La chimie en Europe (UE) dispose enfin d’un plan de sauvetage depuis la publication du « European Chemicals Industry Action Plan », le 8 juillet dernier. Troisième programme sectoriel de la Commission, après ceux concoctés pour l'automobile et l'acier, il est considéré comme une étape majeure pour le renforcement de la compétitivité et de la résilience de l’industrie chimique, tant par le Cefic que par France Chimie, qui s’associe pleinement à la réaction de sa fédération européenne.
Rappelons l’enjeu : quatrième industrie manufacturière de l'UE, employant 1,2 million de salariés, la chimie européenne contribue à plus de 96 % des biens manufacturés. Pourtant, le secteur est confronté à des défis majeurs qui menacent sa compétitivité et, par voie de fait, sa pérennité sur le continent. Déjà, sa part de marché mondiale a diminué de plus de 50 % depuis 2003, au profit d'autres régions, comme la Chine. Aujourd’hui, la combinaison des prix élevés de l'énergie et des matières premières, des tensions géopolitiques et d’une faible demande ne fait qu’éroder un peu plus la compétitivité des producteurs basés dans l'UE, au point que les taux d'utilisation des capacités se situent en dessous de la barre des 75 %. Ces deux dernières années ont été marquées par l'annonce de la fermeture de plus de 20 sites de production majeurs. Rien que pour le vapocraquage, l’UE a perdu au moins 8 à 10 % de sa capacité au cours des trois dernières années, et des fermetures supplémentaires pourraient se solder par une perte de capacité de plus de 20 % par rapport à 2021. Sans compter les autres installations amont qui sont aussi sur la sellette, notamment autour du méthanol, de l'ammoniac ou du chlore, qui sont à la base de nombreuses chaînes de valeur, des produits pharmaceutiques aux batteries.
Mais pour une fois, la chimie a su se mobiliser et convaincre la Commission de lancer un plan d'action définissant des orientations stratégiques. Au cœur des ambitions : la réduction des coûts de l'énergie, la simplification de la réglementation, l’accompagnement d’une décarbonation compétitive, l’accélération des instruments de défense commerciale face à la concurrence déloyale et un soutien à l’innovation et aux compétences. Pour l'occasion, la Commission créera une Alliance pour les produits chimiques critiques, qui permettra de cartographier et de gérer les risques de fermeture de capacités. France Chimie a d’ailleurs promis de s’engager pleinement comme partie prenante active dans cette future Alliance.
Néanmoins, qu’on ne s'illusionne pas. De la publication d’orientations à la mise en œuvre de mesures concrètes, il y a encore un long chemin qui pourrait durer jusqu'à la fin 2026. « Il faut transformer l’essai avec des actes concrets et surtout une accélération de leur mise en place, car le moment est malheureusement historique », s’impatiente sur les réseaux sociaux Pierre Luzeau qui préside le groupe de travail sur la compétitivité de France Chimie.
La Commission, qui tire les ficelles sur un grand nombre de sujets, cherche à se justifier en expliquant que « la mise en œuvre réussie de ce plan d'action nécessitera un effort concerté de toutes les parties prenantes, notamment les institutions européennes, les États membres, l'industrie et la société civile ». Une lenteur qui donne envie de taper du poing sur la table : qui fait quoi et quand est-ce que ça commence ? L’industrie chimique ne peut plus attendre comme en témoigne, cette semaine encore, l’annonce de la fermeture de trois sites européens de Dow, dont le vapocraqueur de Böhlen, en Allemagne.



