L'annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Luca de Meo a quitté Renault pour prendre la direction générale de Kering. Un patron d’industrie qui part pour le luxe ? Le symbole est fort. Il marque peut-être la fin d’un cycle, celui où l’automobile incarnait encore l’avant-garde industrielle, la puissance technologique et l’imaginaire collectif du progrès.
Le départ du patron de Renault dit une chose simple : l’auto ne fait plus autant rêver ! Il illustre aussi la perte de centralité de l’industrie automobile dans l’économie internationale. Longtemps pilier des grandes puissances industrielles, le secteur s’efface face à d’autres plus agiles, plus séduisants. Le luxe, la tech et le digital, eux, prennent désormais la tête des plus grosses capitalisations boursières mondiales.
Et pourtant, il n’y avait rien d’évident au fait que Luca de Meo claque la porte. En cinq ans, il a redressé un groupe exsangue. Le constructeur au losange était au bord du précipice en 2020. L’ancien directeur général laisse une entreprise restructurée, recentrée, rentable, et des modèles à nouveau désirables, comme la R5 et la 4L. Il avait même commencé à dessiner le futur avec un plan stratégique baptisé Futurama, un positionnement sur les chaînes de valeur de l’énergie, un pari sur les véhicules définis par le logiciel… Bref, les chantiers ne manquaient pas. Mais Luca de Meo n’attendra pas la fin de l’histoire. Et ce départ soudain en dit long.
Le secteur automobile européen traverse une zone de fortes turbulences. Les grands équilibres qui l’ont structuré pendant des décennies – moteur thermique, puissance exportatrice, soutien des États – sont en train de voler en éclats. L’électrification avance au ralenti, freinée par des coûts de production élevés et un marché qui boude les modèles neufs. Les constructeurs chinois arrivent à grande vitesse, portés par quinze années d’investissements massifs et un savoir-faire redoutable sur les batteries. Absent des États-Unis et de la Chine, les deux premiers marchés mondiaux, Renault, relancé mais toujours trop petit, a-t-il tout simplement un avenir ?

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Alors, bien sûr, le luxe peut apparaître comme un refuge. Un autre monde, fait de marges à deux chiffres, de croissance portée par les classes aisées mondialisées, d’image maîtrisée. Un monde qui, à l’instar de la tech, attire les investisseurs et trône en haut des indices boursiers. Pour un dirigeant comme Luca de Meo, sensible aux marques, à l’allure, à la construction identitaire, c’est peut-être là que se niche désormais l’ambition. Moins dans la transformation industrielle que dans la fabrique du désir.
Il serait excessif d’y voir un désengagement. Mais c’est un signal fort. La grande industrie n’a plus le monopole du prestige. Le design, la technologie, la performance – tout ce qui faisait vibrer l’automobile – ont migré ailleurs. Dans le digital, dans la tech, dans le luxe. Ce glissement est révélateur d’un basculement profond. L’époque qui vient ne valorise plus la puissance productrice, mais la capacité à créer du sens et de l’émotion. Le départ de Luca de Meo acte, à sa manière, la fin d’un âge d’or. Et pose une question dérangeante : l’automobile peut-elle encore se raconter comme un objet de désir ?

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3744-3745 - Juillet-Août 2025



