rénovation, à partir du 1er janvier 2030, l’usage des matériaux biosourcés ou bas-carbone (sans définition de ce terme) devra intervenir dans au moins 25% des rénovations lourdes et des constructions qui relèvent de la commande publique, selon la loi Climat et résilience de 2021.

Surtout, dans la construction neuve, les industriels des matériaux de construction biosourcés fondent de grands espoirs dans la réglementation environnementale RE2020, qui régit la construction neuve depuis 2022 en prenant en compte le poids carbone et la fin de vie des matériaux sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment.

Or, début mars 2025, Valérie Létard, la ministre chargée du Logement, a annoncé le lancement d’une étude d’impact des normes prévues dans les prochaines années, dont les prochains seuils 2028 et 2031 de la RE2020, qui accorderont davantage de place à l’usage des matériaux biosourcés dans la construction. Elle en avait déjà, fin 2024, simplifié le seuil 2025. «Compte tenu de la disponibilité de nos capacités de production, nous serons vigilants», indique Yves Hustache, délégué général de l’AICB.

Un développement espéré dans la construction hors-site

Jusqu’alors, tout semblait réussir ou presque aux matériaux biosourcés, qui ont atteint en 2023 une part de marché de 11% dans l’isolation, contre 1% en 2016. Entre 2016 et 2023, les matériaux de construction biosourcés ont vu leurs ventes bondir de 95% en volume et de 55% en valeur. Les isolants semi-rigides et les isolants en vrac s’arrogent la majorité du marché, représentant 90% de la surface mise en oeuvre (25,2 millions de m²), loin devant les isolants rigides et les bétons dits biosourcés (2,4 millions de mètres carrés).

«On a passé le seuil des 10% de parts de marché dans l’isolation, on est sortis de l’adolescence», se réjouit Vincent Hannecart, qui rappelle que les industriels travaillent sur la compétitivité de leurs produits, avec des coûts de transformation énergétique «plus faibles» que pour d’autres isolants (sans donner de fourchette) et sur la facilité de pose des produits, pour réduire les coûts de main d’oeuvre.

Autres leviers de développement, la publication de nouvelles règles professionnelles fin 2024, sur le béton de chanvre, la paille, les fibres végétales et la terre crue, ainsi qu’un rapprochement avec l’association en charge de la filière hors-site. «Sur le neuf, on changera vraiment d’échelle grâce au hors-site», espère Vincent Hannecart.

Une perception à faire évoluer

Du côté des pouvoirs publics, l’Ademe estime qu’il convient de changer l’image des matériaux biosourcés pour faciliter leur développement. «Il faut changer les perceptions, une isolation en paille enduite n’est pas moins résistante au feu et un vélo avec des pièces biosourcées est aussi performant, voire meilleur, que son équivalent conventionnel», estime, dans une publication parue début mars, Florian Rollin, ingénieur produits biosourcés. Couverte à 90 % de forêts et de terres agricoles, la France possède de nombreuses cultures, rappelle par ailleurs l’agence de la transition écologique. Ainsi, la France est le premier producteur mondial de lin et le troisième producteur mondial de chanvre industriel.

 

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