À n’en point douter, l’arrivée de Bernard Fontana, en remplacement de Luc Rémont, à la tête d’EDF, le 7 mai dernier, change la donne. Les signatures d’accords avec de grands industriels, pour leur garantir un approvisionnement en électricité stable sur le long terme, bas carbone et compétitif, se multiplient. Ce mécanisme vient compenser l’arrêt de l’Arenh, fixé au 31 décembre de cette année. Et pour nous informer de ces avancées, EDF intensifie les communications. On vient d’apprendre, le 17 juillet, la signature d’un protocole d’accord avec KemOne, fixant les principes d’un contrat d’approvisionnement en électricité sur 10 ans pour « une partie » des besoins de ses sept sites industriels français situés à Fos-sur-Mer, Lavera, Balan, Berre, Saint-Fons, Saint-Auban et Vauvert. Paolo Barbieri, directeur général de Kem One, et Marc Benayoun, directeur exécutif d’EDF en charge du Pôle Clients, services et territoires, ont paraphé les termes d’un protocole qui prévoit des mécanismes équilibrés de partage des risques et des bénéfices entre les deux parties. Le contrat définitif sera signé d’ici à la fin septembre. Il est vital pour ce producteur de chlore et de PVC, comptant dans la catégorie des d’Hyper-électro-intensif (HEI).
Jarrie retrouve des couleurs
Quinze jours plus tôt, c’est Marc Schuller, Chief Operating Officer d’Arkema, qui avait signé un même type de protocole pour Jarrie (Isère). Le site avait fait parler de lui en début d’année avec la fermeture d’une électrolyse qui ne pouvait plus être alimentée en sel par son voisin Vencorex, à Pont-de-Claix, mis en redressement judiciaire. Cet arrêt avait entraîné des suppressions de postes en vue de pérenniser le site et son autre unité d’électrolyse HEI, assurant une production de chlorate. La signature de ce contrat constitue un pas de plus dans la bonne direction pour Jarrie.
Jusqu’à présent, c’est la métallurgie, prise dans le même tourbillon de perte de compétitivité que la chimie de base, qui avait réussi à contractualiser avec EDF. Notamment Aluminium Dunkerque, spécialisé dans la fabrication de plaques et de lingots dans une grande variété d’alliages, avait pu signer à la mi-mai un protocole d’accord du même type. Fin juin, Marcegaglia Steel s’était engagé à travers un contrat d’un autre type, dit d’allocation de production nucléaire (CAPN), dont les modalités de partage des risques et des bénéfices sont un peu différentes. Il sera finalisé à la fin de l’été, pour 10 ans d’approvisionnement en électricité et la couverture de 50 % des besoins du site Ascometal de Fos-sur-Mer.
Lettres d'intention et protocoles d'accord se multiplient
À date, EDF dit avoir signé 14 lettres d'intention pour des CAPN pour près de 16 TWh annuels, dont deux ont déjà été converties en contrats fermes, ainsi que les trois protocoles d’accord pré-cités. « Nous avons un atout immense. Nous disposons d’une énergie bon marché, abondante, souveraine et décarbonée », a déclaré le Premier ministre François Bayrou, lors de sa présentation du budget 2026, le 15 juillet. « On peut viser 30 TWh de contrat, soit 10 % de la production nucléaire », a-t-il ajouté. Et n’oublions pas que si les industriels y trouvent leur compte, il est dans l’intérêt d’EDF d'avoir des consommateurs stables, prévisibles et effaçables. L’enjeu de l’énergéticien est aussi d’optimiser le fonctionnement de son parc nucléaire, alors que les capacités intermittentes non pilotables, liées au développement des énergies renouvelables, pèsent de plus en plus sur le système électrique français.



