Et si la laine des moutons pouvait être valorisée autrement qu’en vêtements ? C’est ce qu’ambitionne la start-up HKVor, fondée en 2023 par Olivier Defrance, podologue de formation. « La laine de moutons représente plus de 15 000 tonnes par an de coproduits en France, dont seulement 4 % sont valorisés aujourd’hui », explique le président-directeur général. Le reste est très largement exporté. Pour valoriser cette laine, pas de filature ni de tissage mais bien un laboratoire. L’idée d’HKVor est d’exploiter le composant principal de cette matière première, à savoir la kératine, une protéine fibreuse naturellement présente dans les cheveux, les ongles, les poils, les cornes ou encore les plumes. « Nous avons mis au point un procédé basé sur la chimie verte, développé à l’échelle du laboratoire au sein du Génopole d’Evry », explique Olivier Defrance. Aujourd’hui, l’unité pilote est installée à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Pour mettre au point ce procédé, le p-dg a pu compter sur son collaborateur Bechr Hamrita, docteur en protéomique. « Je lui avais demandé de développer un procédé d’extraction de la kératine innovant avec comme base principale d’être le plus propre possible au niveau chimique. On part dans l’optique de valoriser des déchets, il était donc nécessaire de ne pas polluer via notre méthode de valorisation », se souvient le dirigeant. Objectif atteint grâce à une combinaison d’hydrolyses réalisées à l’aide de solvants verts. Oliver Defrance l’assure : « La laine de mouton n’est jamais en contact avec des solvants synthétiques ». Ce procédé d’extraction est d’ailleurs en phase de dépôt de brevet, deux pour être précis. La start-up est aujourd’hui en mesure d’extraire ces fameux peptides sous deux formats : un format liquide et un format poudre.
Des applications variées
Pour le format liquide, HKVor a fait le choix d’adresser le marché agricole. La société a mis au point un intrant destiné notamment aux fabricants de biostimulants. « Il s’agit de peptides bioactifs de kératine qui viennent stimuler le développement de la biomasse aérienne et de la biomasse racinaire, ce qui permet aux végétaux de se protéger face au stress abiotique. De plus, nous créons une boucle d’économie circulaire totale puisqu’un coproduit agricole devient un produit à destination de l’agriculture », explique Olivier Defrance. Il s’agit même du produit historique de la société, celui-ci étant commercialisé depuis maintenant un an. En ce qui concerne les peptides de kératine sous forme de poudre, ceux-ci sont destinés au secteur des compléments alimentaires. Avec une concentration à plus de 90 % en peptides de kératine – « soit deux fois plus que la concurrence » - le produit proposé par HKVor se destine en particulier à la beauté des phanères, autrement dit des cheveux et des ongles, et de la peau.
Si lorsque l’on dit « kératine » on pense plutôt « cosmétique », ce n’est pas le cas d’HKVor. « Nous sommes freinés sur le secteur des cosmétiques à cause de l’origine animale de notre produit. Ce qui est compliqué pour nous alors que nous travaillons sur un coproduit issu de la tonte [qui s’apparente donc à du bien-être animal, N.D.L.R] », explique Olivier Defrance. Une aberration même pour le dirigeant qui déplore le fait que le secteur ait recours à de la kératine végétale – ce qui n’existe pas puisqu’il s’agit d’une protéine propre aux mammifères et aux reptiles – produite majoritairement à partir de soja importé.
Des ressources multiples
La kératine est également le composant principal des cheveux. C’est pourquoi la start-up se penche également sur cette potentielle matière première (très abondante). « Notre équipe de R&D travaille actuellement sur le sujet de la kératine capillaire – ou kératine humaine – que nous adresserons à d’autres marchés », ajoute Olivier Defrance. Il semblerait que l’axe de recherche concernant cette ressource se concentre sur le biomimétisme de la kératine capillaire. La kératine joue un rôle essentiel dans la cicatrisation de la peau. Certains chercheurs travaillent à la mise au point de pansements enrichis en kératine pour améliorer le processus de cicatrisation des plaies. C’est pourquoi HKVor cherchera à s’adresser à des marchés directement liés à l’homme, à plus haute valeur ajoutée. « Concrètement, nous nous intéressons au marché des dispositifs médicaux pour accélérer la cicatrisation des plaies, ainsi que le marché cosmétique », envisage le dirigeant, tout en précisant qu’il restera délicat de convaincre les acteurs du secteur cosmétique du fait de l’origine de la matière première. Avant de poursuivre : « Il serait possible également de valoriser les plumes d’oiseaux, mais nous ne souhaitons pas développer cela. Les plumes resteront pour nous une ressource de secours car il s’agit d’un coproduit de l’abattage animal ».

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Un parcours atypique
Mais le jeune dirigeant ne s’est pas toujours intéressé à l’avenir de la laine de mouton. En effet, podologue de formation diplômé en 2019, l’objectif initial d’Olivier Defrance explique : « Je voulais faire de ma profession la première profession paramédicale à valoriser 100 % de nos déchets de soins », se souvient Olivier Defrance. C’est donc pendant deux ans que le jeune entrepreneur a cherché un moyen de valoriser les ongles et l’hyperkératose plantaire. Pour ce faire, il a été incubé à partir du mois d’octobre 2021 et pendant deux ans au sein du Génopole. Et face à la difficulté de mettre un place un système de collecte dans les cabinets de podologie et le faible volume de matière première, Olivier Defrance a cherché d’autres matières riches en kératine. À cela s’est rajouté l’argument de l’origine de la matière première : « Quand on vend une kératine qui provient des ongles de pied, c’est compliqué d’un point de vue marketing, quel que soit le marché visé », s’amuse Olivier Defrance.
Bien que sans formation de recherche scientifique, le dirigeant s’est lancé dans l’aventure grâce à un fort travail de bibliographie. « J’ai fait quelques extractions et je me suis vite rendu compte que cela allait être compliqué. C’était vraiment de la chimie de garage », se souvient-il. Il a donc fait le choix de faire passer une annonce via le Genopole pour trouver un chimiste qui accepte de travailler presque bénévolement sur ce projet. « À l’époque, j’étais à mi-temps avec la podologie et je n’étais pas en mesure de me rémunérer avec ce projet. J’étais encore moins en mesure de rémunérer ce chimiste », se rappelle Olivier Defrance. Avant d’ajouter : « Et puis Bechr Hamrita, qui a un CV important puisqu’il est professeur des universités et docteur en protéomique, m’a rejoint sur ce projet ». C’est le professeur qui a pris directement contact avec Olivier Defrance pour un début de collaboration en avril 2022, et qui s’est dès lors attelé à la mise en place du procédé.
Si aujourd’hui HKVor est mesure de réaliser un léger chiffre d’affaires – grâce à la vente des premiers échantillons –, la jeune pousse espère être en mesure de se dégager un chiffre d’affaires plus important dès le premier trimestre 2026. « Nous travaillons à passer à l’échelle industrielle au premier trimestre 2026, ce qui devrait permettre de faire tourner la société », conclut Olivier Defrance.



