Ce fut un pari industriel audacieux, et plutôt réussi. Il y a quinze ans, le groupe coopératif Cavac, implanté en Vendée, décidait d’investir 10 millions d’euros dans une usine d’isolants à base de chanvre et de lin. L’initiative semblait alors incongrue pour un groupe de l’agroalimentaire. Ainsi naissait Cavac Biomatériaux – avec sa marque Biofib’isolation – qui produit aujourd’hui près d’un million de mètres carrés de panneaux isolants par an. « À l’époque, on parlait à peine de biosourcé », se souvient Olivier Joreau, le directeur général adjoint du groupe Cavac, pilote de cette diversification.
L’histoire s’accélère puisque le groupe a décidé de se doter d’une deuxième usine Biofib’isolation. La première, située à Sainte-Gemme-la-Plaine, dans le sud de la Vendée, est en effet saturée. Le deuxième site verra le jour à la fin 2023 à quelques kilomètres du premier. Un investissement « de plusieurs dizaines millions d’euros », indique Olivier Joreau, qui garde confidentiel le montant précis. L’ambition est de tripler la production dans la décennie, Cavac Biomatériaux ayant réalisé en 2021 un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros, en croissance d’environ 25 %.
La nouvelle unité, qui emploiera 30 personnes en plus des 50 salariés actuels, sera dédiée exclusivement à l’activité nappage (fabrication des panneaux isolants), tandis que le défibrage restera à Sainte-Gemme-la-Plaine. Ce process consiste à broyer mécaniquement la paille, la fibre utilisée pour les nappes isolantes étant séparée de la chènevotte, l’intérieur de la paille. Cavac Biomatériaux a bon espoir de valoriser également cet autre coproduit du chanvre. La chènevotte peut être incorporée dans des bétons de chanvre et même des parpaings. Pour Olivier Joreau, ce nouveau débouché prendra forcément de l’essor avec la réglementation RE2020 incitant au stockage du carbone dans la construction. Pour la fibre, d’autres diversifications sont engagées dans l’automobile et les composites.
Sous-couche routière

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 255.11+4.52
Trim 4 2025
Granulés bois producteurs - vrac€/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
Au sein du groupe, la culture du chanvre mobilise 200 agriculteurs sur 1 700 hectares. Olivier Joreau parle d’une démarche « du champ au chantier », soulignant les multiples vertus de cette plante d’assolement régénérant les sols. Qui plus est, le chanvre se passe de phytosanitaires, consomme peu d’eau et stocke quasiment autant de carbone qu’une forêt.
Ce chanvre vendéen trouve une autre application sous les routes. Le groupe de travaux publics Charier, implanté à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique), a en effet développé un procédé intégrant des fibres de chanvre dans la sous-couche supportant les chaussées neuves. La technologie Satis consiste à mélanger les fibres avec un liant hydraulique composé de ciment et d’eau pour réaliser les plateformes de terrassement ensuite revêtues de bitume. Cette solution augmenterait d’environ 20 % la résistance à la traction et à la fatigue par rapport à des sous-couches classiques, tout en réduisant les risques de fissuration. Elle limite l’apport de granulats, diminue l’épaisseur d’enrobé bitumineux de 4 à 5 cm et réduit ainsi les coûts et les besoins en minéraux et en produits pétroliers. Pour la récente extension du terminal roulier portuaire de Montoir-de-Bretagne, près de 65 tonnes de fibres vendéennes ont été incorporées pour une surface bitumée de 4 hectares.
Cavac, qui revendique le premier rang national dans l’isolant au chanvre, entend se diversifier dans la paille. Le groupe a donc pris une participation dans ProFibres, une PME vendéenne ayant développé, après trois ans de R & D, un isolant homogène à base de paille. L’entreprise vient de s’installer dans une usine de 1 200 m2, proche de Challans, et a déjà obtenu des marchés significatifs, dont le lycée d’Aizenay, en cours de construction, considéré comme l’un des plus gros chantiers « paille » en Europe. Ce bâtiment à ossature bois intégrera l’équivalent de 18 000 bottes de paille fournies par sept agriculteurs locaux, ce qui lui confère le niveau 3 du label Bâtiment biosourcé. La région Pays de la Loire, maître d’ouvrage, s’est voulue exemplaire en employant des peintures aux algues dans toutes les pièces et des moquettes issues de filets de pêche recyclés… Les isolants biosourcés représentent 11 % du marché de l’isolation, estimé à 2 milliards d’euros en France. Dans cette part biosourcée, la paille ne pèse que 15 %. « La paille est un produit en devenir puisqu’elle est disponible sur tout le territoire », souligne Olivier Joreau.
La Vendée compte, avec Igloo France Cellulose (Iso Green Group), une autre filière de l’isolation biosourcée. Cette PME employant 25 salariés aux Achards déchire et défibre les vieux papiers pour en faire de la ouate de cellulose, qu’elle conditionne pour être soufflée sous les combles. En France, pays de la laine de verre, ce produit papetier n’est qu’un humble concurrent. Avec 25 000 tonnes, Iso Green revendique près de la moitié des volumes. Mais la levée de fonds de 40 millions d’euros que la PME a bouclée l’an dernier via Axio Capital donne la mesure de son ambition. Charles Kirié, le PDG d’Iso Green Group, déplore cependant la baisse des cours des certificats d’économie d’énergie, qui plombe le marché français. C’est donc outre-Atlantique, où il vient d’ouvrir une quatrième usine, que le groupe se développe le plus vite. Le patron d’Iso Green Group estime que la ouate de cellulose a toutes ses chances en Europe. « On finira par vider les combles pour mettre de la ouate de cellulose, tout en fossilisant le carbone », veut croire l’entrepreneur.
L'idée biosourcée : La feuille de lin qui se prend pour du métal
Comme une feuille de métal, ce composite peut être plié et découpé à façon. Rigide, il se travaille au ciseau, peut garder son toucher tissé, être coloré ou revêtu pour un aspect plastifié. Le Varian est un matériau breveté associant un tissage de lin français et une résine végétale à base de sucre polymérisé, issu notamment du maïs. Ce produit composite, alternative biosourcée au PVC et au PET, est développé par la TPE vendéenne Culture In, fondée en 2014 par David Ambs. Cet ingénieur des Arts et Métiers s’est passionné pour le lin, « la plus ancienne fibre au monde, aussi résistante que la fibre de verre mais plus légère ». Pour l’heure, le Varian, loué pour ses performances acoustiques, est surtout utilisé en décoration et en aménagement intérieur pour revêtir les murs, les plafonds, comme séparateur... Mais d’autres usages sont en vue, dont l’habillage dans l’automobile, le nautisme et la bagagerie. Fort de dix salariés à Montaigu, Culture In poursuit son long processus de R & D et vient de boucler un nouveau tour de table d’un million d’euros auprès d’investisseurs régionaux, pour changer d’échelle au plan commercial. Son objectif est de réaliser un million d’euros de chiffre d’affaires cette année.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3708-3709 - Juillet-Août 2022



