Airbags Takata : Pourquoi les campagnes de rappels de véhicules en France sont si inefficaces

Environ 2,5 millions de véhicules circulant en France doivent encore se faire remplacer leurs airbags défaillants de marque Takata, dix ans après les premières campagnes de rappel, selon un rapport de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD) paru ce mardi 29 juillet. Commandé par Philippe Tabarot, ministre des Transports, le texte préconise notamment une consolidation du fichier des immatriculations (SIV).

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AFP NE PAS REUTILISER Airbags Takata
À l'approche des vacances d'été, le gouvernement a pris une mesure de précaution drastique en ordonnant l'immobilisation de 800000 véhicules supplémentaires équipés d'airbags Takata considérés à risque. Cela porte à 1,7 million le nombre de voitures immobilisées.

Le plus grand rappel de voitures jamais effectué peine à porter ses fruits. Au total, 2,5 millions de véhicules équipés des airbags défectueux Takata circulent toujours sur les routes en France, dont 1,7 million font l’objet d’une injonction des constructeurs à ne plus être utilisés, selon une estimation des rédacteurs du rapport de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD) présenté ce mardi 29 juillet. Pourtant, les campagnes de rappels ont été lancées il y a quatre ans par les constructeurs les plus tardifs, dix ans pour les plus précoces.

 «Les rappels sont relativement inefficaces en France, métropolitaine ou dans les DROM. Nous sommes dans le même cas qu'aux États-Unis, où les ruptures se poursuivent après les rappels», observe un rapporteur de l’IGEDD. Pour leur campagne de rappel, les constructeurs s’appuient sur le Système d’immatriculation des véhicules (fichier SIV), qui lie chaque immatriculation à un véhicule. Hélas, le rappel vire au grand casse-tête pour les constructeurs, en charge de gérer la crise depuis la liquidation de l’équipementier japonais en 2017.

Deux tiers des lettres arrivent au bon destinataire

Mauvaises adresses, véhicules revendus, exportés, oublis du changement d’adresse… Seuls deux tiers des véhicules visés par la campagne de rappel aboutissent à la réception d’une lettre de rappel par leur propriétaire. Une fois arrivées au bon destinataire, les notifications se heurtent à de nouveaux freins, comme les difficultés de prise de rendez-vous ou encore l’éloignement des sites de remplacements. Au total, les constructeurs affichent entre 50% et 90% de taux de réparation parmi les propriétaires ayant effectivement reçu leur notification.

«Ceux qui ont commencé plus tôt affichent des taux de réparation plus importants, ceux qui ont commencé plus tard rencontrent plus de difficultés», note l’un des rapporteurs de l’IGEDD. Surtout, tous les constructeurs n’ont pas mis en place les mêmes moyens. Les rapporteurs ont par exemple noté pour certains constructeurs l’absence de partenaires locaux sur certains territoires, notamment Outre-mer, afin d’effectuer le remplacement d’airbags défectueux.

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Consolider le fichier d'immatriculation des véhicules SIV

Pour mettre les bouchées doubles, le rapport, commandé par Philippe Tabarot, ministre des Transports, recommande de demander à tous les constructeurs de présenter un programme de mesures propice à accélérer les rappels. Pour faciliter les campagnes, le rapport préconise en parallèle de nourrir le fichier d’immatriculation des véhicules SIV. «Nous recommandons de compléter ce fichier par un numéro de téléphone et une adresse email, puisqu'une alerte SMS serait probablement plus efficace qu’un courrier», pointe l’un des rapporteurs.

Les campagnes de rappels seules ne suffisent plus. Pêle-mêle, les rapporteurs préconisent également d’ordonner le blocage des véhicules les plus à risque au contrôle technique, de profiter des contrôles routiers pour vérifier les voitures ou encore de mettre en place dans le règlement européen un régime fondant une interdiction de circulation des véhicules faisant l’objet d’un «stop drive» - ordre d’immobilisation.

Le rapport préconise plus largement d’intégrer la dangerosité des véhicules aux règles d’homologation des véhicules. Celui-ci recommande également la mise en place d’un calendrier de rappel ou d’un programme de surveillance de «tous les airbags utilisant du nitrate d’ammonium en phase stabilisée».

Dernier décès en France mi-juin

Une mère de famille âgée d’une quarantaine d’années a perdu la vie à Reims mi-juin,  après l’explosion d’un airbag Takata à bord d’une Citroën C3. Il s’agit du deuxième accident mortel en métropole lié à ces airbags qui ont provoqué au total 18 morts et 25 blessés - dont 16 décès et 24 blessés dans les Outre-mers selon le ministère des Transport.

Les airbags fabriqués par Takata, qui a détenu jusqu’à 20% du marché mondial, ont été impliqués dans des explosions mortelles dans plusieurs pays. En cause : le nitrate d'ammonium, un gaz utilisé comme agent propulseur, qui se détériore avec le temps, en particulier dans les régions chaudes et humides. Dans certains cas, les airbags se déclenchent même lors de collisions mineures, provoquant une détonation comparable à celle d'une grenade. Des fragments de métal et de plastique sont alors projetés dans l'habitacle, représentant un danger souvent fatal pour le conducteur.

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