Entre crise profonde et élan biosourcé, la chimie est à la croisée des chemins

Face à des défis énergétiques, géopolitiques et climatiques qui se sont révélés au grand jour au cours de ce premier semestre, la chimie européenne cherche un nouveau souffle. Et tandis que son modèle traditionnel montre ses limites, la bioéconomie regagne du terrain et des soutiens pour offrir à cette chimie de nouvelles sources de carbone plus vertes et plus localisées.

 

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La chimie du végétal revient sur le devant de la scène.

Alors que l’heure est venue de marquer une pause estivale bien méritée, il est opportun de tirer un premier bilan du semestre écoulé. Force est de constater que l’industrie chimique, en France comme en Europe, traverse une période critique. Le début d’année a été marqué par les suites de l’affaire Vencorex (Isère), qui a conduit Arkema à fermer une électrolyse à Jarrie et à supprimer des emplois. Seqens a acté la fermeture de son site de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), Chemours celle de Villers-Saint-Paul (Oise). Domo a réduit ses effectifs à Saint-Fons (Rhône), Givaudan-Lavirotte a été placée en liquidation, Carbios est en grande difficulté… Et cette liste, loin d’être exhaustive, s’inscrit dans une série de fermetures et de restructurations similaires partout en Europe. Pendant ce temps, la profession, sous l’impulsion du Cefic, a mobilisé ses forces pour aboutir à la publication par la Commission européenne d’un plan d’action dédié à la chimie, le European Chemicals Industry Action Plan. Un texte riche en bonnes intentions, mais qui fait l’impasse sur des mesures concrètes et urgentes, comme l’a claironné le groupe Ineos, porte-voix d’une profession souvent plus policée dans ses prises de parole. Face à la pression du dumping asiatique, à une énergie trop chère, à une réglementation étouffante et à l’instabilité des barrières douanières américaines, l’industrie de la chimie en Europe s’inquiète pour son avenir, particulièrement pour les segments amont comme le vapocraquage.

Le come back du végétal

Pourtant, alors que cette chimie traditionnelle vacille, un autre pan du secteur connaît un regain d’intérêt : la bioéconomie (incluant la chimie du végétal). On se souvient des promesses portées par BioAmber, Deinove, Enobraq, Global Bioenergies, Green Biologics, Metabolic Explorer, Ynsect… Autant de biotechs qui ont nourri l’espoir d’une chimie différente, fondée sur des molécules plateformes biosourcées — isobutène, butanol, acide succinique, propanediol… — mais dont beaucoup ont échoué ou disparu. Ces pionniers ont essuyé les plâtres, souvent avec peu de soutien de la part des grands acteurs traditionnels de la chimie. Mais les mentalités ont évolué. « La bioéconomie revêt une importance capitale pour l’Union européenne et son industrie chimique », souligne désormais le Cefic, qui multiplie les signaux en direction de Bruxelles, alors que la Commission prépare une révision de sa stratégie de bioéconomie. La Chine et l’Inde, elles, ont déjà pris de l’avance. Si les enjeux climatiques restent centraux, l’attention se porte désormais aussi sur l’indépendance vis-à-vis des matières premières fossiles, dans un contexte géopolitique incertain. Là où le fossile est concentré entre les mains de quelques puissances, la biomasse est une ressource accessible à tous : agriculture, forêts, résidus, déchets alimentaires… Le carbone renouvelable est omniprésent, et peut être valorisé grâce au vivant - fermentation, catalyse enzymatique. La nouvelle stratégie bioéconomique de l’Europe pourrait ainsi ouvrir la voie à une nouvelle ère pour cette chimie biosourcée, à condition d’entendre les attentes du secteur : création de chaînes de valeur et de marchés pour le biosourcé, politiques publiques cohérentes et agiles, accès durable à la biomasse, accompagnement de l’innovation jusqu’au marché… avec, en ligne de mire, la compétitivité durable de la chimie européenne.

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